Aujourd’hui, les familles nombreuses se tournent généralement vers une fourgonnette ou un véhicule utilitaire sport pour répondre à leurs besoins. Les petits entrepreneurs optent plutôt pour les camionnettes et les fourgons commerciaux. Quant aux grandes entreprises, elles peuvent choisir parmi un répertoire impressionnant de véhicules tout désignés pour répondre à leurs besoins spécifiques. 

En 1959, la camionnette existait, en version plus rudimentaire, on s’entend. Des véhicules fourgons étaient même proposés. Volkswagen offrait de son côté la Type 2, la Westfalia. Cependant, ce qui est clair, c’est que les gens bénéficiaient de moins de choix. 

En conséquence, plusieurs se tournaient vers la solution de rechange la plus polyvalente à l’époque; la bonne vieille familiale.

Une riche histoire
Il faut remonter au début du XXe siècle pour retracer l’histoire des « Station Wagon ». Les premières versions étaient surtout assemblées sur des châssis de camion et avaient pour fonction de servir les entrepreneurs. Certaines compagnies se spécialisaient dans la modification de véhicules déjà existants pour les transformer en familiales. 

C’est à Star, une division de Durant Motors, la défunte compagnie qui avait été mise sur pied par William C. Durant, celui-là même qui avait fondé General Motors et Chevrolet, que revient la palme d’avoir commercialisé massivement dans ses usines la première Station Wagon destinée aux masses. 

La mode va se répandre au point où au cours des années 50, les familiales vont occuper une place importante dans la stratégie de tous les constructeurs automobiles. 

L’offre chez Pontiac
Chez Pontiac, l’offre va se raffiner au fil des années si bien qu’au milieu de la décennie 1950, la division propose aux consommateurs une version jumelle de la très populaire Nomad de Chevrolet. Un des modèles offerts va prendre le nom de Safari. Au Canada, lorsqu’on fera référence à la même voiture, on parlera du Pathfinder. Rappelons qu’à l’époque, les Pontiac vendues au Canada étaient en fait des Chevrolet auxquelles on apposait une carrosserie de Pontiac. 

Dès 1958, le nom Safari va devenir le mot clef pour désigner toutes les versions familiales chez Pontiac. En 1959, on parlera de la Pontiac Catalina Safari et de la Pontiac Bonneville Safari. De ce côté de la frontière, on fera référence à la Pontiac Parisienne Safari, à la Pontiac Laurentian Safari ainsi qu’à la Strato Chief. Le nom Pathfinder a été abandonné en 1958. 

L’acheteur pouvait obtenir ces bijoux en versions à 6 ou à 9 passagers, selon qu’il optait pour une configuration intérieure à deux ou à trois banquettes.   

Voie large
Nous l’avons documenté lors de reportages antécédents, mais prenons le temps de rappeler que c’est à compter de 1959 qu’apparaissent aux États-Unis les premières Pontiac à voie large, les fameuses Wide Track. Cependant, les Pontiac canadiennes ne profitaient pas de cette configuration, elles qui étaient en fait des Chevrolet déguisées. 

Cela pouvait s’avérer frustrant pour les consommateurs qui auraient peut-être aimé profiter des Pontiac américaines, plus puissantes et plus fringantes. Aujourd’hui, toutefois, cela fait le bonheur des collectionneurs et restaurateurs canadiens. Les Pontiac qui ont été vendues ici sont plus rares, mais aussi le reflet d’une période de l’histoire où le concept de société distincte s’appliquait à l’ensemble du pays vis-à-vis du voisin américain. 

Les propriétaires de Pontiac de cette époque vous le diront; il s’agit d’un élément de fierté qu’on se doit de souligner.

Notre Pontiac Laurentian Safari 1959
L’heureux propriétaire de cette Pontiac familiale ne pourrait pas être plus en accord avec cette dernière affirmation. Guy Duval est un aficionado de Pontiac et ne manque pas une occasion d’apprendre et de découvrir sur cette marque jadis mythique. Vous comprendrez que lorsqu’il a vu cette Pontiac une première fois, la terre lui a semblé cesser de tourner. 

« C’était en 1993 au rassemblement de voitures de Granby. J’étais arrivé tôt et le propriétaire du temps, André Fortier, était déjà sur place; il avait passé la nuit dans la voiture avec sa copine. Il y avait quelque chose de spécial à propos de tout ça. C’était comme un rêve cette voiture. »

Guy Duval est immédiatement tombé sous le charme de cette Pontiac peu ordinaire. Sur place, il discute avec le propriétaire et une entente verbale est conclue. « Il n’était pas prêt à vendre la voiture, mais je lui ai donné mon numéro de téléphone et lui ai demandé de me promettre de m’informer s’il la vendait. »

Les deux hommes se croisent ensuite lors de rassemblements automobiles, car Guy Duval possède une autre belle d’autrefois, une Pontiac Laurentian 1960. Ils deviennent même de bons amis. « Puis, André est déménagé dans la région de Montmagny. Mais il venait quand même au rassemblement des chutes Montmorency, ce qui me permettait de voir la voiture. J’avais l’impression qu’il me taquinait. Il brandissait les clefs et me lançait des petits sourires; il savait que je voulais sa voiture », se rappelle Guy Duval. 

Puis, en 2004, son rêve se réalise. « André a finalement décidé de s’en départir. Sans hésiter, je lui ai fait parvenir une consigne. C’était avant l’hiver. J’ai pris possession de la voiture au printemps suivant. »  

La Pontiac montrait des signes du temps, mais rien n’était alarmant. « Elle est encore dans son état original. Le moteur n’a jamais été ouvert. J’ai mis la main sur des pneus à flancs blancs et un rétroviseur; ça résume pas mal ce qui a été fait comme travail sur l’auto », résume Guy Duval. 

Et à prendre connaissance des soins qu’il lui prodigue aujourd’hui, ce n’est pas demain la veille que la Pontiac de notre collectionneur aura besoin d’une restauration. La voiture effectue ses premières sorties à la fin du mois de mai et est remisée dès le mois de septembre. 

Entre les deux, elle n’effectue que quelques sorties. Cependant, chaque fois, elle suscite des réactions. « Les gens la trouvent horrible ou très belle, mais ne sont jamais indifférents », explique Guy Duval. 

Conclusion
Produite en seulement 727 exemplaires pour le Canada, Cette Pontiac Laurentian Safari est une perle rare et une espèce en voie de disparition. Vous risquez peu de croiser une copie conforme de cette voiture sur la route, mais si vous avez cette chance, on peut vous garantir une chose; c’est un moment que vous n’oublierez pas de sitôt. 

Cette voiture possède un je-ne-sais-quoi qui laisse muet d’étonnement. 

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Nous tenons à remercier la Maison O'Neill de Québec, là où nous avons réalisé les photos qui ont servi pour ce reportage. 

Fiche technique
Modèle : Pontiac Laurentian
Version : Safari
Année : 1959
Production : 727 modèles identiques pour le Canada
Date de production : 5 mai 1959
Date de livraison : 20 mai 1959
Poids : plus de 4000 livres
Prix en 1959 : environ 3200 $
Moteur : V8 de 283 pouces cubes
Transmission : automatique à 2 rapports Powerglide
Modèles similaires en 1959 : Buick LeSabre Estate Wagon, Chevrolet Impala Nomad, Chrysler New Yorker Wagon, Dodge Sierra, Edsel Villager, Ford Country Squire, Mercury Colony Park, Oldsmobile Super 88 Wagon, Plymouth Suburban