Le 20 novembre 1964, Gérard Fillion, président-directeur général de la Société Générale de Financement (SGF), annonce la signature d’un accord entre la SGF et la société française Renault. L’entente prévoit la construction d’une usine à Saint-Bruno de Montarville sur la Rive-Sud de Montréal. La Société de Montages Automobiles (SOMA) sera construite entre les mois de janvier et juin 1965. Elle a nécessité des investissements de 3,5 millions de dollars et emploie alors 250 personnes. Les premières voitures qui y seront produites en sortiront en novembre de la même année.
L’aventure sera toutefois de courte durée alors que SOMA fermera définitivement ses portes en 1974, faute d’un réel intérêt des Nord-Américains envers ces voitures françaises. Néanmoins, cette courte présence de Renault au Québec fut suffisante pour séduire de nombreux amateurs de voiture, y compris Jean-François Bourque, fier propriétaire d’une Renault 16 1970, une voiture qui a connu un parcours peu ordinaire.
40 ans déjà!
Pour bon nombre de Québécois, la mention de l'année 1970 ressasse de bien drôle de souvenirs. C’est au cours de cette année que Loto Québec voit le jour (février), que Robert Bourassa promet 100 000 emplois aux Québécois dans le cadre de sa campagne électorale (avril), que Montréal obtient les Jeux olympiques (mai) et qu’on débute la mise en service de notre système d’assurance santé. Mais c’est aussi au cours de cette année, précisément au mois d’octobre, que des événements allaient marquer tristement l’histoire du Québec.
Heureusement, lorsque Jean-François Bourque pense à 1970, il pense à sa Renault 16. Il faut dire que cette voiture lui a fait vivre des expériences inoubliables qui font qu’elle et lui sont désormais inséparables.
Une voiture avant-gardiste
La Renault 16 est présentée pour la première fois au public lors du Salon de Genève, en mars 1965. Cette bagnole est la première voiture française à posséder un hayon, caractéristique peu commune à l’époque. Mais là n’était pas la première intention du constructeur. Ce dernier souhaitait la création d’une plus grosse voiture qui aurait été équipée d’un moteur V8. Cependant, les coûts de développement et de production élevés reliés à un tel projet ont forcé l’entreprise à revoir ses plans. On a donc réduit les dimensions du futur modèle, mais sans oublier que l’on voulait faire une voiture haut de gamme. Est donc née la R16, une voiture on ne peut plus polyvalente pour l’époque, elle qui comptait, entre autres, sur un intérieur modulable.
En effet, la banquette arrière peut être placée dans de multiples positions, ce qui permet de transformer l’espace arrière en espace de chargement ou en… chambre à coucher!
Mécaniquement, la R16 possède aussi des particularités qui font écarquiller les yeux. D’abord, lorsqu’on ouvre le capot, on aperçoit une configuration peu commune; la boîte de vitesse est montée en porte-à-faux à l’avant alors que le bloc moteur, en aluminium, s’il vous plaît, est pour sa part placé de façon longitudinale. Cela fait en sorte que le poids est déplacé vers le centre, ce qui confère à la R16 un équilibre presque parfait et une tenue de route surprenante.
Autre élément trompe-l’œil : la R16 possède un empattement asymétrique. C’est dû à l’utilisation de barres de torsion transversales ne pouvant être parfaitement alignées à l’arrière.
La R16 comptait aussi d’autres éléments innovateurs comme des gouttières intégrées au toit. En fait, la voiture se voulait un laboratoire. Il faut se rappeler qu’à cette époque, Renault était sous contrôle gouvernemental : le gouvernement pouvait en faire ce qu’il voulait et y mettre le paquet. Renault avait été nationalisé à la suite de la collaboration de ses dirigeants avec les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle ne sera privatisée à nouveau qu’au début des années 1990.
Notre Renault 16
L’histoire de notre Renault est incroyable. Premièrement, il faut savoir que son propriétaire actuel, Jean François Bourque, voue un amour particulier pour les voitures étrangères. Tout jeune, il éprouve un coup de foudre lorsqu’il aperçoit la Renault 16 du voisin de la famille, un indépendantiste convaincu qui ne jurait que par la firme française qui assemblait alors ses voitures en sol québécois.
Une fois adulte, il se met en tête d’en dénicher une. Ses recherches le mènent vers un exemplaire en décrépitude qu’il s’empresse d’acheter. Il s’enquiert alors du coût des pièces et déchante aussitôt; la restauration coûterait trop cher.
Au même moment, Jean François Bourque, qui possède une entreprise spécialisée dans la restauration de motocyclettes Vespa, entretient une correspondance avec un Français qui lui achète un scooter. Lorsque vient le temps de régler la note, une idée germe dans l’esprit de Jean-François Bourque : pourquoi ne pas demander au cousin français un peu d’aide pour dénicher une Renault 16 en France, là où on risque d’en trouver plus qu’au Québec?
« Jamais je ne pensais faire venir une auto d’Europe », confie Jean-François Bourque. Une Renault 16 est finalement trouvée dans une banlieue française. Son ami se déplace pour aller voir la voiture et lui donne un coup de fil aussitôt. Ce qu’il entend le stupéfait. La voiture, qui appartenait à un type retraité, mais malheureusement décédé, est dans un état exceptionnel.
Il n’en fallait pas plus pour convaincre Jean-François Bourque, surtout que le prix demandé pour la voiture était dérisoire : 1700 euros. Son ami s’occupe de la transaction. La table était mise pour la livraison du bolide.
Quand Roméo se rend à Juliette…
Ayant prévu un voyage en France au mois de juin 2008, Jean François décide de joindre l’utile à l’agréable; en profiter pour prendre possession de SA Renault et partir en cavale sur les routes françaises. Son périple le mène aux quatre coins de la France, mais surtout, dans la ville « natale » de cette Renault, c'est-à-dire dans le village où la voiture a déjà décoré la façade d’une concession. Sur place, il rencontre les propriétaires du garage qui faisait concurrence au dépositaire Renault. Lorsque ceux-ci reconnaissent la Renault 16 vendue par leur ennemi d’alors, il se crée un lien instantané entre ces derniers et le visiteur québécois.
Quelques semaines plus tard, la Renault 16 fait le voyage vers le Québec grâce à la générosité des employés du port, alors en grève à l’époque. « Ils n’ont pu résister à la Renault et l’ont expédié quand même, malgré leur arrêt de travail », se rappelle Jean-François Bourque.
Quatre 16
Selon Jean François Bourque, il ne subsisterait que quatre Renault 16 au Québec. Deux ne seraient pas en état de rouler. Cela signifie que si vous croisez cette voiture sur la route, il est peut-être temps de vous procurer votre billet de loterie. Jean-François Bourque a déjà gagné son gros lot!
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Fiche Technique
Modèle : Renault 16
Production totale : 2 193 000 (1965-1979)
Prix : 11 280 francs (1970)
Moteur : 4 cylindres de 1,5 litre (1470 cc)
Transmission : Manuelle à quatre vitesses
Puissance : 63 chevaux @ 5000 tr/min
Poids : 980 kg
0-100 km/h : 18 secondes
Garantie 100% : 6 mois