Si vous aviez à dresser une liste des 10 voitures les plus iconiques de l’histoire de l’automobile américaine, il y a de fortes chances que la Dodge Challenger figure sur votre palmarès. Je vous confie qu’elle se faufile inexorablement sur le mien. 

Est-ce en raison de son design intemporel, de son nom viril ou de ses moteurs déments? Est-ce parce qu’elle n’a été commercialisée que cinq années seulement, soit de 1970 à 1974?

Où serait-ce en raison de ce qu’elle a représenté pour une génération? 

Savez quoi? C’est à cause de tout ça. La Challenger, c’est simple, suscite de l’émotion. Elle fait vibrer, elle fait rêver. Dodge a frappé un grand coup avec ce modèle; la création d’un mythe, c’est peu commun. 

faire autrement
Le projet de la Challenger est né en 1966. Dès le départ, l’idée de faire d’elle un clone de la Plymouth Barracuda a été promptement écartée. On tenait à proposer un véhicule aux dimensions se situant entre celles de la Plymouth Barracuda et de la Dodge Charger. 

On aurait pu faire fausse route. La concurrence offrait, depuis des années, des bolides axés sur la performance. La Mustang générait les passions, la Charger, nous parlions d’elle, faisait un malheur à l’intérieur de l’entreprise pendant que du côté de GM, les Camaro et Firebird gagnaient en popularité. 

Et n’oublions pas ce qui se faisait chez Pontiac, Buick, Oldsmobile, Mercury et Plymouth. La concurrence était vive, la table était pleine. 

Cependant, le marché n’est jamais saturé au point de rebuter un produit génial.

Une offre très riche
Le mot génial définit bien l’entrée en matière de la Challenger. Ceux qui l’attendaient avec impatience ont été comblés. L’offre, d’une richesse incroyable, dépassait l’espérance. 

Essayons de la résumer le plus simplement possible.

On retrouvait deux versions de la Challenger; le modèle de base et le modèle R/T. Chacun pouvait être livré selon trois configurations, soit en version à deux portes, en variante convertible ou décoré du pelage SE (Special Edition). 

À ces dernières pouvait être jumelée une demi-douzaine de mécaniques, sans compter les variantes pour le moteur V8 de 383 pouces cubes (à deux ou à quatre barils) et le moteur V8 de 440 pouces cubes (quatre barils ou « Six Pack »). En tout, donc, huit possibilités. 

Le groupe des huit : un moteur à six cylindres en ligne de 225 pouces cubes, un V8 de 318 pouces cubes, un autre de 340, deux de 383, deux de 440 et l’incontournable moteur HEMI de 426 pouces cubes. 

Sur le modèle de base, il était possible d’obtenir, de série, soit le moteur à six cylindres, soit le V8 de 318 pouces cubes. En option étaient proposés le moteur V8 de 340 pouces cubes ainsi que la version à deux barils du moteur 383. La version à quatre barils de cette mécanique servait d’office dans les modèles R/T. Ces derniers pouvaient aussi recevoir, en option, les deux moteurs 440 ainsi que le moteur 426 HEMI. 

Vous nous suivez?

Ah oui, deux transmissions étaient proposées, soit une boîte automatique Torqueflite à trois vitesses ainsi qu’une boîte manuelle à quatre rapports. 

Ajoutez à cela un choix de 18 couleurs, dont 13 livrables sans supplément, et vous comprendrez qu’il était difficile de trouver deux Challenger identiques sur la route. 

Imaginez aujourd’hui!

La version SE
Quant à la version SE, elle se voulait la variante de luxe de la Challenger. L’équipement additionnel dont elle était garnie n’était pas exhaustif, mais la distinguait. Ainsi, la toiture était recouverte de vinyle, plusieurs ornementations de la carrosserie étaient habillées de chrome, la taille de la lunette arrière était réduite et l’intérieur était rempli de petites fioritures uniques au modèle. Entre autres, les sièges avant étaient vêtus de cuir et des témoins lumineux signalaient l’ouverture des portières et indiquaient un niveau d’essence critique. 

Considérant la consommation en carburant des moteurs de l’époque, voilà un témoin lumineux qui n’a pas dû faire long feu…

Notre Dodge Challenger SE 1970
Notre Challenger compte à ses activités récentes une présence au Salon de l’auto de Montréal ainsi qu’une participation à l’émission Légendes de la route diffusée sur la chaîne Historia. 

Propriété de Daniel Auclair, son parcours est tout à fait particulier. Ce dernier s’est amorcé en Californie, quelque part à la fin de 1970, alors qu’un vétéran du Viet Nam réalise le rêve qu’il chérissait alors qu’il était à l’autre bout du monde, soit celui de s’acheter une Dodge Challenger à son retour. Chose dite, chose faite. Malheureusement, le type décède quelques mois plus tard. 

Son épouse conserve la voiture pendant 25 ans avant de la refiler à une cousine habitant l’état de New York. La Challenger faisait un premier pas vers le Québec. 

Mise en vente sur eBay, elle est dénichée par un type de Montréal. La voiture franchissait la frontière. 

Et Daniel Auclair pendant tout ce temps? Eh bien, il n’était pas acheteur. En fait, il attendait la retraite pour se procurer une belle d’autrefois, question d’avoir du temps pour en profiter. 

Tranquillement, les astres s’alignaient. 

Un jour, un ami lui dit : « Veux-tu une Challenger? » Quatre mots qui vont résonner dans sa tête pendant trois ans, soit la période entre le prononcé de cette phrase et le jour où la transaction s’est finalement réalisée. 

« Même lors des derniers moments, je sentais le type hésiter. J’ai dû mettre un peu de pression afin que la transaction se bâcle », se rappelle-t-il. 

« La peinture était défraîchie et devait être refaite. Les bancs, les tapis et les garnitures de portières avaient aussi fait leur temps. Quant au moteur, il tournait, mais il avait grand besoin de soins. » 

En somme, la Challenger avait besoin d’un propriétaire prêt à lui donner du temps et de l’amour. Et Daniel Auclair qui voulait profiter de sa retraite… 

Conclusion
Il faut voir les têtes se tourner au passage d’une Challenger pour comprendre tout le mythe qui entoure l’histoire de cette voiture. Critiquée par certains scribes à l’époque en raison de son aspect pataud, elle a néanmoins séduit le cœur des amateurs, suffisamment pour qu’on se l’arrache à ses débuts. 

L’histoire d’amour devait être de courte durée, toutefois. Déjà, lors de son introduction, un nuage très sombre planait, soit l’imposition de nouvelles règles en matière de pollution. 

Le mythe venait de naître. 

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Fiche technique
Modèle : Dodge Challenger
Version : SE
Année : 1970
Production : 83 032 dont seulement 3979 versions SE issues de la lignée R/T 
Prix : 3498 $ US
Moteur : V8 de 383 pouces cubes 
Transmission : automatique à trois rapports
Puissance : 335 chevaux @ 5200 tr/min
Couple : 425 @ 3400 tr/min
Poids : 3437 livres 
Modèles similaires en 1970 : AMC Javelin, Buick Skylark, Ford Mustang, Chevrolet Camaro, Mercury Cougar, Oldsmobile 442, Plymouth GTX, Pontiac Firebird