Traverser une ville au volant d’une Audi R8 au fini miroitant n’a rien de bien discret. 

Surtout lorsque cette même Audi R8 Biturbo, signée par MTM, fait non seulement plus de vacarme qu’un léger tremblement de terre, mais se pare également d’un ensemble de carrosserie suffisamment musclé pour susciter quelques sueurs froides.

MTM a dédié 1 200 heures de travail à cette voiture, dont 700 d’entre elles, croyez-le ou non, ont été consacrées à la finition. Le poli n’a rien de faux; cette carrosserie a été sablée jusqu’à lui redonner son état brut initial, puis astiquée à fond afin de lui conférer cet incroyable lustre réfléchissant.

Peu pratique, mais…
À ce stade, une aile frappée d’un jet de pierre devrait être remplacée. Blasphème, me direz-vous? Qu’à cela ne tienne; au bout d’un mois, un vrai conducteur aurait finement ficelé cette bombe dans le vinyle. Avec l’énorme diffuseur avant et l’aileron arrière d’allure sportive, auxquels s’ajoutent ces embouts d’échappement qu’on a fait déboucher de chaque côté de la plaque d’immatriculation, il y a fort à parier que cette Audi aurait une allure plutôt exotique, peu importe la couleur dont on la draperait. 

Quant à l’intérieur, il a lui aussi subi des transformations radicales, les sièges en fibre de carbone ultralégers étant désormais recouverts d’un cuir écarlate pour s’agencer au matériau matelassé dont les planchers sont recouverts. 

Chose possible : cette voiture pourrait se mériter un Alcantara de jais. Résultat : devrait-on douter du caractère pur et dur de son propriétaire?

Qu’est-ce qu’une MTM?
Ce serait bien désolant, si tel était le cas, car cette voiture effectue absolument tout avec un brio déconcertant. Roland Mayer a converti de façon très sérieuse tous les produits du Groupe Volkswagen et il est l’un des seuls préparateurs à travailler de façon étroite avec le fabricant, et avec d’autres, sur des projets d’ingénierie spécialisée. 

Il sait donc de quoi il parle. 

Piloter le miroir
Cela signifie qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter en ce qui concerne le moteur ou la boîte de vitesses. Nous nous dirigeons donc vers l’une des créations les plus merveilleuses sur Terre : un circuit entièrement fermé et quasi complété, de plus de 3 km de long. 

Là, j’agis comme toute bonne personne le ferait à califourchon d’un V10 à double turbocompresseur de 777 chevaux : je passe en première et j’écrase la pédale de droite. 

Lorsque je retrouve mes esprits, la première vitesse a fait son boulot et nous sommes catapultés de 0 à 100 km/h en 2,9 secs. Ceci suppose, bien sûr, que mon envol s’est fait sans la moindre anicroche. Quant au moteur, c’est un rugissement sourd qu’il émet, alors qu’à chaque changement de rapport, les soupapes de décharge feulent comme des pumas enrhumés. Évidemment, la vitesse est ridicule. Bien supérieure à mes aptitudes, je dois bien l’admettre.

Toutefois, la fusée fait preuve d’un flegme tout britannique, considérant la puissance monumentale à sa disposition. Le biturbo développe un couple de 655 lb-pi., ce qui est d’une importance tout aussi capitale que la puissance dans son ensemble. Par conséquent, je peux libérer les étalons sans crainte, l’œil rivé à l’indicateur alors que j’enchaîne prestement les vitesses sur la boîte à six rapports revêtue de métal. 

La boîte de vitesse à embrayage double ne pourrait survivre à ce couple; seule la boîte manuelle dispose de ce qu’il faut pour gérer la hausse de puissance. Ça me va tout à fait, personnellement; pour cette sportive quasi professionnelle, une attention de tous les instants est un prérequis. Et que dire de la sensation ressentie lors du changement de rapport manuel, ou du claquement sec qu’émet le portail métallisé lorsqu’il revient à sa position initiale. Jouissif.

Selon l’indicateur, c’est à 150 km/ que nous volons. Pourtant,  à peine quelques secondes semblent s’être écoulées, alors que la voiture continue sa trajectoire cataclysmique vers la longue courbe à droite qui se profile à l’horizon. Je freine, mais ce n’est pas nécessaire; en réalité, une plus grande vitesse encore serait préférable, car ces ailes ajoutent réellement de la déportance. Plus j’accélère, plus l’adhérence se fait sentir. Si j’avais le courage, et l’assentiment de MTM, je pourrais aisément atteindre la vitesse de pointe de 360 km/h sur ce tronçon de route. 

Je crois même que la voiture pourrait prendre la courbe à cette vitesse-là. 

Sur cette Audi, la tenue de route est tout simplement ahurissante. Évidemment, il y a cet immense système à traction intégrale qui, sans effort apparent, canalise la puissance vers les roues avant. Toutefois, Mayer s’est également penché sur la suspension, afin de créer une voiture parfaitement utilisable dans les rues. On est même allé jusqu’à me dire de ne pas m’inquiéter de la garde au sol lorsque j’aurais à emprunter une bande de stationnement surélevée pour faire demi-tour. Rarissime pour les voitures de cette classe. 

Mais c’est réellement à toute vitesse qu’elle déploie ses ailes pour de bon, prenant les courbes à une vélocité endiablée, et ce, sans la moindre hésitation. La direction du modèle original était déjà excellente, mais les jantes de 20 pouces, gainées de gommes Michelin Pilot Sport 2, confèrent à ce missile une touche musclée faisant toute la différence du monde dans les courbes. 

Le ferais-je?
Bien que l’engin de MTM partage une partie du bagage génétique de la R8, quoiqu’une dotée d’une robe nettement plus rutilante, ce n’en est plus une du tout. Cette supervoiture a été réglée de façon tout à fait sublime. Le confort du modèle de base est toujours là, mais on a instillé à la nouvelle le type de performance, de stabilité inébranlable et de convivialité qui la place dans la même classe qu’une Lamborghini Aventador, et peut-être même qu’une Pagani Zonda. 

Cette déclaration ne manque pas d’audace, mais c’est amplement mérité. La R8 V10 avait tout d’une excellente voiture de base, offrant une conduite extraordinaire et parfaitement balancée. Mais la bête dont on parle ici est d’un ordre tout autre; fantastique et purement géniale. La seule chose que j’arrive à lui reprocher, c’est son prix : 550 000 $. Mais après tout, on a consacré un an à son développement. Elle est littéralement unique et selon moi, la voracité de MTM ne serait pas telle si le bolide se départait de sa robe miroitante.

Quant à moi, c’est ainsi que je la préfèrerais. Une telle voiture doit être conduite, et entre nous, toutes ces nouvelles ailes me coûteraient les yeux de la tête. Et que dire de tous ces contenants de produits à polir…

Spécifications techniques
Prix : 550 000 $
Puissance/couple : 777 ch./655 lb-pi
Transmission : Manuelle à six rapports
0 à 100 km/h : 2,9 secs.
Vitesse maximale : 360 km/h

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