Aujourd’hui, nous ne sommes plus surpris lorsqu’on croise une voiture importée. Les échanges commerciaux entre les pays sont monnaie courante dans le domaine automobile. À part certains marchés qui font bande à part et limitent les intrusions sur leur marché, on pense instinctivement à la Corée, les frontières sont relativement ouvertes. Qui veut bien faire des affaires dans tel ou tel pays a le loisir de le faire moyennant le respect des lois et des règles en vigueur. 

Ça n’a pas toujours été le cas, toutefois. Il fut un temps où les pays protégeaient jalousement leurs frontières. 

Les choses ont tranquillement évolué, cependant. Ainsi, au tournant de la Seconde Guerre mondiale, le modèle qui régit aujourd’hui les échanges dans l’industrie automobile prend tranquillement forme.

Mais pourquoi vous parle-t-on de cela cette semaine? Et bien parce que notre bijou hebdomadaire, bien que conçu aux États-Unis, n’a pas amorcé sa carrière en sol américain, mais plutôt du côté de la Belgique, là où il a été vendu. 

Est-ce que l’importation de voitures américaines sur le vieux continent était une pratique courante à l’époque? 

Voyons voir. 

L’ouverture des marchés
Au tournant de la Seconde Guerre mondiale, l’exportation de voitures américaines en Europe est relativement forte. Si l’on considère qu’on travaille à la reconstruction là-bas, on comprend la demande de ce côté. L’Amérique se fait un plaisir d’y répondre. 

En 1948, ce sont 52 490 véhicules américains qui prennent la direction de l’Europe. Cette année-là, les constructeurs américains exportent 211 614 véhicules à travers le monde. Petit à petit, cependant, ces chiffres vont diminuer pour atteindre un plancher en 1959. Cette année-là, les bannières américaines exportent 104 384 véhicules à travers le monde, dont seulement 15 741 en Europe. Plusieurs raisons expliquent cette baisse : priorité donnée au marché domestique, imposition de taxes à l’importation dans certains pays, etc. 

Inversement, à la même époque, c’est-à-dire vers la fin des années 50, les constructeurs européens exportent de plus en plus de véhicules aux États-Unis. En 1959, 696 904 produits construits en Europe prennent le chemin des États-Unis. 

Il faut comprendre que le volume de vente de véhicules est beaucoup plus fort chez nos voisins du sud qu’il ne l’est en Europe. Pour comparer des pommes avec des pommes, spécifions qu’en 1960, les ventes de voitures étrangères représentent 7 % de toutes les transactions de véhicules aux États-Unis. En revanche, environ 15 % des ventes de voitures en Europe concernent des produits américains. 

Bref, voilà à quoi ressemblait le portrait au début de la décennie 1960. Les Américains étaient bien implantés en Europe et recevaient leur part de voitures étrangères. En somme, les marchés étaient ouverts. 

Belgique : le 5 septembre 1966
Il n’est pas facile de retracer les origines d’une voiture américaine vendue en Europe. Toutefois, nous savons que c’est dans la ville d’Anvers, en Belgique, qu’a été vendue une première fois notre Chevrolet Chevelle Malibu 1966. En fait, on sait même que c’est un dénommé Gaston Deckers qui en a fait l’acquisition.

Cette Chevelle était équipée d’un moteur à 6 cylindres, les moteurs V8 n’étant pas les plus populaires de ce côté-là de l’océan. Cette information se confirme lorsqu’on consulte le no de code du modèle de la voiture situé à l’intérieur du compartiment moteur; il s’agit bien d’un modèle coupé à deux portes, équipé d’un moteur à six cylindres. Le prix américain de cette version était de 2378 $. 

En tout, 52 300 Chevelle Malibu ont été assemblés avec le moteur à six cylindres. Cependant, quant au nombre de modèles qui ont franchi l’Atlantique, là… 

Une Canadienne de souche?
Selon les informations qu’a recueillies le propriétaire actuel de la voiture, Sylvain Tremblay, cette Chevelle aurait été partiellement assemblée à Oshawa, en vue d’une exportation outre-mer.

C’est logique, car lorsqu’on consulte les registres historiques concernant les règles douanières en vigueur à l’époque, on réalise que la Belgique était l’un des pays qui exigeaient une taxe appréciable à l’importation des véhicules étrangers. Cependant, lorsque l’assemblage de ces véhicules était complété dans le pays qui les recevait, la taxe exigée était bien moindre. Le principe est celui de la Chicken Tax, aujourd’hui exigée par les Américains sur certains produits d’importation.

