Il y a quelques semaines, nous vous présentions une Chevrolet 210 Handyman 1955. On récidive cette semaine avec un modèle très similaire issu de la même année. Bien sûr, on priorise ici la variété, mais selon les véhicules et les propriétaires que l’on croise, il y a de ces histoires qu’on ne peut passer sous silence. Celle de la Chevrolet 1955 présentée cette semaine est de celle-là. 

Comme le titre de l’article l’indique, cette dernière a passé 57 ans à la même adresse. Ça, c’est franchement impressionnant. 

Un rappel
Pour ceux qui n’auraient pas eu le temps de consulter notre article sur la Chevrolet Handyman, vous pouvez le faire en cliquant sur le mot Handyman. Néanmoins, et pour les autres, rappelons quelques faits à propos de l’introduction des modèles 1955 chez Chevrolet. 

D’abord, remémorons-nous que le millésime 1955 en était un d’importance chez Chevrolet. Il marquait un changement de philosophie en matière de conception de véhicules. D’abord, on offrait un nombre inégalé de variantes, toutes habillées d’une nouvelle robe qui allait plaire à une jeunesse montante.

En 1955, GM introduisait aussi son fameux moteur V8 connu sous le nom de « small-block », une mécanique qui allait faire sensation. 

En somme, le cœur était à la fête chez GM à l’arrivée des modèles 1955. 

Ironiquement, la même chose pourrait être dite à propos du changement qui avait cours chez Chrysler. Là aussi, on y allait d’une nouvelle philosophie de conception qui allait marquer l’histoire de la marque. 

À juste titre, l’année 1955 peut être qualifiée de charnière dans l’industrie automobile. 

Trois variantes
En 1955, Chevrolet offrait trois variantes de SON modèle. Il faut comprendre qu’à l’époque, on ne retrouvait pas une gamme de différents véhicules à l’intérieur de la bannière Chevrolet. Il y avait LA Chevrolet et celle-ci comptait trois déclinaisons. 

Dans l’ordre, de la moins luxueuse à la plus fournie, on retrouvait la série One-Fifty, la série Two-Ten et la fameuse Bel-Air. Dans la série qui nous intéresse, la 210, on retrouvait six configurations différentes. 

Il y avait deux familiales à six passagers, l’une à deux portes et l’autre à quatre portes. On retrouvait aussi deux berlines à six passagers, vous le devinez, une à deux portes et une autre comptant deux portières supplémentaires. Chevrolet proposait aussi une version Club Coupe ainsi qu’une variante Sport Coupe munie de deux portes sans montants. 

Plusieurs de ces modèles étaient proposés avec une peinture à deux tons, une mode qui était fort populaire au milieu des années 50. 

Sous le capot, deux options s’offraient aux consommateurs. Le choix d’un moteur à six cylindres en ligne de 235.5 pouces cubes ou la sélection d’un tout nouveau V8 « small-block » de 265 pouces cubes. Le moteur V8 n’était pas offert en option sur le véhicule. Plutôt, les modèles qui en étaient équipés étaient considérés comme faisant partie d’une série différente. 

Chevrolet vit ses ventes bondir de 18,5 % par rapport à 1954. En tout, 1 587 126 modèles se sont trouvés un domicile en 1955. 

Notre Chevrolet 210 1955
L’histoire de notre Chevrolet 210 est particulière. Nous avons effleuré le sujet plutôt, mais cette voiture n’a jamais changé d’adresse au cours de son existence. Ainsi, tous les détails entourant son achat et son entretien nous sont disponibles. C’est plutôt rare dans le domaine de la voiture ancienne. 

Ainsi, on sait que cette voiture a été achetée le 8 septembre 1955 par Laurent Julien à la concession de J. L. Drolet Automobiles ltée située au 450 boulevard Charest, à Québec. La profession de Laurent Julien, cultivateur, est même inscrite sur la facture. On apprend également que le véhicule a été vendu par un certain Eddy Grantham. 

