Il y a de ces modèles dans l’histoire de l’automobile qui ont connu des parcours inusités. La Comet de Mercury est de ceux-là. Lorsque cette voiture compacte a été pensée, rien ne pouvait laisser croire qu’elle porterait les noms Mercury et Comet. Conçue à partir des bases de la Ford Falcon, elle devait d’abord être commercialisée sous la bannière Edsel. Quant au nom Comet, il a dû être acheté à un carrossier-constructeur qui en détenait les droits.   

En conséquence, c’est un extraordinaire concours de circonstances qui va donner naissance au nom de Mercury Comet. 

La division Mercury
La deuxième moitié des années 50 voit le marché américain être envahi par de petits véhicules européens dont plusieurs consommateurs s’amourachent. Certaines bannières américaines en ont subi les contrecoups, dont la division Mercury. 

Cette dernière, qui opérait de façon indépendante au début de 1957, était promise à un bel avenir. Cependant, des résultats de ventes décevants ont forcé Ford à lui greffer la division Lincoln dès le mois d’août 1957. Quelques semaines plus tard, les premières Edsel faisaient leur apparition. Devant les piètres performances de ces dernières, Ford décidait de réunir la bannière Edsel à la division Mercury Lincoln dès janvier 1958.

Cette année-là, l’Amérique est frappée par une petite récession. En conséquence, la production de voitures destinées au marché américain chute de 30 % cependant que la vente de voitures importées, plus petites et moins dispendieuses, croit de 66 %. 

Ford, qui avait amorcé la conception d’une voiture compacte à la fin de l’année 1957, met les bouchés doubles afin d’offrir à son tour une voiture de petit format au marché américain. La bagnole en développement allait devenir la Falcon. 

Devant cette réalité, les dépositaires de la division Mercury-Edsel-Lincoln réclamèrent à leur tour leur petite voiture compacte. 

Une Edsel dans l’âme
La décision fut alors prise de cloner la Falcon afin d’en faire une… Edsel. La division Edsel, qui n’était pas encore morte, avait grandement besoin d’aide, elle qui n’arrivait pas à s’imposer alors qu’elle avait promis mer et monde à l’Amérique. 

La voiture fut donc développée et c’est à ce moment que son nom fut décidé : Comet. Les noms d’origine céleste étaient à la mode à l’époque, spécialement chez Ford. 

La nouvelle Comet présentait quelques différences esthétiques par rapport à la Falcon, mais partageait bon nombre de ses organes avec elle. 

Le lancement officiel de la Falcon était prévu pour octobre 1959. Afin de ne pas y nuire, l’introduction de l’Edsel Comet fut décidée pour le printemps de 1960. Cependant, coup de théâtre à l’automne 1959; la division Edsel s’éteignait. 

Heureusement, la voiture nouvellement développée allait être sauvée. Ainsi, au printemps de 1960, la Comet était introduite sur le marché américain. Elle ne portera que ce nom pour les années 1960 et 1961. On parlera de la Mercury Comet à partir de 1962. À noter qu’au Canada, en 1960 seulement, on parlera de la Frontenac plutôt que de la Comet. 

Il y a trois choses intéressantes à noter ici. D’abord, que la Comet est pratiquement une Edsel! En effet, plusieurs pièces des premières Comet avaient été réservées pour des modèles Edsel. Ensuite, que serait devenue la division Edsel si elle avait survécu et connu du succès avec ce modèle? Enfin, ironiquement, est-ce que la Comet aurait connu du succès sous la bannière Edsel? 

Succès instantané 
Dès son introduction au printemps de 1960, la Comet connaît du succès. Quatre modèles seront proposés : des berlines et des familiales, à deux et à quatre portes. En tout, 116 331 exemplaires se trouveront un domicile en 1960. Ce chiffre passera à 197 263 pour 1961.

En 1960, les Comet étaient proposées avec un moteur à six cylindres de 144.3 pouces cubes qui développait 90 chevaux. Une boîte manuelle à trois rapports équipait de série les modèles alors que la transmission automatique Ford-O-Matic était proposée en option pour 172 $.

