Il fut une époque où les voitures familiales jouissaient d’une popularité sans borne. On retrouvait des variantes de ce type sur une foule de modèles qui, à première vue, ne semblaient pas destinés à servir les grandes familles.
C’est comme si on retrouvait aujourd’hui, par exemple chez Honda/Acura, une version familiale de l’Accord, de la Civic, de la nouvelle ILX et de la TL.
Cette formule, à l’époque, fonctionnait. Aujourd’hui, les familiales se font rares; leur ont été substitués une panoplie de véhicules utilitaires.
Heureusement pour la postérité, quantité de familiales ont traversé le temps. Si certaines de ces créations présentent peu d’intérêt aujourd’hui, elles n’étaient pas toutes belles après tout, d’autres étaient de véritables chefs-d’œuvre en matière de design. Certaines sont encore aujourd’hui carrément magnifiques.
Tellement que celui qui écrit ces lignes s’est promis, un jour, de mettre la main sur une de ces copies.
Tenez, sur cette Dodge Sierra par exemple. Ah, si seulement elle était à vendre…
Une voiture de luxe
En 1959, la division Dodge proposait trois gammes de modèles : Coronet, Royal et Custom Royal. C’est sous cette dernière catégorie qu’on retrouvait le modèle Sierra. Une simple déduction nous fait comprendre qu’on était en présence de véhicules utilitaires de luxe.
Le mot luxe étant pris au sens des années 50, on s’entend.
À quoi ressemblait ce luxe, en 1959? Et bien une version toute garnie se voyait équipée, de série, de la servodirection et des servofreins ainsi que d’une nouveauté qui allait faire jaser, soit des sièges pivotants à l’avant qui permettaient d’entrer et de sortir facilement de la voiture. Avec leurs robes, les dames adoraient.
Produites à raison de 23 590 exemplaires, les copies encore en état de rouler aujourd’hui ne courent pas les rues. Ça rend la possession d’une version encore plus spéciale et la chasse aux aubaines d’autant plus intéressante.
Merci, Virgil
Le créateur de cette voiture, c’est Virgil Exner, ce célèbre designer qui a laissé sa marque chez Dodge au cours des années 50 grâce à son esprit novateur et à son audace. Son travail nous a donné parmi les plus belles initiatives du temps.
Au milieu de cette décade, Virgil Exner introduisait le « Forward Look », une philosophie de design qui mettait l’accent sur la beauté des lignes d’un véhicule. Avant, question de praticité, les voitures étaient dessinées par les ingénieurs. L’approche d’Exner mettait en vedette une ligne de toit plus basse, des voies élargies et l’utilisation d’ailerons latéraux, détail qui, croyait-il, donnait un avantage aérodynamique à la voiture.
Ajoutez à cela une approche très agressive au niveau de dessin des parties avant et arrière et vous obtenez des résultats pour le moins spectaculaires.
Dans le cas de cette Dodge 1959, c’est frappant. L’observateur ne peut demeurer indifférent lorsqu’il porte son regard sur la partie avant, garnie de quatre phares ronds protégés par des sourcils froncés et chromés qui lui confèrent un « regard » très agressif.
À l’arrière, le design des feux relève de la folie, mais une folie qui plaît. Comptez aussi sur une présentation à deux tons et une judicieuse utilisation d’appliques de chrome. Même si ça demeurait une question de goût – ça le demeure toujours –, Dodge n’avait rien à envier à la concurrence côté design à cette époque.
Notre Dodge Sierra Spectator 1959
Au fait, pourquoi voit-on accolé au nom de la voiture le mot Spectator? Tout simplement parce que la banquette qui pouvait accueillir les passagers 7, 8 et 9 pouvait être inversée, de sorte que ceux qui y prenaient place avaient une vue imprenable sur la circulation derrière.
On peut facilement imaginer que les enfants adoraient. Pour ce qui est de l’aspect sécurité, eh bien là, quelle question! Alors est-ce qu’on s’en foutait? Incroyable comme l’inconscience était reine…
C’était comme ça, en 1959, lorsque cette voiture a été achetée une première fois, un certain jour de juillet. Le propriétaire original l’a conservé toute sa vie au point où c’est des mains de son petit fils que Reynald Roy l’a acquise, en 2005.
Lorsqu’il a vu la voiture pour la première fois, il est demeuré bouche bée. « Elle était entièrement d’origine. Le chrome était dans un état impeccable. Quant au moteur, il n’avait pas été retouché et le compteur n’affichait que 57 000 miles. »
Cinq différents moteurs étaient proposés en 1959. La voiture de Reynald Roy profite d’un V8 de 361 pouces cubes, moteur qui se situait au milieu de l’offre devant une mécanique à six cylindres, disposés de façon longitudinale, un V8 de 326 pouces cubes et, au sommet de la hiérarchie mécanique, deux incarnations de la première édition du fameux V8 de 383 pouces cubes, un bourreau de travail qui allait être installés dans quelque trois millions de véhicules entre 1959 et 1971.
Ainsi, une restauration n’a pas été nécessaire sur ce véhicule qui en bout de compte n’a finalement reçu qu’une nouvelle peinture. Parmi les voitures anciennes qu’il possède, cette Dodge Sierra est celle dont Reynald Roy apprécie le plus le comportement routier.
Pour avoir effectué une balade, force est d’admettre que c’est franchement impressionnant. Le confort est princier et contrairement à bien d’autres voitures d’époque, on n’a pas l’impression de circuler dans une aussi vieille monture à bord de cette familiale.
Quant à la réaction des gens lorsqu’ils aperçoivent ce monstre, les réactions sont unanimes. « Ils capotent, tout simplement », explique Reynald Roy.
On les comprend, car nous aussi, on « capote ».
Conclusion
L’année 1959 est celle où les excès en matière de design ont atteint leur paroxysme. Jamais plus nous n’allions voir des voitures aussi extravagantes, aux ailes aussi pointues, aux designs aussi… osés.
Ce haut niveau de voltige, il fut surtout atteint chez les familles Chrysler et GM.
Ça nous donne aujourd’hui accès à des voitures à la conception aussi extraordinaire qu’illogique et qui stimulent encore, 53 ans plus tard, les passions.
En tous les cas, la Dodge Sierra stimule la nôtre.
Modèle exclusif et inimitable, cette création unique fait tourner les têtes comme seules les voitures d’exceptions savent le faire.
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Fiche technique
Modèle : Dodge
Version : Sierra Spectator
Année : 1959
Production : 23 590
Poids : 4015 livres
Prix en 1959 : 3174 $
Moteur : V8 de 361 pouces cubes
Transmission : automatique à 3 rapports (94 % des Dodge en 1959)
Modèles similaires en 1959 : Buick LeSabre Estate Wagon, Chevrolet Impala Nomad, Chrysler New Yorker Wagon, Edsel Villager, Ford Country Squire, Mercury Colony Park, Oldsmobile Super 88 Wagon, Plymouth Suburban, Pontiac Laurentian Safari