Il est aussi comique de voir à quel point la langue française a évolué depuis 57 ans. Sur la facture d’origine, on parle de « char vendu », de « char repris en échange » et de « licence » pour indiquer les informations de la plaque d’immatriculation. 

Bien sûr, avec ce document historique, on sait exactement combien a été payée cette voiture. Corollairement, cette Chevrolet 210 a été liquidée au prix de 2200 $, auquel il fallait ajouter le montant de la taxe de vente. Êtes-vous prêt, car cette information va faire mal; 44 $, soit 2 % du montant total. Puisque Laurent Julien avait mis en consigne la somme de 100 à la signature du contrat, il a dû acquitter une facture finale de 2144 $ pour prendre possession de sa Chevrolet. 

57 ans plus tard, cette même Chevrolet repose dans le garage de François Julien, le fils de Laurent. Ce dernier n’a qu’un an de moins que sa voiture. Il a donc grandi en sa compagnie. « J’ai appris à conduire sur cette voiture, tout comme mon frère d’ailleurs. Nous vivions sur une terre alors on avait de la place pour se promener. Cependant, la consigne du paternel était claire; il ne fallait pas dépasser 30 miles à l’heure. »

En 1968, Laurent Julien décide de s’acheter une nouvelle voiture. « La Chevrolet allait encore très bien. Elle n’avait que 54 000 miles. Cependant, mon père avait la plus vieille auto du village, alors il disait qu’il était temps de changer. Puisque la Chevrolet était encore en très bon état, il a décidé de la conserver. »

Ce geste devait faire le bonheur de François Julien, car 14 ans plus tard, soit en 1982, c’est chez lui que la voiture aboutissait. Une bonne chose, car en 1980, elle a été restaurée une première fois. « La rouille commençait à s’installer », explique François Julien. 

Quant au moteur, il a été refait il y a quelques années, de même que l’intérieur qui a dû être remis à neuf, le soleil ayant fait son œuvre. 

Fait amusant, la Chevrolet de François Julien a joué un rôle majeur lors du mariage de ce dernier et depuis ce jour, elle occupe le seul espace disponible dans le garage familial. Les huit autres voitures qu’a possédées François Julien depuis ont dû se contenter de passer leurs nuits à la belle étoile. 

Vous aurez compris que cette Chevrolet 210 1955 n’est pas à vendre. Même qu’en discutant avec François Julien, on comprend qu’il y a de la relève; ses garçons ont un intérêt pour la bagnole. Conséquemment, il ne serait donc pas surprenant qu’elle passe les 57 prochaines années aux mains d’un Julien. 

Conclusion
Certes, l’année 1955 a été marquante pour Chevrolet, mais tout aussi marquante pour les Julien. Qui aurait pu se douter qu’à l’achat de la voiture, il y a 57 ans, elle serait toujours au sein de la famille en 2012? 

Et vous? Avez-vous déjà imaginé, un seul instant, conserver une voiture aussi longtemps? 

Votre réponse ne fait que rendre plus incroyable l’histoire de cette Chevrolet. 

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Fiche technique
Modèle : Chevrolet 
Version : 210
Année : 1955
Production : 332 497 (berline à quatre portes)
Prix  : 2200 $ (US : 1761 $)
Options : Air conditionné (système de chauffage amélioré), signal de direction, protection de caisse et peinture à deux tons (ajoutée chez le concessionnaire)
Moteur : 6 cylindres en ligne de 235.5 pouces cubes
Puissance : 123 chevaux @ 3800 tr/min 
Transmission : manuelle à trois vitesses au volant
Poids : 3250 livres
Modèles similaires de 1955 : Buick Century, DeSoto Firedome, Dodge Coronet, Ford Crestline, Mercury Custom, Oldsmobile 88, Plymouth Savoy, Pontiac Chieftain 860, Studebaker Champion