La décennie 80 est peut-être considérée comme une période plus sombre pour le monde de l’automobile, il n’en demeure pas moins qu’une belle histoire en est ressortie. Après l’implantation des petites voitures compactes devenues nécessaires à la suite des deux crises pétrolières des années 70, un nouveau segment va carrément être créé de toutes pièces par une division qui en avait bien besoin. 

La minifourgonnette est officiellement apparue en 1983 avec l’Autobeaucoup de Chrysler au sein des divisions Dodge et Plymouth. Le constructeur qui travaillait sur ce projet secret depuis le début des années 70 va tout juste devancer Renault au fil d’arrivée, ce dernier offrant à partir de 1984 son  nouveau monospace Espace en Europe.

La première
Le nouveau concept de véhicule familial va être chaudement accueilli par le public nord-américain, ce qui explique cette profusion de modèles issus de la concurrence par la suite. Le constructeur Chrysler détenait déjà la plus importante part de marché (45%) aux États-Unis dans le créneau des fourgonnettes familiales pleine grandeur. Voulant attirer les acheteurs de familiales plus traditionnelles vers un nouveau genre de véhicule plus moderne sans cannibaliser ceux qui achetaient les fourgonnettes pleine grandeur, Chrysler n’avait d’autre choix que d’inventer la minifourgonnette. De plus, le prix de l’essence plus important signifiait que les jours de la grosse familiale traditionnelle américaine à moteur V8 étaient comptés.

Le projet de Chrysler aurait très bien pu mal se terminer. Après tout, au début des années 70, Chrysler n’avait même pas de plateforme à traction avant au sein de ses divisions respectives. Le projet initial était donc basé sur une plateforme à propulsion arrière. Sauf qu’avec le recul, on sait aujourd’hui que les minifourgonnettes qui ont utilisé ce genre de plateforme n’ont pas connu autant de succès.

Heureusement pour Chrysler, la venue du tandem Horizon / Omni et le développement de la nouvelle plateforme K vont survenir au bon moment. Les ingénieurs affectés au projet Autobeaucoup vont modifier la plateforme K afin qu’elle puisse accueillir les motorisations 4-cylindres qui étaient prévues au programme. Petit à petit, Chrysler va revoir à la hausse la puissance des groupes motopropulseurs pour finalement éliminer l’option à 4 cylindres au profit des V6. Encore aujourd’hui, presque toutes les minifourgonnettes font appel à un V6.

Les avantages d’un tel véhicule

La popularité quasi instantanée de la minifourgonnette durant les années 80 s’explique aussi par les caractéristiques uniques de ce genre de véhicule. Le fait qu’elle soit basée sur une plateforme de voiture – du moins la plupart d’entre elles l’étaient – contribuait au confort et à la maniabilité de celle-ci. Plus courte qu’une familiale traditionnelle, la minifourgonnette arrivait à engouffrer le même attirail que la famille typique entassait autrefois dans une bonne vieille familiale. Il y avait aussi la consommation de carburant qui entrait en ligne de compte. Face aux grosses cylindrées des voitures américaines, les moteurs 4-cylindres étaient tout simplement plus économiques. Quant à la configuration à traction avant de la plupart d’entre elles, elle s’avérait passe-partout à tout moment de l’année.

Évidemment, l’espace pour les passagers était aussi un atout de taille dans ces voitures plus hautes qui offraient un dégagement supérieur pour la tête. La plupart étaient disponibles en versions à 7 passagers, une caractéristique devenue quasi essentielle pour un véhicule au caractère familial de nos jours. Finalement, la fameuse portière arrière coulissante s’avérait un argument de vente considérable à cette époque. D’ailleurs, les constructeurs qui n’offraient qu’une seule portière du côté droit de leur minifourgonnette vont rapidement doubler la mise en installant une deuxième porte du côté gauche, question d’améliorer l’accès à bord.

La réaction de la concurrence
Si, de nos jours, le segment de la fourgonnette – elle n’est plus tellement « mini » – a perdu un peu de son lustre, c’était une tout autre histoire à la suite de l’introduction du tandem Dodge Caravan / Plymouth Voyager. Toyota sera le premier à répliquer avec sa Van LE à moteur central, et ce, dès 1984. Le constructeur GM va recycler une plateforme de camionnette pour présenter la Chevrolet Astro et sa jumelle de GMC, la Safari en 1985. Nissan suivra avec la Multi au format plus petit en 1986. De son côté, Ford va lui aussi reprendre une plateforme à propulsion arrière pour élaborer l’Aerostar qui sera introduite en 1986. Mazda sera le dernier constructeur à présenter une minifourgonnette durant la décennie 80 avec la MPV. Les autres constructeurs entreront dans la danse au courant des années 90, notamment.

Et le Vanagon?
Ce tour d’horizon ne serait pas complet sans parler de l’autre fourgon compact communément appelé « Volks Van », ce dernier étant parmi nous depuis des lunes! Au tournant des années 80, le Vanagon était toujours proposé et son moteur était toujours placé derrière l’essieu arrière comme à la belle époque.

Et ça continue…
Si certains constructeurs se sont retirés de la catégorie pour se concentrer sur les multisegments, d’autres sont restés et continuent d’offrir une fourgonnette pensée pour la famille avant tout. Et on assiste au retour aux sources depuis quelques années. Des véhicules comme la Mazda5, le Kia Rondo, le Dodge Journey, le Chevrolet Orlando et le futur Ford C-MAX présentent tous des similitudes avec la première Autobeaucoup de Chrysler en termes de taille, mais également en termes de motorisations plus économes. Bref, la minifourgonnette a changé au fil des ans, mais demeure une belle solution pour les petites familles à la recherche d’un véhicule polyvalent et abordable. Une belle histoire, qu’on vous disait!

Contenu connexe:
Face à face exclusif : le méga-test des fourgonnettes















Chrysler 700 C : est-ce la prochaine fourgonnette?