Dans l’univers des véhicules anciens, on en voit de toutes les couleurs. Des reliques des années, 20, des vestiges des années 50, des produits des années 80, des motocyclettes, des roulottes et même… de gros camions industriels. Oui, la restauration de bêtes telle que celle que l’on vous présente cette semaine existe, bien que plus clairsemée parmi les restaurateurs, on s’entend.
Chose certaine, ça assure à celui qui la réalise une exclusivité que peu de voitures peuvent tendre. À ce niveau, c’est plutôt intéressant pour celui qui aime, justement, le caractère propre d’une remise à neuf.
Ainsi, cette semaine, on vous présente une histoire peu commune, mais combien intéressante!
Un gros camion… moyen?
Le camion que possède Gilles Larocque est massif, c’est le moins que l’on puisse dire. Suffit de se tenir à ses côtés pour se sentir plutôt petits dans ses souliers. Pourtant, lorsqu’on consulte les archives pour savoir où se situait ce produit dans la gamme de camions proposés par Chevrolet en 1979, on réalise qu’il faisait partie de la division Medium Duty Truck.
Il faut comprendre que lorsqu’on compare des camions lourds à d’autres camions lourds, toute référence à la taille, au poids et à la grandeur de ces derniers devient bien relative.
Au fil des décennies, ce sont des dizaines de variantes de camions qu’a proposé la division Chevrolet, du premier camion commercial à avoir vu le jour à cette enseigne, le Model T une tonne 1918, aux toutes dernières créations de la série Kodiak de 2009, année où GM a décidé de tourner la page dans la catégorie des camions « moyens ».
Pour les amateurs de ce type de véhicules, des noms comme Apache, Viking, Bison et Bruin rappellent de bons souvenirs quant à l’histoire et à l’évolution des modèles.
Dix-sept années de production
Pour ce qui est du modèle qui nous intéresse, il fait partie de ce qu’on appelle la série 50/60/65/70. Cette dernière a été introduite en 1973 et a tiré sa révérence en 1989. Notez que les modèles 65 et 70 sont identiques; GM a utilisé la dénomination C65 jusqu’en 1978 et a décidé de simplifier l’appellation de ses modèles à compter de 1979. C’est pourquoi le modèle que l’on vous présente est un C70. En fait, les modèles C60 et M60 sont devenus des C60 et la même logique s’est appliquée aux modèles C65 et M65 qui ont pris le nom C70.
Par son appellation, C70, on comprend aussi qu’il s’agissait du camion le plus robuste de la série, les modèles 50 et 60 convenant mieux aux travaux plus légers.
En 1973 donc, GM présentait un tout nouveau modèle pour sa série de camions légers. Parmi les changements les plus importants, on notait l’arrivée d’une toute nouvelle calandre faite d’un seul morceau. Le nouveau parechoc se voulait plus massif et l’acheteur avait le choix entre deux types de capot, soit de type alligator, entièrement rétractable, ou de type inclinable, en option.
La surface vitrée du véhicule était 19 % plus généreuse alors que la lunette arrière offrait deux fois plus de visibilité. Une peinture à deux tons était proposée en option avec un choix de 11 couleurs secondaires. À l’intérieur, tout était aussi revu et les options se limitaient plus au type d’équipement relié à la fonctionnalité véhicule qu’autre chose, quoique des options étaient proposées quant au type de radio qui pouvait être installé.
Cependant, ce qui intéressait surtout les acheteurs, c’était les capacités du camion. Dans les séries 50, 60 et 70, il était possible de se monter un véhicule sur mesure pour ses propres travaux. Par exemple, l’empattement pouvait varier entre 125 pouces et 218 pouces dans les cas des versions 60 et 70.
Quant à la capacité de travail de ces bourreaux, ces quelques chiffres devraient vous convaincre : un essieu avant capable de supporter un minimum de 7000 livres de charge et des essieux arrière capables de supporter 19 000 livres chacun. Au total, on parle d’une capacité de 50 000 livres.
