En 1994, BMW mettait la main sur le groupe Rover, alors propriétaire des droits sur la Mini. La production de la puce anglaise s’est poursuivie jusqu’en l’an 2000, année où on a décidé de mettre fin à l’aventure. En 2001, BMW prenait un risque en relançant le modèle. Une nouvelle génération de MINI (les lettres majuscules servent à différencier le passé du présent) voyait donc le jour.
Depuis, les succès ont dépassé les espérances. Dans ses scénarios les plus fous, jamais BMW n’avait envisagé qu’une gamme complète de véhicules inspirés de la première Mini inonderait le marché.
L’histoire avait pourtant commencé si timidement.
Une question de pétrole
Pour expliquer les origines de la Mini, un petit cours d’histoire s’impose. Il est important de comprendre que sans un événement historique particulier, il n’y aurait peut-être jamais eu de Mini.
En 1956 avait lieu la crise du canal de Suez, la seule voie navigable capable de relier la Mer Méditerranée à l’océan Indien. Cette dernière est d’une importance capitale économiquement parlant alors qu’elle favorise et facilite les échanges entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Au début des années 50, la libre circulation avait cours à travers le canal, mais la France et l’Angleterre souhaitaient en acquérir le contrôle pour des raisons économiques et coloniales.
La même année, Gamal Abdel Nasser devient président de l’Égypte. Il est d’avis que le contrôle du canal doit revenir de droit à son pays. L’Angleterre, qui avait promis une aide à l’Égypte pour la construction d’un barrage sur le Nil, fait marche arrière. En retour, Nasser nationalise le canal.
Le conflit s’envenime et devient armé. L’Angleterre et la France finissent par occuper la région, mais l’Égypte réussit à bloquer le passage de navires en direction de l’Europe.
S’ensuit une diminution des importations de pétrole sur les marchés européens. En Angleterre, l’essence est rationalisée et la vente de grosse bagnole chute drastiquement. Les gens se tournent massivement vers de petits véhicules comme la Beetle.
Face à cette situation, la British Motor Corporation (BMC) décide de concevoir sa propre petite voiture économique.
La bibitte en question sera bien sûr la Mini.
Une idée folle
Ainsi donc, sans la crise du canal de Suez, la Mini n’aurait peut-être jamais vu le jour. Cependant, ce n’était peut-être qu’une question de temps. L’Amérique avait eu son Model T, l’Allemagne sa Beetle, la France sa 2CV et l’Italie sa Fiat 500. L’Angleterre n’allait certes pas demeurer éternellement sans SA voiture du peuple.
La Mini est l’œuvre d’Alec Issigonis, alors designer chez la BMC. La mission qu’il reçoit de Leonard Lord, le président de l’entreprise, est simple : concevoir une petite voiture dont les dimensions ne doivent pas dépasser dix pieds en longueur et quatre pieds, tant à largeur qu’en hauteur. L’habitacle doit aussi occuper six des dix pieds de longueur de la voiture. Quant au moteur, question de limiter les coûts, il doit déjà faire partie de l’arsenal à la disposition de la compagnie.
Défi technique
La conception d’une petite voiture s’accompagne d’une foule de défis techniques. Dans le cas de la Mini, ils étaient nombreux, car la voiture, outre le fait qu’elle devait être fonctionnelle, était destinée au grand public. Le droit à l’erreur était inexistant.
Le premier obstacle était d’ordre mécanique. Pour respecter les dimensions imposées, il fallait innover. C’est exactement ce qu’Alex Issigonis a fait, d’abord en disposant le moteur en travers, puis en faisant des roues avant celles de la traction. Ces deux gestes lui permirent de réduire la taille du capot et de transformer 80 % du plancher de la voiture en espace pouvant accueillir passagers et cargo. Et cet espace intérieur, il a été maximisé grâce au positionnement des roues aux extrémités de la voiture.
D’autres innovations techniques : la suspension, notamment, est hardie et prend peu d’espace; les vitres s’ouvrent sur glissière et non de façon conventionnelle; le hayon arrière est relié par câble à la voiture de façon à permettre la conduite avec cette partie ouverte, question d’augmenter la capacité de chargement.
