L’histoire de l’automobile est remplie de récits savoureux. Certains, plus que d’autres, galvanisent les gens et stimulent leur imaginaire.
C’est encore plus vrai lorsqu’ils mettent en lumière le combat de petits constructeurs qui décident, de plein gré, de se mesurer aux géants de l’industrie. Des histoires à la David contre Goliath, règle générale, ça fait carburer l’esprit humain, même si l’issu de ces duels semble joué d’avance.
Le négligé demeure le favori du public; on souhaite qu’il fasse la barbe à ceux qui le regardent de haut.
Vous devinez qu’ils ont été nombreux à encourager l’Avanti Motor Corporation.
Merci Studebaker
Avant de se pencher sur l’entrée en scène de cette microentreprise, il faut faire un retour en arrière pour retracer les origines de la voiture. Pour ça, il faut regarder du côté de Studebaker.
Au début des années 60, la division automobile de Studebaker vivote. Les meilleures années de cette dernière sont derrière elle et le mot se passe dans l’industrie; ce n’est qu’une question de temps avant qu’elle ne plie bagage. Pourtant, on ne baisse pas les bras à l’intérieur des murs de l’entreprise; le projet entourant la conception d’un nouveau modèle prend même forme.
L’idée est celle du président de Studebaker, Sherwood Egbert. Ce dernier trouvait que l’introduction d’une voiture aux lignes plus excitantes et agressives ne pouvait qu’aider la chambranlante division automobile de la compagnie. Il voulait en fait une voiture capable de capter l’attention du public.
En 1963, la Studebaker Avanti voit le jour. Cette dernière se voulait la digne remplaçante de la Hawk, un modèle qui était commercialisé depuis 1957 par la firme de South Bend, en Indiana. La réaction du public vis-à-vis du nouveau modèle fut relativement bonne, mais des problèmes au niveau de l’approvisionnement ont fait en sorte que plusieurs commandes se sont retrouvées annulées. Ce n’était pas de nature à améliorer les choses. En tout, 3834 modèles furent assemblés pour 1963, 809 l’année suivante.
Lorsque l’inévitable fut annoncé, c’est-à-dire la fermeture de la division automobile de Studebaker, la partie semblait jouée pour l’Avanti; cette dernière était appelée à disparaître après seulement deux années d’existence.
Le rêve d’un homme
Lorsque cette réalité apparut évidente, l’un des dépositaires de la marque, Nathan Altmen, se mit en tête de reverser la vapeur. Ce dernier amorça une tournée afin de trouver des investisseurs intéressés à sauver le modèle Avanti. Malheureusement pour lui, il essuya plusieurs fins de non-recevoir.
Ce fut le cas chez American Motors et chez Checker Motors, la compagnie qui fabriquait les taxis du même nom. Là, on lui fit savoir qu’on n’était pas intéressé par une « voiture aussi laide. »
Ne restait plus à Nathan Altmen et son partenaire, Leo Newman, qu’une solution; investir leurs deniers dans l’aventure pour produire eux-mêmes la « nouvelle » Avanti.
C’est exactement ce qu’ils firent. Pour y arriver, ils s’entourèrent de gens qualifiés et louèrent une partie du complexe où les Studebaker étaient jadis produites. Une entente fut négociée avec Studebaker pour le transfert des moules, des pièces restantes et de l’équipement. Le fabricant des carrosseries de l’Avanti, qui était demeuré coincé avec quelques 150 de ces dernières, embarqua également dans le projet. L’Avanti Motor Corporation voyait le jour.
L’Avanti allait survivre. On parlerait désormais de l’Avanti II.
Une voiture exclusive
Cependant, il n’était pas question de la produire massivement. L’Avanti II allait être une voiture de grand luxe à production limitée. Ainsi, l’acheteur avait beau jeu. Il pouvait personnaliser son Avanti II à sa guise puisqu’un incroyable choix lui était offert (matériaux, tapis, couleurs, etc.). La facture était salée, toutefois. L’Avanti II était offerte à 6000 $, le prix d’une voiture plus exotique à cette époque. La compagnie elle-même, lors de la présentation de la voiture au public le 2 août 1965, déclarait que son bolide pouvait se mesurer avantageusement aux Ferrari, Rolls-Royce et Maserati.