L’année suivante, un deuxième moteur était livrable, soit une mécanique à six cylindres de 170 pouces cubes et 101 chevaux. 

Cette année-là, une version plus sportive fut introduite, soit la S-22. En 1962, c’est la série Custom qui faisait son apparition. Les Comet qui en étaient issues recevaient un intérieur de meilleure qualité et étaient agrémentées de commodités additionnelles.

En 1963, signe de sa popularité, Mercury offrait sa Comet sous 12 variantes. Cette année-là marque la dernière de la Comet de première génération. L’année 1963 voit aussi l’arrivée du premier moteur V8 chez la Comet, quoiqu’on ne parle pas de lui dans la brochure canadienne de 1963. 

Notre Mercury Comet 1963
C’est en 2003 qu’Alain Racine devient propriétaire de cette Mercury Comet. Cependant, ce n’est pas la première qu’il possède. « La Comet 1963 est la première voiture que j’ai achetée dans ma vie; c’était en 1969. Elle était pratiquement identique à celle que j’ai aujourd’hui, à l’exception de la transmission manuelle qui était à trois vitesses et montée sur le volant. »

Cette première Comet, Alain Racine ne la conserve que six mois seulement. Croyant pouvoir mettre la main sur un autre véhicule, il s’était débarrassé de sa petite décapotable. « Ça ne s’est pas déroulé comme prévu », rigole-t-il aujourd’hui. 

Puis, les années passent. Dans les années 80, l’envie de posséder une voiture ancienne fait surface. C’est vers une Ford Thunderbird 1966 qu’il se tourne, un modèle qui avait marqué son enfance. Il achète la voiture en 1989 et termine sa restauration en 1995.
 
« Puis, quelques années plus tard, en feuilletant la revue des véhicules anciens du Québec (VAQ), j’ai vu l’annonce de cette Comet à vendre. J’ai demandé à ma femme si ça lui tentait d’aller la voir. Elle aussi avait connu la voiture; on sortait ensemble lorsque j’avais eu ma première. »

Une fois rendu sur place, Alain Racine n’a pu résister; il a acheté, pour la deuxième fois de sa vie, une Mercury Comet 1963. 

« La voiture fonctionnait, mais la peinture n’était pas très belle et les surfaces à l’intérieur étaient brûlées par le soleil. De plus, la voiture ne possédait pas son moteur original. »

Un minutieux travail de recherche s’est alors amorcé pour la récupération des pièces d’origine, travail facilité par un ami plus à l’aise qu’Alain Racine avec les rudiments de l’Internet. La restauration de la voiture s’est finalement terminée en 2009.

Depuis, Alain Racine se balade fièrement au volant de sa belle d’autrefois et assiste à de nombreuses réunions de voitures anciennes avec des amis. 

Quant à la Comet, disons que son deuxième passage aux mains d’Alain Racine est plus fructueux que le premier... 

Un merci spécial à la maison O'Neill de Québec, endroit où ont été réalisées les photos. 

Contenu connexe : 

Fiche technique
Modèle : Mercury Comet
Version : Custom décapotable
Année : 1963
Production : total : 134 623 unités dont 7354 Custom décapotables (voiture d’Alain Racine)
Prix  : 2557 $ US
Quelques options disponibles : feux de recul (10.70 $), pares soleil rembourrés (4.50 $), radio à boutons poussoirs (58.80 $), parebrise teinté (12.95 $)
Moteur : 6 cylindres en ligne de 170 pouces cubes
Puissance : 101 chevaux @ 4400 tr/min
Transmission : manuelle à quatre vitesses
Freins : à tambour aux quatre roues
Poids : 2784 livres
Modèles similaires de 1963 : Buick Special, Corvair Monza, Dodge Dart, Ford Falcon, Oldsmobile Cutlass, Plymouth Valiant, Pontiac Tempest