1955 est une année charnière dans l’histoire de l’automobile américaine, spécialement du côté de Chevrolet. Cette bannière de la General Motors avait habitué les amateurs à des modèles d’allure plutôt générique. Tous dotés de moteurs à six cylindres en ligne, ils n’avaient rien de très vigoureux et plusieurs les considéraient comme carrément ennuyeux à conduire.
En 1955, Chevrolet rectifiait le tir en introduisant une nouvelle gamme de véhicules, entièrement repensés et redessinés. Ces modèles, offerts sous de multiples configurations (deux portes, quatre portes, familiales, décapotables, etc.), allaient s’avérer très populaires auprès d’une jeunesse en quête de sensations. La folie allait atteindre son paroxysme avec le modèle Bel Air de 1957, aujourd’hui considéré comme l’un des plus beaux jamais produits.
L’année 1955 réservait une autre surprise aux amateurs; l’arrivée d’un tout nouveau moteur V8. Baptisé « small-block », ce dernier allait dynamiser la nouvelle gamme de bolides pensée par la marque au nœud papillon.
Les familiales de la gamme
Il existait trois gammes de véhicules Chevrolet en 1955. La série 150, la série 210 et la série Bel Air. La série One-Fifty proposait quatre modèles dont une familiale à deux portes pouvant accueillir six passagers. Deux des six variantes de la série Two-Ten étaient des familiales à six passagers, l’une à deux portes et l’autre à quatre portes.
Dans la série Bel Air, qui comptait aussi six moutures, une familiale à quatre portes était proposée en début d’année alors qu’une variante à deux portes faisait son apparition en milieu d’année. Cette dernière allait passer à l’histoire. Il s’agit du célèbre modèle Nomad. Ironiquement, il ne fut pas très populaire à l’époque.
Malgré tout, le milieu des années 50 coïncide avec la prolifération de voitures à vocation familiale. Du côté de Chevrolet, on en produisait déjà, mais leur popularité explose avec l’arrivée de la nouvelle gamme de produits. À l’intérieur des séries ci-haut mentionnées, des noms comme Townsman, Handyman, Beauville et Nomad allaient désormais faire partie du langage automobile.
Vraiment, une nouvelle ère débutait en 1955.
Les nouvelles Chevrolet
Comme vous venez de le constater, le nombre de variantes offertes dépassait l’entendement. Outre les familiales, on retrouvait des berlines à deux et à quatre portes ainsi que des coupés à deux portes sans montant.
Ce qui était intéressant pour les amateurs, c’était que les nouvelles Chevrolet étaient totalement différentes de celles qu’elles remplaçaient. Leurs concepteurs avaient reçu carte blanche, eux qui avaient commencé leur labeur sur ce projet dès 1952.
Les nouvelles venues étaient plus légères, offraient une meilleure tenue de route, étaient plus spacieuses et leur design frappait dans le mille. Elles profitaient d’un nouveau châssis 18 % plus léger et 50 % plus rigide. Les suspensions étaient entièrement nouvelles, le système électrique passait de six à douze volts, le boîtier de direction était remplacé et de nouveaux tambours de roues plus larges étaient désormais offerts.
Bref, on avait fait table rase.
Pour vous donner une idée de l’impact qu’on eut les modèles 1955 de Chevrolet sur le marché, il s’en vendit 1 587 126. C’était 18.5 % de plus que l’année précédente où 1 338 921 modèles avaient trouvé preneurs.
Notre Chevrolet Handyman 1955
Notre Chevrolet Handyman est l’une des deux familiales tirées de la série 210, celle qui s’est avérée la plus populaire en 1955 au chapitre des ventes. En tout, 29 918 modèles identiques à celui qu’on vous présente cette semaine ont été produits.
Cependant, la copie que possède Jean Deschênes montre quelques différences. « J’ai acheté la voiture il y a une dizaine d’années, aux États-Unis. Elle était noire avec des flammes sur le côté. Elle était dans un état potable, mais tout était à refaire. Il n’y avait même pas de moteur. Je n’avais pas vraiment le choix de la restaurer. »
Jean Deschêsne s’est mis à la tâche. Il a pris son temps pour remettre à neuf cette voiture. Il avait pour objectif de l’offrir en cadeau à sa femme le jour de sa retraite, en 2008. Alors que la restauration en était rendue à l’étape de la peinture, il lui est venu une idée.
« J’ai décidé de la faire ressortir davantage en la découpant pour qu’elle prenne l’allure d’une Bel Air. » C’est frappant, car il n’existait pas familiale Bel Air en 1955. En fait, la familiale dans cette gamme était la Nomad. Si cette modification dénature la voiture, il faut la mettre en perspective; ce n’est pas la seule retouche qu’elle a subie.
« L’objectif était d’en faire une bagnole dont nous pourrions nous servir au quotidien. En conséquence, j’ai installé des freins à disques, une servodirection et une radio capable de capter les stations FM », explique Jean Deschênes. « Quant au moteur et à la transmission, ils proviennent d’un Chevrolet Suburban 1984 qui avait très peu de millage. »
Lorsque la voiture est sortie de sa manucure en 2009, le couple Deschênes l’a mis à l’essai... jusqu’en Floride. « Nous sommes aussi allés à Wasaga Beach, À Niagara Falls et aux chutes Montmorency avec elle. Elle roule en masse », nous confie son restaurateur.
Conclusion
S’il est vrai qu’on altère la valeur d’une pièce de collection lorsqu’on la modifie, cela ne veut pas dire pour autant qu’on fait une mauvaise affaire. Lorsque l’intention est d’utiliser le véhicule sur une base régulière, les avantages sont même nombreux. Et puis, il n’y a rien d’irréversible.
En attendant, cette 210 Handyman décorée en Bel Air voit de la route comme elle n’en avait probablement pas vu depuis les années 50 et ça, tout amateur de voitures anciennes s’en réjouit.
Contenu connexe :
Fiche technique (version originale)
Modèle : Chevrolet 210
Version : Handyman
Année : 1955
Production : 29 918
Prix : 2178 $ US
Moteur : 6 cylindres en ligne de 235 pouces cubes ou V8 de 265 pouces cubes
Puissance : 123 chevaux @ 3800 tr/min (6 cylindres), 162 chevaux @ 4400 tr/min (V8)
Transmission : manuelle à trois vitesses ou Powerglide à deux vitesses
Poids : 3000 livres
Modèles similaires de 1955 : Buick Century Estate, Chrysler New Yorker Town and Country, DeSoto Station Wagon, Dodge Sierra, Ford Country Sedan, Mercury Monterey, Oldsmobile Fiesta, Plymouth Belvedere, Plymouth Plaza, Pontiac Chieftain, Studebaker Champion