S’il y a un style de voiture qui est intimement associé aux années 60, c’est bien celui des Muscle Car. La course à la puissance que se livraient les constructeurs américains du côté de la série NASCAR a fait en sorte que de nombreux bolides dont la prérogative première était le muscle sont nés au cours de cette décennie. Pour les constructeurs, les exploits sur pistes se traduisaient bien souvent par des exploits au chapitre des ventes.
Citons quelques modèles, question de bien vous situer : Buick GSX, Chevrolet Chevelle, Pontiac GTO, Plymouth GTX, Ford Torino et Mercury Cyclone. Il y en avait d’autres, bien entendu. Vous remarquerez aussi l’omission volontaire de modèles comme la Ford Mustang, la Chevrolet Camaro et la Dodge Challenger. Dans leurs cas, on parle de Pony Car, soit de modèles certes puissants, mais de plus petits gabarits.
Cette semaine, c’est d’un Muscle Car dont il est question. Et, pour plusieurs, il ne s’agit pas que d’un simple Muscle Car, mais bien de l’icône par excellence de ce type de voitures, soit la Dodge Charger.
À bien des égards, on doit parler ici d’une référence.
En retard
Quand Dodge introduit la Charger au Salon de Detroit, en janvier 1966, elle vient combler un vide dans sa gamme de produits. Depuis 1964, la division Plymouth propose la Barracuda, mais chez Dodge, il n’y a pas de véhicules équivalents proposés, du moins aux yeux des acheteurs. Chez Pontiac, la GTO fait le bonheur des amateurs depuis quelques années et chez Ford, l’arrivée de la Mustang avait galvanisé toute l’attention.
Les concessionnaires Dodge rongeaient leurs freins en regardant le cortège passer.
Pourtant, l’idée d’introduire la Charger germe depuis plusieurs années chez les bonzes de Dodge. Aussi tôt qu’en novembre 1962, un roadster Charger à deux places construit sur la plateforme de la Dodge Polara convertible était présenté au public. Le modèle a fait l’objet d’attentions particulières; on cherchait à créer le design parfait.
Il faudra cependant attendre quelques années avant que les dés tombent en place. En fait, c’est lors d’une réunion des dirigeants de Dodge avec les représentants des concessionnaires qu’on assiste à un déblocage. Ces derniers ont carrément réclamé une voiture semblable à la Barracuda pour leurs représentants.
Dès lors, la Dodge Charger allait rapidement prendre forme.
En 1965, un deuxième concept est présenté au public, soit la Charger II. Les lignes de ce modèle se rapprochent grandement de la version de production qui sera présentée au début de 1966 à Detroit.
La deuxième génération
Alors que la peinture est à peine fraîche sur les modèles 1966 qui sont livrés à travers les différentes concessions en Amérique du Nord, l’équipe de design est déjà au travail afin de donner naissance à la deuxième génération du modèle. Ce dernier verra le jour en 1968 et ce ne sera pas trop tôt. Malgré une gueule unique et intéressante, le modèle de première génération n’a jamais répondu aux attentes en matière de vente. Si les chiffres de la première année avaient été jugés acceptables, la situation s’est avérée plus sombre en 1967; seulement 15 788 exemplaires de la Charger ont été vendus.
Voilà qui explique sa rareté aujourd’hui.
Ainsi donc, en 1968, une nouvelle Charger apparaît. De l’avis de plusieurs, il s’agit de la plus belle création chez Dodge au cours des années 60. Pour certains, il s’agit carrément du plus beau Muscle Car à être sorti de Détroit tout court.
On va s’entendre sur une chose; rares sont ceux qui trouvent cette voiture laide.
Une offre riche
Il fallait avoir les poches bien garnies pour se procurer une Charger à cette époque. Le prix d’une version de base était de 3014 $ en 1968 et pour se procurer une version R/T, plus sportive, il fallait débourser 3480 $. Au moins, pour ce prix, l’acheteur profitait du moteur V8 de 440 pouces cubes, de même qu’un intérieur où le niveau d’équipement était tout sauf chiche : sièges baquets, tapis, volant à trois branches avec centre coussiné, chaufferette, dégivreur, horloge, allume-cigarette et lumière à cendrier.
En prime, sous la structure de la Charger, on retrouvait une suspension renforcée et des ressorts plus résistants à l’arrière. Sur la version R/T, l’acheteur profitait en plus de freins plus résistants et de l’ensemble R/T Handling Packard qui améliorait sensiblement le comportement de la voiture.
