Isuzu, y’a pas plus japonais que cela ! Du moins, pour ce qui est du nom. Car cette marque qui compte parmi les plus anciennes du pays du Soleil levant demeure chez nous l’une des plus méconnues.
Et c’est sans aucun doute parce qu’elle a toujours servi de sous-produit à son partenaire de longue date, General Motors.
Les origines d’Isuzu remontent à 1916, année où la Tokyo Ishikawajima Shipbuilding and Engineering et la Tokyo Gas and Electric Industrial Company décident de s’unir pour fabriquer des automobiles.
Leur premier véhicule, qui sera présenté en 1922, sera une Wolseley A-9 de conception britannique assemblée localement.
En 1934, l’entreprise présentera son premier produit de conception locale qu’on baptisera du nom de la rivière Isuzu, nom qu’adoptera l’entreprise en 1949.
Le boom économique qui suivra la fin de la Seconde guerre donnera à Isuzu l’opportunité de développer une gamme de véhicules commerciaux, dont certains deviendront icônes du marché automobile japonais d’alors, la camionnette Isuzu Elf de 1959 tout particulièrement.
De Hillman à l’indépendance
Durant la même période d’après-guerre, Isuzu renouera avec son expérience de fabrication sous licence en produisant des automobiles de marque Hillman pour le Groupe Rootes d’Angleterre. La première Hillman Minx fabriquée au Japon quittera la chaîne d’assemblage d’Isuzu en 1953. Et comme ce fut le cas pour Nissan et Hino, deux autres fabricants nippons, cette alliance imposée par le Plan Marshall avec une entreprise occidentale procura les bases technologiques nécessaires à l’amorce d’une production de produits originaux. Ainsi naquirent successivement les berlines Bellel et Bellett, en 1961 et 1963, les deux premières automobiles conçues par Isuzu.
À l’aube des années 60, la direction d’Isuzu contemplait un autre projet commun à tous les fabricants japonais : s’attaquer au marché nord-américain, alors perçu comme l’Eldorado de l’industrie automobile. Au milieu des années 60, la marque Isuzu sera d’ailleurs importée par la société Canadian Motor Industries, une entreprise qui s’affairait aussi à commercialiser les produits de Peugeot et de Toyota au pays ! Cette incursion sera toutefois plutôt brève, Toyota prenant rapidement le dessus sur les deux autres marques.
C’est par une alliance conclue avec General Motors, qui reluque le secteur des camions poids lourds florissant d’Isuzu, qu’on reverra la marque sur le continent nord-américain. Les produits de ce fabricant nippon deviendront une sorte de bouche-trou pour GM. Ils aideront GM à pallier rapidement l’absence de produits destinés à des créneaux à forte demande (celui des petites voitures et des petites camionnettes, entre autres) en lui évitant les coûts d’investissements importants qu’impose le développement d’un nouveau produit.
De l’indépendance à… GM
En 1971, GM prend donc une participation dans Isuzu Motors Limited à hauteur de 34,2 % avec l’entente de commercialiser des produits de la marque à travers le monde.
Cela débutera dès 1972 avec le lancement d’une variante de la camionnette compacte Isuzu KB, qui deviendra la Chevrolet LUV (pour Light Utility Vehicle) aux États-Unis. Un véhicule destiné à contrer la popularité croissante des produits offerts par Toyota, Nissan et Mazda.
Deux ans plus tard, GM et Isuzu présentent une voiture « mondiale » : la Gemini. Il s’agit en fait d’une Opel Kadett (de troisième génération) retravaillée qu’on destine à une diffusion mondiale. Pour les États-Unis, où elle est commercialisé dans le réseau GM à partir de 1981, on lui donne le nom pour le moins curieux de Buick Opel. Mais l’année suivante, elle se transforme en… Isuzu I-Mark !
Ce n’est pourtant qu’au milieu des années 80 qu’on découvrira la génération suivante de cette voiture mondiale. Cependant, elle n’affichera aucune de ses deux désignations originales — Isuzu Gemini. Ici, elle deviendra la Chevrolet Spectrum et la Pontiac Sunburst. Deux jumelles qui seront disponibles au Canada à partir de 1986, qui afficheront une architecture originale signée Isuzu, mais dont la diffusion restera marginale.
La raison est simple : cette Isuzu « rebadgée » Chevrolet ou Pontiac souffre de longs délais de livraison, d’une disponibilité réduite chez les concessionnaires et, surtout, elle coûte le même prix qu’une Chevrolet Cavalier ou une Pontiac Sunbird, alors nouvelles toutes les deux (8 126 $ pour une Sunburst 3p de base contre 8 038 $ pour une Sunbird S 4p en 1986). Offertes sous forme de berline à 4 portes et de berline à hayon à 3 portes, entre 1986 et 1988 pas plus de 4 639 exemplaires de ces Isuzu déguisées trouveront preneurs chez nous.
Avec la I-Mark, on ressort Isuzu du placard !
À la fin de 1987, le duo Spectrum/Sunburst tire sa révérence et cède sa place à une nouvelle venue portant une désignation peu connue : c’est l’I-Mark d’Isuzu. Cette fois, oui, elle porte l’écusson Isuzu car les stratèges du marketing de GM ont perçu un changement d’attitude chez les consommateurs. En effet, l’origine japonaise est devenu un attribut favorable qui contribue au succès de Toyota, de Honda et des autres marques nipponnes. Chez GM, on souhaite tirer parti de cela.
