Toute voiture qui a été un jour détenue par une vedette devient invariablement un objet de convoitise, voire un objet de collection. Quand cette voiture a appartenu à Elvis Presley, l’intérêt pour le modèle peut friser la folie. Car après tout, on parle du King!
La Pantera qui fait l’objet de notre reportage n'a peut-être pas connu une carrière aussi exceptionnelle que celle de son illustre propriétaire, mais son histoire n’est pas dénuée d’intérêt pour autant. Quant au modèle qui nous intéresse, il porte les marques, littéralement, de son passage dans la vie d’Elvis Presley.
La Pantera du King, une histoire marquante en tout point.
Passionné d’automobiles?
Le niveau d’intérêt d’Elvis Presley pour les voitures varie, selon que l’on consulte une source ou une autre. Ce qui est clair, c’est qu’Elvis Presley aimait l’automobile, notamment les modèles Cadillac, mais ne s’intéressait pas systématiquement à tout ce qui était exotique et pouvait aller vite. D’ailleurs, il n’a jamais développé un réel intérêt pour les voitures de course.
Toujours est-il qu’il fut propriétaire de cette De Tomaso Pantera 1971, première année de production et d’importation de ce bolide italien, badigeonné à la sauce américaine.
De Tomaso
De Tomaso automobili est fondé à Modène en 1959 par, vous l’aurez peut-être deviné, un Dénommé Tomaso. C’est cependant à Buenos Aires en Argentine qu’Alejandro De Tomaso voit le jour en 1928. Ce dernier fuit en Italie en 1955, terre de ses grands-parents, après avoir été mêlé à un complot visant le renversement du président argentin d’alors, Juan Peron. Alejandro De Tomaso s’installe à Modène et amorce alors une carrière comme pilote automobile. Il sera même aux commandes d’une Formule 1 le temps de deux Grand-Prix, l’un disputé en Argentine en 1957 et l’autre aux États-Unis en 1959.
Lorsqu’il lance son entreprise cette année-là, il se consacre à l’assemblage de prototypes et de voitures de course.
En 1963, une première voiture est produite, la Vallelunga. La Mangusta suivra en 1966 et avec cette voiture naîtra une association avec Ford, notamment pour l’utilisation des moteurs de la firme américaine.
En 1970, Alejandro De Tomaso mettra même au point une Formule 1 pour l’écurie de Frank Williams.
Suivra la Pantera en 1971.
La Pantera
Assemblée en mars 1970 et présentée au salon de New York la même année, la Pantera est une création du designer américain d’origine danoise Tom Tjaarda. Ce dernier, à qui l’on doit entre autres la magnifique Fiat 124 Spider, travaillait chez Ghia, alors filiale de Ford. Deux versions distinctes de la Pantera ont été produites : l’une pour l’Europe, l’autre pour le marché américain. Cette dernière se distinguait de deux façons, soit au niveau de l’esthétisme (feux plus imposants à l’arrière et présence de feux de positionnement latéraux), mais surtout au niveau de l’équipement. Les versions américaines recevaient de série les vitres électriques et la climatisation, des caractéristiques que l’on retrouvait surtout sur des modèles plus haut de gamme en Europe.
La Pantera est une voiture à moteur central opposé longitudinalement. Le moteur en question est un V8 Cleveland 351 de Ford, un dérivé du moteur qui animait alors la Mustang Boss 302. La puissance de ce moteur était évaluée alors à 310 chevaux et 355 livres-pieds de couple, ce qui avait pour effet de catapulter la Pantera chaque fois que l’accélérateur était violemment enfoncé. Le magazine Car and Driver, lors d’un essai alors réalisé, avait chronométré le 0-100 km/h en tout juste 5.5 secondes. La présence de freins à disques aux quatre roues ainsi que d'une direction à crémaillère était aussi remarquable sur cette Pantera.
Notre Pantera : victime du King
C’est en 1974 que le roi du Rock ‘n Roll achète cette Pantera 1971. Coût de la transaction : 2500 dollars américains. Elvis l’achète pour lui et sa compagne des deux dernières années, Linda Thompson. Le King revendra sa Pantera en 1976, un an avant sa mort.