La réponse du public fut très favorable. Les ventes se sont multipliées par six pour avoisiner les 96 100 unités.
1969
À l’arrivée du modèle 1969, la table avait été mise. À l’exception de la grille qui se trouvait désormais séparée et du design des feux arrière qui prenait un traitement tout à fait différent, la voiture était la même.
Les modèles de base et R/T étaient de retour au catalogue. L’option SE (Spécial Édition) pouvait aussi être sélectionnée, ajoutant une touche de luxe au modèle R/T; sièges de cuir et de vinyle, volant sport, ensemble de lumières, feux de position intégrés au capot et fausses appliques de bois sur le tableau de bord. Bien sûr, un écusson SE était apposé sur la carrosserie. Seulement 4243 modèles R/T SE ont été produits en 1969.
Enfin, n’oublions pas la Charger 500, une édition toute particulière créée pour rouler sur le circuit NASCAR, qui s’est ajoutée à l’offre en 1969. Seulement 500 unités de cette dernière ont été fabriquées. Pour être homologués et avoir le droit d’être utilisés en NASCAR, au moins 500 modèles de production devaient être assemblés, d’où l’appellation de la voiture.
Notre Dodge Charger R/T 1969
Règle générale, le propriétaire d’un produit Mopar ne jure que par ces derniers. L’amateur de véhicules GM collectionne les voitures produites par cette compagnie, et ainsi de suite. Le cas du collectionneur que l’on vous présente cette semaine est quelque peu différent. Voyez-vous, cette Dodge Charger R/T est la troisième voiture ancienne qu’il s’offre. Les deux autres : une Pontiac Firebird 1968 et une Ford Mustang 1965.
« Je les aime toutes », s’empresse d’affirmer Stéphane Vézina qui voue une passion aux voitures anciennes depuis qu’il a l’âge de… parler. « Je voyais ces voitures-là se promener partout à l’époque et je me disais qu’un jour, quand je serais grand, j’en aurais une. »
Au moment où il obtient son permis de conduire, toutefois, la mode est aux voitures japonaises et aux moteurs à 4 cylindres. « Je n’ai donc pu en profiter à ce moment-là, mais avec le temps, une première occasion s’est présentée et j’ai pu réaliser mon rêve. »
Ce rêve, il a pris la forme d’une Ford Mustang 1965. Par la suite, la Pontiac Firebird s’est ajoutée à sa collection et au printemps 2011, il a mis la main sur son troisième bébé, soit la Dodge Charger.
« J’ai déniché cette voiture en Pennsylvanie. Elle était en bon état, mais le propriétaire en avait changé la couleur pour la mettre orange et certaines réparations qui avaient été effectuées au niveau de la carrosserie n’avaient pas été bien faites. Ainsi, lorsqu’on a commencé à la déshabiller, la voiture s’est rapidement retrouvée toute nue. »
C’est alors que la décision de procéder à une restauration complète a été prise. La couleur d’origine a été réintroduite au modèle et tout a été remis à neuf. Au printemps 2012, lorsque Stéphane Vézina a pu prendre le volant de sa nouvelle Charger pour la première fois, il avait l’impression d’être au volant d’une voiture neuve.
En fait, elle l’est.
Conclusion
La Dodge Charger n’est pas seulement une des plus belles voitures à être sortie des usines de Detroit au cours des 60, il s’agit de l’une des plus belles voitures à avoir été dessinée, point à la ligne.
Un classique indémodable, s’il en est un.
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Fiche technique
Marque : Dodge
Modèle : Charger
Version : R/T SE
Année 1969
Production : 69 100 Charger, dont 20 057 R/T et 4243 R/T SE
Prix de base : 3753.85 $ US (avec l’option SE à 161.85 $)
Moteur : V8 de 440 pouces cubes (4 barils)
Puissance : 375 chevaux @ 4400 tr/min
Couple : 480 livres-pieds @ 3200 tr/min
Transmission : manuelle à quatre rapports (offerte sans frais supplémentaires sur les modèles R/T)
Poids : 3646 livres
Modèles similaires en 1969 : Buick Gran Sport, Chevrolet Chevelle SS, Dodge Coronet R/T, Ford Torino, Mercury Cyclone 1969, Oldsmobile 442, Pontiac GTO, Plymouth GTX