C’est en 1950 que s’est tenue la première saison de Formule 1. À l’époque, sept épreuves seulement étaient inscrites au calendrier officiel, incluant la classique des 500 miles d’Indianapolis. D’autres courses étaient disputées, mais leurs résultats n’étaient pas comptabilisés pour le championnat. 

Néanmoins, la tradition qui perdure aujourd’hui était lancée. 

Dès 1952, une autre tradition, macabre, allait naître : la mort. 

Que ce soit lors de séances d’essais, de pratiques pour la course, de qualifications ou pendant la course elle-même, la mort va côtoyer les pilotes au quotidien. Ils vont être très nombreux à y laisser leur vie avant qu’on ne se réveille et qu’on mette l’accent sur la sécurité. Plus près de nous, le 8 mai 1982, Gilles Villeneuve est tombé au combat. 

Dans les années 50, 15 pilotes sont morts en piste. Entre 1960 et 1969, ils vont être 14 à y laisser leur peau, dont 6 lors des seules saisons 1961 et 1962. Mortelle, la F1 de cette époque? Ce n’est même pas une question. 

Passion ou folie?
Il fallait être passionné pour prendre place à bord d’une Formule 1 des années 50 et 60. Il fallait aussi être fou. Ces voitures étaient de véritables cercueils roulants. Les pilotes avaient la tête et les épaules à découvert et l’arceau de sécurité, présent pour protéger la tête cas de retournement, était une mauvaise blague. 

Jack Brabham, légendaire pilote devenu par la suite propriétaire d’équipes de Formule 1, raconte qu’il n’a jamais couru avec une ceinture de sécurité. « C’était trop dangereux, car les incendies étaient tellement intenses et rapides à se déclarer lors d’une collision que la dernière chose que je voulais, c’était d’être coincé dans le cockpit. » 

Une époque absolument invraisemblable. 

Si vous l’avez vécu, vous savez à quoi on fait référence. Si vous êtes plus jeunes, on vous en a peut-être parlé. Eh bien, sachez que vous pouvez faire un incroyable voyage dans le temps en visionnant le film Grand Prix. Réalisé par John Frankenheimer, ce long métrage, tourné en 1966, nous plonge au cœur d’une saison de F1. 

Plus réel que ça, tu meurs!

Audace et folie
John Frankenheimer n’avait que 36 ans au moment du tournage. Il était probablement fou de croire qu’il pouvait réaliser le film qu’il souhaitait réaliser, mais sa folie nous a donné l’une des œuvres les plus incroyables de l’histoire sur la course automobile.

Filmé en Europe tout au long de la saison, on a droit aux vrais bolides, aux vraies foules, aux vrais pilotes et à la vraie ambiance qui animait le circuit de Formule 1. Lorsqu’on voit des images du Grand Prix de Monaco, c’est LE Grand Prix de Monaco de 1966. Lorsqu’on nous montre une rencontre de pilotes avant une course, certains des coureurs du temps sont présents et prennent même la parole. C’est le cas de Graham Hill, de Jack Brabham et de Jochen Rindt, entre autres. C’est criant de réalisme. 

Pour arriver à nous mettre au cœur de l’action, Frankenheimer a dû obtenir des autorisations qu’ils seraient impensables de quémander aujourd’hui. Ainsi, les caméras de la Metro-Goldwin-Mayer étaient présentes partout, au point de royalement taper sur les nerfs de plusieurs membres de plusieurs écuries. Avant la tenue des vraies courses, l’équipe de tournage bénéficiait du temps de piste pour tourner des scènes. Lors des séances de pratiques, une voiture caméra était conduite par Phil Hill, le champion F1 de 1961. Incidemment, la voiture conduite était une Ford GT40, la seule voiture de production capable de maintenir le rythme et la vitesse imposée par les F1 de l’époque. 

Et lorsqu’on voit les acteurs au volant de leurs voitures, eh bien, ce sont eux qui sont installés aux commandes. Des caméras étaient montées à des endroits stratégiques sur leurs bolides et les images obtenues sont à couper le souffle. 

Parlant des acteurs, une brochette relevée avait été assemblée pour participer au film. Dans les deux rôles principaux, on retrouve le grand Yves Montand de même que James Garner. Les deux incarnent respectivement les pilotes français et américain Jean-Pierre Sarti et Pete Aron. Ils sont secondés par Éva Marie Saint, Brian Bedford, Jessica Walter et Françoise Hardy, entre autres. 

Acteurs-pilotes
Pour ajouter au réalisme de son film, John Frankenheimer tenait à ce que ce soit les acteurs qui prennent le volant des voitures. Incidemment, ces dernières étaient des Formules 3, maquillées pour ressembler à des Formules 1. 

Ainsi, plusieurs d’entre eux ont été confiés aux bons soins de Jim Russell afin qu’ils puissent apprendre les rudiments de la conduite d’un bolide de course. Ne deviens pas pilote de F1 qui veut, toutefois. On a vite réalisé que certains avaient un talent limité. James Garner s’est avéré être le plus doué du groupe. On raconte même qu’il aurait très facilement pu participer à une course tellement son talent s’est tout naturellement développé. 

Ce ne fut pas le cas de Yves Montand. Ce dernier a eu beaucoup de difficulté, mais a tout de même réussi à se débrouiller. Quant aux deux autres acteurs principaux qui jouent le rôle de pilotes, soit Antonio Sabato et Brian Bedford, leur cas fut plus complexe. Le premier arrivait à peine à maîtriser la voiture et roulait bien souvent au ralenti alors qu’on a dû utiliser un double pour remplacer le deuxième, incapable de piloter adéquatement. 

C’est l’histoire et les intrigues amoureuses de ces quatre hommes que l’on suit dans Grand Prix.

Unique
L’histoire de Grand Prix demeure quelconque. On suit les péripéties des personnages, mais ce sont les scènes de courses qui nous tiennent en haleine. Ces dernières sont remarquables. À l’époque, la technique répandue consistait à utiliser un fond d’écran pour filmer un pilote au volant d’une voiture. John Frankenheimer n’en avait rien à faire, heureusement. 

Mais ça ne s’arrête pas là. Les prises de vues sont originales, la façon dont sont traitées les images est créative et aucune course ne nous est présentée sous le même angle. 

Bref, un travail de maître. 

Notre galerie photo se veut différente cette semaine. Elle ne regroupe pas une liste exhaustive de voitures que l’on retrouve dans Grand Prix. Plutôt, nous l’avons conçu de manière à imager le film, question d’en capturer l’esprit. 

Conclusion
Si vous êtes un amateur de voitures et que vous n’avez jamais vu Grand Prix, voilà une œuvre à inscrire sur votre liste de films à voir. Et le plus tôt sera le mieux; vous regretterez d’avoir attendu si longtemps. 

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Fiche technique
Titre original : Grand Prix
Version française : Grand Prix
Année : 1966
Date de sortie : 21 décembre 1966
Réalisateur : John Frankenheimer
Durée : 176 minutes
Acteurs principaux : James Garner (Pete Aron), Yves Montand (Jean-Pierre Sarti), Eva Marie Saint (Louis Frederickson), Briand Bedford (Scott Stoddard), Antonio Sabato (Nino Barlini) et Jessica Walter (Pat Stoddard)
Budget : 9 000 000 $ 
Recettes : 151 000 000  $ (en dollars d’aujourd’hui)
Voitures vedettes : BRM P261 1964, Ferrari 312, Ferrari 330 GTC, Lotus Climax 1966