En somme, on a su faire autrement.
Nos Mini
Ce sont deux Mini qui sont mises en évidence cette semaine; l’une date du millésime 1979, l’autre a 10 ans de plus. Ce qui retient l’attention en ce qui les concerne, ce sont les gens qui les possèdent.
Un récit comme on en retrouve peu peu.
Mélanie Jean est propriétaire de sa puce depuis 10 ans. Pour elle, la piqûre Mini lui est venue très jeune. « Je rêvais à cette voiture depuis plusieurs années. En fait, je connaissais quelqu’un qui en avait une et j’ai eu l’occasion de faire un tour. Je suis tombée sous le charme. C’est impossible de ne pas devenir amoureux lorsqu’on monte à bord. »
Sa Mini, elle se la procure en 2000. Deux ans plus tard, elle rencontre son conjoint d’aujourd’hui, Martin Labbé. À ce moment, ce dernier n’a pas vraiment d’intérêt pour les voitures, vieilles ou récentes. Lorsque sa nouvelle copine se pointe chez lui une première fois avec sa microvoiture, sa réaction en dit long : « Je n’embarque pas là-dedans; je n’entre pas! »
Il faut dire ici que Martin Labbé fait six pieds et quatre pouces.
« Il a finalement monté à bord », raconte Mélanie Jean. « Il a commencé à assister aux expositions avec moi et a découvert le monde des voitures anciennes. Il est aussi tombé sous le charme et environ un an après notre rencontre, il m’a fait la grande déclaration » :
« Ça va aussi m’en prendre une. »
Les recherches ont alors commencé. « On les anticipait difficiles, mais c’est finalement à Québec que la future voiture de Martin Labbé a été dénichée. Nous l’avons trouvé d’un gars qui importait des Mini ici pour ensuite les revendre. La voiture vient du Japon et, fait amusant, son volant est quand même situé à gauche. »
Des deux Mini, seule celle de Mélanie Jean a dû être entièrement restaurée. « Le temps commençait à faire son œuvre et une remise à niveau s’imposait. Pour le reste, elle a vu pas mal de chemin depuis 10 ans. »
De la route, les deux Mini en voient amplement aujourd’hui. Lorsque nos deux tourtereaux se déplacent pour assister à un rassemblement, c’est en tandem qu’ils le font. La réaction des gens à leur passage, vous le devinerez, en est une d’amusement.
« Ils se mettent à rire; ça leur colle un sourire aux lèvres. Puis, leur réaction passe à l’étonnement lorsqu’ils voient Martin se déplier pour sortir de sa voiture. Disons qu’on ne passe pas inaperçu », explique Mélanie Jean.
En prime, la personnalité très attachante de nos deux propriétaires fait en sorte que les gens tombent tous sous le charme pour d’autres raisons.
Deux voitures charmantes aux mains d’un couple charmant; que demander de plus!
Conclusion
La Mini a été vendue pendant quatre décennies, et ce, dans plus de 100 pays. Malgré son immense succès, ses débuts, en 1959, ne furent pas très prometteurs, bien au contraire.
Cependant, lorsqu’elle est devenue la voiture préférée de la Princesse Margaret (la sœur de la reine Élizabeth II) et de Lord Snowden, les choses ont changé. Puis, lorsque des membres des Beetle ont été vus à travers les rues de Londres dans une Mini, ce fut la consécration.
On n’allait plus jamais rire de cette voiture.
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Fiche technique
Marque : Mini
Modèle : 1000
Année 1979 et 1989
Prix : entre 2000 et 3000 $
Moteur : 4 cylindres de 1098 cc (d’où le nom du modèle, 1000)
Puissance : 45 chevaux @ 4750 tr/min (les sources varient)
Couple : 56 livres-pieds @ 2000 tr/min (les sources varient)
Transmission : manuelle à quatre rapports
Poids : 1318 livres
Modèles similaires en 1979 : BMW Isetta, Fiat 500, Renault Dauphine, Trabant P50, Triumph TR 10