Entre les années 1955 et 1965, tout ce qui était gros dans l’industrie automobile avait la côte auprès du public. L’essence était vendue à un prix ridicule et les nouvelles autoroutes qui poussaient comme des champignons étaient vides et invitaient aux longues randonnées. Pour les arpenter, quoi de mieux qu’une bonne grosse bagnole américaine au confort douillet? 

Une bête comme la Chrysler Saratoga, par exemple. 

Pas comme les autres

Les berlines pleine grandeur étaient légion dans le paysage automobile au début des années 60. Chaque constructeur souhaitait offrir LE modèle susceptible de se tailler une place de choix sur le marché et pour y arriver, chacun accouchait de ses plus belles créations.

Les envolées stylistiques caractéristiques de la deuxième moitié des années 50 avaient laissé dans le panorama des modèles incroyables. Au tournant de la nouvelle décennie, le retour à un certain conservatisme dicte le travail des designers. Le résultat : une panoplie de nouveaux modèles aux lignes épurées, mais aussi porteurs de caractère. 

Si cette tendance était observable à travers l’industrie, la transition se faisait plus lentement du côté de Chrysler. Cette compagnie est la seule des trois grandes qui continuait de proposer des produits fort audacieux au niveau du style. 

L’un de ces derniers était le modèle Saratoga. 

À en perdre son latin

Au fil de l’histoire, le nom Saratoga revient plusieurs fois dans la nomenclature Chrysler. Il apparaît en 1939 pour disparaître définitivement aux États-Unis après l’année 1960. Au Canada, le nom survit jusqu’en 1965 et du côté de l’Europe, il est utilisé à la fin des années 80 et au début des années 90. 

La période qui nous intéresse ici est bien sûr celle de la décennie 60. Même là, il faut démêler les choses pour s’y retrouver, l’année 1961 ayant été synonyme de changement. Tentons d’y voir clair. 

Après un hiatus de quelques années, le modèle Saratoga réapparaît chez Chrysler en 1957. Il s’inscrit dans la nouvelle lignée de voiture dessinée par Virgil Exner, maître de la philosophie « Forward Look ». Dans la famille Chrysler, la Saratoga représente le milieu de gamme entre le modèle de base Windsor et le tout inclus New Yorker. 

En 1957 et 1958, le modèle Saratoga vendu au Canada porte le nom de Windsor. Les modèles Winsdor américains n’étaient pas vendus chez nous, à l’exception de la version familiale qui elle, était importée. 

À compter de 1959, le Saratoga vendu au Canada est le même que celui écoulé aux États-Unis, mais son habitacle est celui d’un DeSoto Firedome.

Enfin, en 1961, Chrysler décide d’introduire aux États-Unis le modèle Newport. Ce dernier vient prendre la place du Windsor comme modèle d’entrée de gamme et plutôt que de faire disparaître ce dernier, Chrysler l’élève comme produit de milieu de gamme à la place du Saratoga. Ainsi, à compter de 1961, on ne trouve plus de modèle Saratoga au sud de notre frontière. 

Une Windsor

Cependant, chez nous, le modèle Windsor demeure le modèle d’entrée de gamme alors que la Saratoga vient se placer au milieu de l’offre. La Saratoga ne demeure malgré tout qu’une Windsor américaine. 

Vous me suivez toujours?

Chez nous, le nom Saratoga perdure jusqu’en 1965. 

Un vrai casse-tête, ne trouvez-vous pas. Ce qui est clair, c’est que lorsqu’on croise un modèle Saratoga dans un rassemblement de voitures anciennes aujourd’hui, il faut réfléchir avant de tracer une ligne définitive sur ses origines et sur sa position à l’intérieur de la gamme. 

En 1961, toutefois, les choses étaient devenues plus claires. Le marché canadien était le seul à compter sur ce modèle. 

De série, le Saratoga était livré avec plus d’équipement que le modèle de base, le Winsdor. Surtout, il comptait sur un moteur plus puissant. Le fameux V8 de 383 pouces cubes en était encore à ses débuts, mais il allait connaître une belle carrière au sein de la compagnie. 

Notre Chrysler Saratoga 1961

Alain Dion, le propriétaire de notre saveur de la semaine, n’est pas mêlé outre mesure à propos des origines de sa voiture. Jeune, il avait eu l’occasion de se balader à bord d’un modèle semblable, car le père de sa conjointe actuelle en détenait un. 

Ça explique peut-être pourquoi Alain Dion voue aujourd’hui un amour inconditionnel aux produits Chrysler. Lui-même a été propriétaire d’une Plymouth Road Runnner et lorsqu’il s’est débarrassé de cette voiture, c’était pour prendre possession de la Dodge Polara de son grand-père. « L’intérêt est né là », affirme-t-il. « Il a ensuite été cultivé; mon père vendait des voitures. »

Ainsi, Alain Dion a pratiquement toujours été propriétaire d’une voiture d’époque. Cependant, une pause de quatre ans lui a fait réaliser à quel point il les appréciait. Il fait référence à cette période comme un temps de sevrage. 

En 2009, il retrouve le volant d’une voiture ancienne en faisant l’acquisition de la Saratoga. « Je recherchais une voiture depuis un bout de temps déjà, mais je voulais une perle qui n’avait jamais été retouchée. J’avais juste envie de mettre la clef dans le contact et prendre la route. »

Quant au modèle retenu, outre le fait qu’il s’agisse d’un produit Chrysler, Alain Dion souhaitait un exemplaire aux ailes imposantes. Il a trouvé chaussure à son pied!

Pour ce qui est de cette Saratoga, on retient surtout que son premier propriétaire l’a eu pendant 33 ans et qu’au cours de cette longue période, il ne lui a fait parcourir que 33 000 miles. « Il ne la sortait même pas lorsqu’il pleuvait », explique Alain Dion. On imagine qu’elle n’a pas trop vu la couleur de l’eau depuis. 

Aujourd’hui entre les mains de son quatrième passionné, la voiture voit son compteur afficher 60 000 miles. Déjà, lors de ses premières sorties dans les rassemblements de voitures, elle a remporté des prix. 

Une pièce impeccable, vraiment. 

Conclusion

Les années 60 regorgent de modèles qui étaient réservés au marché canadien. La Saratoga est l’une d’entre elles. Pour les collectionneurs, voilà une façon de posséder une pièce historique différente. En prime, elle est certaine de faire tourner les têtes lors de randonnées au sud de notre frontière.

Ça, ça fait toujours plaisir. 

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Fiche technique
Marque : Chrysler
Modèle : Saratoga
Année 1961
Production : 10 239 (modèles Windsor américains)
Prix : 3218 $ US
Moteur : V8 de 383 pouces cubes
Puissance : 305 chevaux @ 4800 tr/min
Couple : 395 livres-pieds @ 3000 tr/min
Transmission : automatique à trois rapports
Poids : 3730 livres
Modèles similaires en 1961 : AMC Rambler/Ambassador, Buick Invicta, Chevrolet Impala, Ford Galaxie, Mercury Monterey, Oldsmobile Dynamic 88, Pontiac Bonneville, Studebaker Hawk