Voilà pourquoi on créé un nouveau réseau de concessionnaires arborant l’enseigne Passeport Automobiles Internationales. Cette structure commerciale exclusive au Canada voit le jour au milieu de 1987. Au Salon de l’auto de Montréal, en janvier 1988, le directeur de ce nouveau réseau, Mike Johnston, justifie sa création en affirmant que « près d’un acheteur sur trois ne s’intéresse qu’aux modèles importés ».
C’est pour susciter l’intérêt de ces consommateurs que l’on constitue une gamme de produits « importés » qui comprend l’I-Mark équipée initialement d’un 4-cylindres de 1,5 litre et 70 ch. jumelé à une boîte de vitesses manuelle à 5 rapports ou une automatique à 3 rapports. Elle est offerte à partir de 11 053 $. Elle se retrouve donc à mi-chemin entre la Toyota Tercel, qui a un 4-cylindres de puissance égale, et la Toyota Corolla, qui a un prix de base similaire. Une variante plus puissante de ce 4-cylindres (105-110 ch.) sera rapidement introduite pour tenter de corriger la situation. Et pour sa dernière année sur le marché canadien, l’I-Mark prendra des airs de petite sportive avec une version RS dotée d’un 4-cylindres de 1,6 litre produisant 125 ch.
La gamme Isuzu compte également un utilitaire pur et dur : le Trooper II. Un véhicule vendu au Canada depuis 1987 que l’on souhaite opposer à des 4x4 populaires comme le Jeep Cherokee, le Toyota 4Runner, le Nissan Pathfinder et le Dodge Raider (ce dernier étant un autre véhicule « bouche-trou » emprunté à la gamme de produits Mitsubishi par Chrysler !). Doté d’un 4-cylindres de 2,6 litres et 120 ch. et offert à partir de 17 527 $, pour certains il paraît concurrentiel lorsqu’on le compare à un Cherokee à 4 portes (L4, 2,5 litres, 121 ch. 15 160 $).
Passeport offrira aussi les camionnettes compactes d’Isuzu, qu’on baptise tout simplement Pickup. Offerte avec une cabine régulière ou allongée (Spacecab), elles offrent des caractéristiques comparables à leurs rivales japonaises et américaines : deux ou quatre roues motrices et un choix de deux moteurs 4-cylindres (2,3 et 2,6 litres).
À cela s’ajoute une autre voiture compacte issue d'un étrange métissage de marques : l’Optima; une voiture conçue sur la base d’une Opel Kadett (cette fois de la cinquième génération), qui est à peine plus grosse que l’I-Mark et qui est assemblée en Corée du Sud par nulle autre que Daewoo, une entreprise alors indépendante de GM.
En 1991, les produits Saab viendront compléter la gamme en courtepointe de Passeport, un peu moins de deux après que l’entreprise suédoise aura conclu une entente de partenariat à 50/50 avec GM.
Nouveau zigzag : de Passeport à SSI
L’ironie dans tout cela, c’est que l’aventure Passeport aboutira à un cul-de-sac en 1991, lorsque GM lancera la marque Saturn au Canada. La structure commerciale de Passeport deviendra alors le réseau de concessionnaires Saturn-Saab-Isuzu (SSI).
Et les véhicules de marque Isuzu dans tout cela ? D’abord, la petite I-Mark disparaîtra discrètement au début de 1990 après qu’à peine 3 862 de ces voitures auront été vendues au Canada en un peu plus de deux ans.
Par ailleurs, en 1990, Passeport introduira sur le marché canadien un nouveau coupé sport compact au style plutôt particulier appelé Impulse, second modèle Isuzu à porter ce nom (un coupé à propulsion très élégant dessiné par Giugiaro, qui a été vendu chez nos voisins états-uniens de 1983 à 1990). De conception japonaise, le nouveau modèle, une traction équipée d’un 4-cylindres de 1,6 litre et 130 ch., s’opposait à des voitures comme la Toyota Celica par son prix attrayant (prix de base 16 315 $ contre 16 418 $ pour une Celica ST). L’année suivante, GM ajoutera une audacieuse version turbo de 160 ch. à transmission intégrale handicapée par un prix élevé (23 905 $).
Mais l’Impulse ne fera pas long feu au Canada. Ce modèle aura été présent sur notre marché durant deux ans et elle fera un plus bref retour encore en 1993, lorsqu’elle deviendra l’Asüna Sunfire ! C’est court, mais pas autant que la période durant laquelle une jolie berline appelée Stylus a été vendue : environ un an, soit juste assez longtemps pour irriter les concessionnaires responsables de la vendre !
C’est parce qu’entre-temps, aux États-Unis, GM avait créé une autre marque appelée Geo, en 1989, à laquelle on prêtait des visées similaires à celles de Passeport au Canada ! Puisqu’en 1992, GM Canada allait adopter cette marque, l’Isuzu Impulse devenait redondante puisqu’il existait aussi un clone de l’Impulse qui avait été développé pour Geo : la Storm. Vous suivez toujours ?
Quant à l’utilitaire Trooper lancé au Canada en 1987, on en verra trois générations différentes avant qu’il ne disparaissent pour de bon, en 2001. Il deviendra alors le produit Isuzu ayant été disponible chez nous le plus longtemps sous sa véritable marque.
En guise d’épilogue, rappelons qu’il subsiste aujourd’hui encore une trace de la marque Isuzu chez GM. Car sous le capot des camionnettes Silverado et Sierra, et des fourgonnettes Express et Savana, on retrouve parfois des moteurs turbodiesel Duramax qui sont fabriqués par... Isuzu !
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