En présence d’une voiture ancienne, nous sommes toujours émerveillés lorsqu’on apprend qu’une édition n’a jamais fait l’objet d’une restauration. Cependant, s’il est certes impressionnant de découvrir un véhicule de 30, 40, voire 50 ans, qui n’a jamais été retouchée, ce n’est pas aussi rare qu’on le pense; il existe encore plusieurs de ces perles.
Un véhicule non restauré, ça n’a pas de prix. En sa présence, on a l’impression d’effectuer un voyage dans le temps. En vérité, c’est comme si le véhicule possédait une âme; il est tel quel, dans l’état de servilité qui a fait le bonheur de ses propriétaires. Tel un guerrier, il a survécu à l’épreuve du temps.
Imaginez maintenant que ce véhicule compte 71 années de service sans que personne ait entrepris sa restauration. On ne parle plus d’une situation banale, mais bien d’une occurrence exceptionnelle.
La Plymouth 1941 que vous apercevez dans ce reportage est encore dans son costume d’Adam, ou d’Ève, si vous préférez. Envers et contre tous, elle demeure, droite comme un i.
Ne serait-ce que pour ça, son histoire, en tout point, est exceptionnelle.
Avant Pearl Harbor
En 1941, la production automobile avait toujours cours aux États-Unis, mais certains constructeurs avaient commencé à ralentir le rythme, occupés qu’ils fussent à fournir du matériel à la Grand Bretagne, alors en pleine défense de son territoire face à l’Allemagne nazie. Chrysler était l’un des constructeurs les plus actifs à ce chapitre.
Néanmoins, lorsqu’on jette un coup d’œil à la production automobile de cette époque, ce n’est qu’à compter de février 1942 qu’on note son arrêt complet, soit deux mois après l’attaque japonaise sur Pearl Harbor. En conséquence, les modèles de l’année 1942 avaient déjà été produits. Il en était bien sûr de même pour tous les modèles 1941. Toutefois, les modèles invendus de ces deux millésimes ont été réquisitionnés pour l’effort de guerre.
Heureusement, notre Plymouth Special DeLuxe 1941 avait déjà trouvé preneur.
En 1941, il se vendit 4.3 millions de véhicules aux États-Unis, un record à l’époque. L’effort de guerre avait revigoré une économie qui en avait grand besoin.
Après Pearl Harbor
La production automobile a repris en 1945, mais les modèles assemblés pour l’année 1946 étaient en fait les mêmes qu’avant la guerre. Il faudra dans plusieurs cas attendre 1949 pour voir de nouveaux designs. En conséquence, on peut affirmer sans se tromper que les modèles qui furent produits avant la guerre sont ceux qui ont défini la décennie 1940.
L’offre chez Plymouth
En 1941, la gamme Plymouth comptait trois classes de véhicules; les Plymouth, les Plymouth DeLuxe et les Plymouth Special DeLuxe. Dans la classe qui nous intéresse, la dernière, sept variantes étaient offertes. De ce nombre, on remarque la présence d’une berline à quatre portes pouvant accueillir sept passagers ainsi que d’une version familiale qui, en apparence, semblait compter plus de bois que de métal. Bien sûr, des sept, la version décapotable en était la crème de la crème.
C’était en fait la seule décapotable qu’offrait Plymouth en 1941. Cette dernière s’est avérée très populaire alors que 10 545 personnes ont déboursé les 1007 $ qui étaient requis pour en faire l’acquisition.
L’équipement, en 1941
Plymouth faisait état du grand niveau de luxe de sa décapotable en 1941. Mais avec quoi rimait le luxe il y a 71 ans, avant l’apparition des iPod, des GPS et quelles autres bébelles modernes?
À bien peu de choses. Les publicités de l’époque expliquaient que les modèles Special DeLuxe recevaient sans frais des pneus à flancs blancs. Les berlines de cette série pouvaient quant à elles être décorées d’une peinture à deux tons. Pour le reste, il semble que ce soit plus grâce au catalogue d’options qu’on arrivait à donner une touche vraiment de luxe à sa voiture.