Enfin, mécaniquement, des moteurs à 6 et à 8 cylindres étaient offerts. Dans le cas qui nous intéresse, c’est un moteur V8 de 427 pouces cubes qui loge à l’avant de notre C70, mais attention, il ne faut pas le confondre avec le moteur 427 conçu pour les voitures.
Notre C70 1979
Ceux qui habitent la région de La Tuque risquent de reconnaître le camion que l’on vous présente, car c’est là qu’il a été mis au travail par son premier propriétaire, Roger Descoteaux. « Ce travailleur artisan réalisait des contrats, transportait du sable et de la neige et était très présent dans sa communauté », raconte Gilles Larocque, l’actuel propriétaire du camion.
Aux dires de ce dernier, Roger Descoteaux entretenait son camion d’une façon presque maladive : « La journée de travail de M. Descoteaux n’était jamais terminée tant et aussi longtemps que son camion n’était pas lavé, même l’hiver. Il connaissait bien sa mécanique et l’entretenait avec soin. »
Ainsi, malgré les années, c’est un camion en excellente condition que possédait Roger Descoteaux. Cependant, lorsqu’il a pris sa retraite, il est demeuré inactif.
« Malheureusement, M. Descoteaux est par la suite décédé, mais le camion a été conservé par la famille. Lors d’une exposition de voitures anciennes dans la région, je l’ai aperçu et il a commencé à me fatiguer », raconte Gilles Laroque.
C’est alors qu’il s’est informé de sa disponibilité. « C’est le fils de M. Descoteaux, Éric, qui en avait hérité. En fait, il n’était pas à vendre. Éric ne voulait pas que le camion se retrouve abandonné dans un champ. Lorsqu’il a vu que j’étais un acheteur sérieux, on s’est entendu pour une transaction, à condition que le camion soit restauré. »
Et c’est exactement ce qui s’est produit.
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Condition exceptionnelle
En janvier 2011, le monstre aboutissait chez Gilles Laroque. Là s’est amorcée sa remise à neuf. « J’ai découvert un camion dans un état remarquable. Oui, la mécanique était à refaire et je l’ai fait peinturer, mais certaines choses n’ont pas eu à être changées. L’intérieur, pour un, est demeuré le même. Mécaniquement, une simple remise à neuf des pièces et le changement d’autres composants ont suffi. Vraiment, le camion était solide. »
À l’automne, la restauration était terminée. Depuis, peu importe où il se pointe avec son mastodonte, Gilles Laroque ne reçoit que des félicitations. La question qu’on lui pose le plus souvent? « Qu’allez-vous faire avec? »
Réponse : « Rien. »
Et, question de bien honorer la mémoire de Roger Descoteaux, une plaque expliquant l’origine du camion accompagne Gilles Laroque lorsqu’il se présente à une exposition.
Roger Descoteaux n’est peut-être plus, mais son camion, lui, continue de rendre hommage à sa passion grâce à un autre passionné.
Conclusion
Remettre un camion de cette taille en état tient de la folie, mais d’une folie que l’on ne peut qu’admirer. Gilles Laroque est un passionné qui ne fait pas les choses à moitié et l’amour qu’il voue à son C70 est contagieux.
Voilà qui nous plaît.
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Fiche technique
Marque : Chevrolet
Modèle : C70
Production : nd
Prix : nd
Moteur : V8 de 427 pouces cubes
Puissance : 220 @ 4000 tr/min (chiffres de 1977)
Couple : 360 @ 2400 tr/min (chiffres de 1977)
Transmissions : Manuelle à cinq vitesses (principale) et à quatre rapports (secondaire) (une 5-4 dans le jargon)
Capacité : 50 000 livres
Modèles similaires de 1979 : Dodge Série D, Ford F800, International Harvester Loadstar