Efficacité et efficience n’ont pas à jouer à chiens et chats. Sous la guise d’un piéton, il vous faut accélérer le pas, voire même courir, pour arriver à votre destination plus rapidement. Toutefois, ce rythme soutenu exige une respiration plus profonde et se conclut par un sentiment de lassitude une fois votre destination atteinte. Sans conteste; vous êtes arrivé plus tôt. Mais cette sueur qui vous pend au nez en dit long à vos collègues quant au prix qu’il vous a fallu payer pour impressionner votre patron avec votre arrivée fort matinale.
Ce dont vous avez besoin, c’est de conditionnement physique. En vous étant alimenté de façon appropriée, et en vous entraînant en conséquence, vous courez pour vous rendre au bureau et n’avez pas besoin d’autant de temps pour vous remettre lorsque vous y êtes. Vous avez alors la possibilité de vous déplacer à pied de façon plus efficiente, et de reprendre vos activités en toute efficacité par la suite.
Si l’on transpose ceci à l’univers automobile, la voiture parfaite serait celle qui est apte à se déplacer prestement, tout en ne dépensant aucune ressource. Les portefeuilles resteraient intouchés; la planète demeurerait sans tache; notre conscience collective environnementale pourrait respirer un bon coup. Malheureusement, nous croyons qu’en ce qui concerne l’automobile, la source d’énergie perpétuelle intérieure n’est pas pour sitôt.
D’un point de vue positif, la version V6 de la Mustang 2011 de Ford génère 305 chevaux. D’un point de vue négatif… en fait, il n’y a pas vraiment d’aspect négatif au moteur V6 de base de la Mustang. Ce moteur de 3,7 litres carbure au bon vieux carburant ordinaire sans plomb, possède une consommation de 6,9 l/100 km sur autoroute, et a une autonomie théorique de 878 km.
Lorsque Ford a redonné vie à la Mustang pour l’année modèle 2005, son moteur V8 développait moins d’étalons que le V6 actuel, tout en consommant 8,4 litres d’essence pour chaque 100 kilomètres d’autoroute parcouru. En six ans, Ford a découvert une façon d’augmenter la puissance tout en réduisant la consommation de façon significative grâce à un moteur de plus petite taille. La consommation d’essence de la version V6 de 304 chevaux de la plus récente Chevrolet Camaro atteint même le cap des 6,8 l/100 km. En 2002, le V6 de la Camaro était plus imposant, mais générait 104 chevaux de moins tout en étant beaucoup plus vorace.
Établir une comparaison entre deux voitures de performance modernes et leurs prédécesseures ne manque pas d’intérêt. Toutefois, plus révélateur encore est le contraste généré par plusieurs autres moteurs actuels de 300 chevaux, lesquels consomment bien davantage de carburant. Le V6 de 3,7 litres de l’Acura RL consomme 9,0 l/100 km. Le V6 de 3,7 litres de la Nissan 370Z, de même que le turbo de 3,0 litres de la BMW Z4, ne peuvent faire mieux que 7,6 l/100 km. Dans une Mercedes-Benz SLK350, un V6 de 3,5 litres développant 300 chevaux est officiellement en état d’ébriété après avoir trinqué au rythme de 8,0 l/100 km. La SLK est plus légère que la Mustang et la Camaro, extirpe moins de puissance de son moteur plus maigrelet, et arrive malgré tout à gaspiller une plus grande quantité de carburant. Contrairement au V6 de la Camaro et de la Mustang, celui qu’on retrouve dans l’Acura, la BMW, la Nissan et la Mercedes nécessitent tous une essence super.
Le V6 des voitures de performance américaines n’est pas le seul à proposer une combinaison économie et puissance des plus attrayantes. Responsable des 430 étalons alimentant les larges bottines arrière de la Chevrolet Corvette est un V8 LS3 de 6,2 litres, lequel ne consomme qu’un dixième de litre de plus que la Z4 et la 370Z mentionnées ci-dessus sur autoroute.
Ou plutôt, considérez le moteur turbocompressé de 1,6 litre de la petite anglaise à hayon préférée de tous : la Mini Cooper S. Cette fusée lilliputienne est capable de s’accrocher aux courbes, tel un directeur principal de la NBA aux trousses de LeBron James. Mais contrairement au DG de la NBA, qui est forcé de festoyer (ou serait-ce plutôt de se plaindre pour qu’il accepte de signer…?), la Cooper S boit aussi délicatement qu’une Honda Fit partie conquérir la route. Et ce n’est pas tout : la Mini compte 55 chevaux de plus dans son arsenal.
Le 4 cylindres turbocompressé de 2,0 litres de la Hyundai Sonata 2011, qui développe 274 chevaux, offre un rendement énergétique 17 % supérieur à celui du V6 de 3,3 litres moins puissant de l’ancienne Sonata. Mieux encore, le turbo de 2,0 litres carbure à l’essence ordinaire et arrive presque à la cheville du 4 cylindres de 2,4 litres à aspiration naturelle de la Hyundai, côté économie d’essence.
Les sceptiques tournent tous leurs yeux vers une question spécifique à ce « problème » d’étalons toujours plus nombreux, alors même qu’ils reconnaissent les gains en termes d’efficacité. À titre d’exemple, servez-vous des Mustang 2010 et 2011. La Ford Mustang 2010 était équipée d’un V6 d’une technologie d’une vieillesse raisonnable, développant tout juste 210 chevaux; un moteur de 4,0 litres, lequel consommait 7,6 l/100 km. Les ingénieurs de Ford ont conçu un missile de 3,7 litres doté de vastes réserves de puissance; un chef-d’œuvre capable de produire une quantité de puissance enivrante, tout en consommant moins d’essence. Bien que poser une telle question frise l’hérésie dans le monde des voitures de performance, il me faut la poser malgré tout : et si les ingénieurs de Ford avaient sacrifié de la puissance dans leur quête d’une consommation de carburant délirante? Si 305 chevaux équivaut à 6,9 l/100 km, est-ce que 265 aurait pu équivaloir à 6,4? Nous ne le saurons jamais. Au sein d’un marché où les voitures recherchées doivent être à la fois économe et puissantes, peut-être que Ford et Chevrolet ont fait preuve de sagesse en tentant de trouver une solution commercialisable et équilibrée. La puissance de leur ancien V8, lorsque combinée à une économie de carburant équivalente à celle de la Ford Fusion de taille intermédiaire, fera sourire des milliers d’acheteurs.
Les présentations ont été faites il y a déjà des décennies – ces garçons jouent dans le même carré de sable. À couteaux tirés depuis leur toute première conversation, Méga puissance et Misérable consommation d’essence semblent avoir enfin enterré la hache de guerre. Les auspices d’une amitié éternelle, sous le sceau du travail acharné et de résultats probants, semblent maintenant être assurées.
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