Ambitieux, disons.
Néanmoins, l’aventure allait durer. La compagnie a changé de main quelquefois depuis les années 80, mais on a continué à produire des Avanti. Ce qui est étonnant, c’est qu’au fil des années, le modèle est demeuré presque inchangé. La dernière Avanti a été produite au Mexique en 2007.
Notre Avanti II 1974
L’Avanti est une voiture que Gervais Bilodeau avait remarquée alors qu’il était tout jeune. Pour lui, cette dernière représentait un rêve inaccessible. « Ce n’était pas une voiture très abordable. À l’époque, j’avais de jeunes enfants, une maison à payer, etc. L’achat d’une voiture ancienne n’était pas la priorité numéro un », se rappelle-t-il.
Puis, les années passent. L’Avanti, sans faire partie des pensées quotidiennes de Gervais Bilodeau, est toujours présente dans sa mémoire.
C’est alors que le destin frappe. « En nous rendant à un rassemblement de voitures anciennes avec un ami, nous nous sommes retrouvées derrière une Avanti II sur la route. Je me souviens avoir dit à mon ami à quel point ces voitures étaient rares. En arrivant dans le stationnement du rassemblement, j’ai vu le type mettre une affiche “ ?À vendre” sur sa voiture. Je suis allé le voir et nous nous sommes mis à discuter. »
L’échange de coordonnées n’a pas tardé. Quelques jours plus tard, Gervais Bilodeau retournait voir le vendeur et les deux se sont entendus sur un prix. Le rêve de jeunesse de Gervais Bilodeau allait prendre forme.
« Le type avait la voiture depuis 2005. Il l’a entièrement démontée pour en refaire la structure. La seule chose qui n’a pas été touchée, c’est l’intérieur. Il a investi environ 30 000 $ dans sa restauration. »
Ce qui est ironique, c’est que ce dernier a vendu son Avanti II à Gervais Bilodeau pour mettre lui-même la main sur la voiture de ses rêves. Voilà une transaction qui a rendu deux hommes heureux.
Quant à l’historique de cette Avanti, il est bien difficile de la retracer, les numéros d’identification des Avanti n’étant pas des plus faciles à déchiffrer; le système d’identification utilisé par la compagnie n’était pas très rigoureux. Une chose est certaine, cependant. Seulement 123 exemplaires furent produits en 1974, et ça, c’est suffisant pour assurer l’exclusivité.
Conclusion
Véritable survivante, l’Avanti II est la preuve que lorsqu’une passion nourrit l’esprit d’un individu, tout demeure possible. Qu’on la trouve belle ou carrément laide, le verdict n’est toujours pas tombé concernant cette dernière, on ne peut rester indifférent vis-à-vis de son incroyable histoire.
Cette Avanti II, vous la verrez si vous assistez à des rassemblements automobiles au cours de l’été qui vient, car c’est principalement lors de ces occasions que Gervais Bilodeau la sort de sa tanière.
N’hésitez pas à aller saluer ce dernier; il se fera un plaisir de vous parler de son bijou.
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Fiche technique
Modèle : Avanti II
Année : 1974
Production : 123
Prix : 9645 $ US
Quelques options offertes : servodirection (100 $), volant inclinable (100 $), toit ouvrant (695 $), climatisation (425 $), vitres électriques (100 $), Radio AM/FM avec lecteur cassette (400 $), régulateur de vitesse (85 $)
Poids : 3250 livres
Moteur : V8 de 350 pouces cubes (le moteur original était un 400 pouces cubes de GM)
Puissance : 180 chevaux @ 3800 tr/min (moteur 400 pouces cubes)
Couple : 290 livres-pieds @ 2400 tr/min (moteur 400 pouces cubes)
Transmission : automatique à trois rapports (une 700R4 a été installée sur la voiture de Gervais Bilodeau)
Modèles similaires de 1974 : Audi 100 Coupe S, Aston Martin V8, AMC Javelin, Chevrolet Vega, Ford Mustang II, Ford Maverick, Mercury Comet, Saab 99, Volvo P1800