Retour à la maison
En juillet 1982, la voiture change de mains, mais pas de famille, lorsque Gaston Deckers la donne à son fils, Paul. Au cours du même mois, la voiture est rapatriée au Canada où réside Paul Deckers. Le 23 août, elle est inspectée et immatriculée au Québec. Elle sera ultimement remisée en décembre 1991 où elle sera laissée à l’abandon. 

Notre Chevelle Malibu 1966
Huit ans plus tard, des amis de Sylvain Tremblay lui parlent de cette Chevelle. En leur compagnie, il se rend voir le véhicule. 

« La voiture était toute croche. Elle avait un pneu crevé d’un côté, la peinture était toute craquée, mais en la regardant de plus près, j’ai réalisé que la structure n’était pas endommagée et que la rouille n’avait pas attaqué sévèrement la carrosserie. À l’intérieur, la voûte était finie et le volant et les sièges avaient l’air d’avoir été mangés par un Pit-bull. Bref, la voiture était moche, mais avait du potentiel », se rappelle Sylvain Tremblay. 

Ce dernier œuvre dans le domaine automobile, plus spécifiquement dans l’univers des moteurs de performance. Ainsi, même s’il voue un amour aux voitures anciennes, il dit lui-même qu’il n’avait pas énormément de temps à consacrer à ce passe-temps. Cependant, il y avait quelque chose qui le séduisait chez cette Chevelle. 


Un long processus de négociation s’amorce. Paul Deckers ne veut pas vendre la voiture à n’importe qui et veut s’assurer que cette dernière ne subira pas trop de modifications. Finalement, une entente survient entre ce dernier et Sylvain Tremblay et la Chevelle change de famille. 

Là, elle sera remise à neuf, dans le respect de son originalité. Enfin presque. « J’ai voulu conserver l’aspect original à l’extérieur et à l’intérieur, mais puisque je travaille dans le domaine, j’ai aussi voulu lui donner un cachet particulier. » 

Ainsi, cette Chevelle a perdu son moteur à six cylindres qui a vu un V8 de 327 pouces cubes et 350 forces prendre sa place. Une transmission 700 R4 lui a été jumelée. À l’extérieur, de petits détails rappelant ses origines ont été ajoutés, comme ces feux de brouillard à l’avant. En tout, la remise à neuf a duré quatre ans. 

Aujourd’hui, cette Chevelle fait tourner les têtes partout où elle passe. Les gens qui connaissent un tant soit peu le modèle sont médusés lorsqu’ils aperçoivent un numéro de série qu’ils ne reconnaissent pas où lorsqu’ils jettent un coup d’œil à l’odomètre, dont la mesure est en… kilomètres. 

Tout ça amuse bien Sylvain Tremblay, vous vous en doutez certainement. 

Bien d’autres mystères entourent cette voiture; à vous de les découvrir lorsque vous aurez l’occasion de la croiser dans un rassemblement. 

Conclusion
En 1966, de petites altérations étaient apportées à la carrosserie de la Chevelle, mais sensiblement, nous avions droit aux mêmes modèles et aux mêmes options qui étaient proposées en 1965. Grosso modo, la voiture était offerte en version berline, coupé ou convertible et quatre séries différentes la définissaient : 300, 300 Deluxe, Malibu et SS 396. 

Nous aurons de revenir sur l’histoire de la Chevelle 1966. Vous comprendrez que nous ne pouvions passer sous silence l’épopée de cette voiture qui a effectué deux fois la traversée de l’Atlantique avant de se retrouver, aujourd’hui, à quelque 500 kilomètres de l’endroit où l’on a travaillé sur elle une première fois. 

Un parcours des plus uniques, vous en conviendrez. 

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Fiche technique
Modèle : Chevrolet Chevelle
Version : Malibu
Production : 52 300 (avec moteur à 6 cylindres, versions 4 portes-berline, 2 et 4 portes Sport Coupe, 2 portes convertibles et familiale à 4 portes) 
Prix : 2378 $ US
Poids : 2910 livres
Moteur : V8 de 327 pouces cubes
Puissance : 350 ch.
Couple : nd.
Transmission : automatique à quatre rapports
Modèles similaires de 1966 : Buick Skylark, Dodge Coronet 500, Ford Fairlane, Mercury Cyclone, Oldsmobile Cutlass, Pontiac Beaumont, Plymouth Belvedere Satellite