En rédigeant ce texte, votre humble scribe n’a pu s’empêcher d’écouter la chanson de Diane Dufresne, Chanson pour Elvis. Quoi? Il faut savoir puiser ses sources d’inspiration partout! Toujours est-il qu’à l’écoute de cette pièce, on retrouve cette nostalgie qui a caractérisé les dernières années de la vie du King, celle où il s’est porté acquéreur de cette Pantera. Ironiquement, cette ode prophétique qui donne la chair de poule a été écrite avant sa mort. En prenant contact avec la voiture du King, la nostalgie nous traverse le corps. C’est un peu comme si sa Pantera avait subi un aussi triste sort que lui.
D’ailleurs, la voiture porte littéralement les marques de son passage de deux ans dans la vie d’Elvis.
Coups de feu célèbres
Reconnue pour être par moment pointue, la Pantera d’Elvis refusa de démarrer un certain matin. Furieux, le King, qui portait toujours sur lui une arme logée près de sa cheville, tira quelques coups de feu, littéralement, sur la voiture. Une balle traversa le plancher, une autre la porte du côté conducteur pendant qu’une autre atteignit le volant. Si la porte a été réparée et ne porte plus de trace, on ne peut en dire autant du plancher et du volant. D’ailleurs, sur nos photos, vous pouvez très bien voir la marque qu’a laissée la balle de revolver sur ce dernier. De toute évidence, la patience n’était pas la principale vertu du King.
Suite à sa vente, la Pantera a changé de mains à plusieurs reprises avant d’être finalement acquise par Robert E. Petersen à la fin des années 90. Elle repose aujourd’hui dans le musée qui porte son nom et de bonnes gens s’assurent de la maintenir en état de marche.
Ce qui est plutôt rare à propos de cette voiture, c’est qu’elle se présente presque entièrement dans son originalité d’antan, mis à part les pneus qui ont été changés. La plupart des Pantera qui se sont retrouvées en Amérique du Nord finissaient par être modifiées par leurs propriétaires.
Conclusion
Voiture unique, fruit d’un étrange mariage de genre et de style (lire design italien et muscle américain), la Pantera demeure un objet convoité aujourd’hui et pas seulement parce que le popotin d’Elvis s’y est déjà trouvé. La Pantera était une voiture avant-gardiste.
Malheureusement, son concepteur investissait dans ses projets plutôt que de se concentrer sur ceux qu’il avait mis en branle. La Pantera a souvent été qualifiée de projet incomplet. De plus, son prix, évalué à environ 10 000 $, faisait réfléchir les intéressés. Qui plus est, les Américains étaient peu friands de voitures étrangères. La crise pétrolière de 1973 est quant à elle venue sabrer les derniers espoirs de succès pour la Pantera. Ford cessa sa collaboration avec De Tomaso à ce moment. En conséquence, la Pantera n’a pas connu la carrière qu’elle aurait pu connaître.
Ironiquement, c'est tout à l’inverse de son plus illustre propriétaire.
Remerciements au musée Petersen de Los Angeles qui nous a laissé approcher la voiture du King.
Contenu connexe:
Fiche technique
Modèle : De Tomaso Pantera
Année : 1971
Production : 6128 modèles vendus (1971-1974)
Poids : 1416 kg
Prix en 1971 : environ 10 000 $
Évaluation : entre 35 000 et 40 000 $
Moteur : 8 cylindres 351 Cleveland de Ford (5,7 litres)
Transmission : manuelle à 5 rapports
Puissance chevaux/couple : 310 ch. à 5400 @ tr/min. 358 lb-pi. @ 4000 tr/min
Performance 0-100 km/h : 5.5 secondes
Vitesse maximale : 159 miles à l’heure / 256 km/h
Modèles concurrents : Alfa Romeo Montréal, AMC AMX/3, Chevrolet Corvette, Ferrari 365, ISO Grifo, Lamborghini Miura, Maserati Ghibli