Et lorsqu’on consulte ce catalogue, on réalise qu’il s’en est passé des choses au cours des 71 dernières années. Moyennant 6.50 $, il était possible de profiter du Powermatic Shifting, un dispositif fonctionnant à l’aide d’un vacuum et installé sur le bout du sélecteur de vitesses. Ce dernier facilitait le passage à l’un et l’autre des trois rapports de la transmission manuelle. Autre option à considérer, moyennant un léger supplément : les clignotants.
Oui, en 1941, les clignotants étaient offerts en option sur cette Plymouth. Voyez d’où l’expression populaire a pris ses sources.
Néanmoins, même si on s’amuse un peu sur le dos de notre Plymouth, il faut noter que le modèle 1941 présentait de nombreuses améliorations par rapport au modèle 1940. Plymouth chiffrait à 19, le nombre d’innovations présente sur cette première édition de la décennie 1940. Parmi celles-ci, notons la puissance accrue du moteur, un couple plus généreux et un tout nouveau filtre à air.
Notre Plymouth Special DeLuxe 1941
Voilà déjà 21 ans que Reynald Roy possède cette Plymouth. « C’est une histoire d’amour qui dure », raconte ce dernier. « C’est la première voiture ancienne que je me suis achetée et ce sera probablement la dernière que je vendrai, car ma femme ne veut absolument pas qu’on s’en départisse. »
Reynald Roy a acheté cette Plymouth d’un type qui habitait la région de Montmagny. « Le gars l’avait depuis une dizaine d’années. Il l’avait achetée d’un individu en Ontario, qui lui l’avait acquis d’un homme aux États-Unis. »
Selon Reynald Roy, ça explique pourquoi on retrouve cette voiture, chez nous, au Québec. « À l’époque, mis à part les professionnels, les gens n’avaient pas trop les moyens de se procurer des voitures chères. Les modèles de luxe sont donc plus difficiles à trouver. Il y en avait plus aux États-Unis », relate-t-il.
Pour appuyer ses propos, mentionnons que Plymouth vendait son modèle de base 720 $ en 1941, soit 287 $ de moins que la Special DeLuxe décapotable. 287 $, ça représentait 19.2 % du salaire moyen américain en 1941, soit 1492 $.
État original
Pour en revenir à ce que nous mentionnions en introduction, la Plymouth de Reynald Roy n’a jamais été restaurée. « La peinture a été refaite il y a longtemps, mais c’est tout. J’ai pour ma part ajouté des clignotants pour des questions de sécurité. J’ai fait refaire les freins, mais pour le reste, tout est d’origine. »
Si cela est étonnant dans son ensemble, ce l’est moins lorsqu’on considère la mécanique qui est installée à l’avant. Le six cylindres en ligne de 201 pouces cubes avait la réputation d’être incassable, une réputation que nous confirme Reynald Roy. « Ça ne casse pas, ces moteurs-là! »
Conclusion
Cette Plymouth, vous risquez fort de la retrouver sur la route un de ces jours, car Reynald Roy n’hésite pas à s’en servir. « Mes petits enfants l’adorent. » L’été, il en prend les commandes pour se rendre à différentes expositions où, invariablement, elle fait tourner les têtes.
Les modèles des années 30 et 40 sont souvent recherchés par les amateurs qui désirent les modifier pour en faire des Hot Rod. Si cette pratique est tout à fait louable, il ne faudrait cependant pas qu’elle condamne à mort les versions originales de ces voitures d’avant-guerre qui ont façonné l’histoire de l’automobile.
La préservation de ces dernières est vitale.
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Fiche technique
Modèle : Plymouth Special DeLuxe
Version : décapotable
Année : 1941
Production : 10 545
Prix : 1007 $ US
Moteur : 6 cylindres en ligne de 201 pouces cubes
Transmission : manuelle à trois vitesses (colonne de direction)
Poids : 3166 livres
Puissance : 87 chevaux
Modèles similaires en 1941 : Chevrolet Special Deluxe, Ford Special Deluxe, Hudson Deluxe, Mercury convertible, Nash Ambassador six, Packard 1900 one ten, Pontiac DeLuxe Torpedo six