Grand Prix ou Le Mans? C’est LA question qui est soulevée lorsque vient le temps de déterminer quel a été le meilleur film à avoir été réalisé sur la course automobile. Pour les uns, c’est Grand Prix, parce qu’il traite du sport le plus noble, soit la Formule 1. Pour les autres, c’est Le Mans, parce qu’il rend hommage à la plus grande épreuve du sport automobile, à la plus célèbre des courses d’endurance, les 24 heures du Mans. 

Un sport, deux épreuves, deux philosophies. En formule 1, une histoire s’écrit tout au long de la saison. On la suit avec intérêt. Aux 24 heures du Mans, une histoire n’a pas le temps de s’écrire; elle se vit. 

Ironiquement, la façon dont ont été réalisés ces deux films respecte cette réalité. Dans Grand Prix, on suit l’histoire de quatre coureurs. On s’intéresse à leurs parcours, à leurs péripéties. Le long métrage dure plus de trois heures. 

Dans le cas de Le Mans, on se concentre sur une chose : la course. Le scénario est réduit à sa plus simple expression. Le destin qui est réservé aux personnages importe peu. On s’intéresse aux voitures et au résultat final de la course. Le film dure moins de deux heures. 

Simple hasard, où est-ce que consciemment, les réalisateurs ont réussi à capturer parfaitement l’essence de ces deux mondes? 

Deux autres films
Au milieu des années 60, Steve McQueen veut à tout prix réaliser un film sur la Formule 1. Une première opportunité se présente à lui alors qu’il est pressenti pour obtenir le rôle-titre du film Grand Prix de John Frankenheimer. Une rencontre est organisée entre l’associé de ce dernier et McQueen. Elle tourne au désastre. Les deux hommes ne parlent pas le même langage et en bout de piste, c’est à James Garner qu’est offert le rôle principal. 

Une deuxième opportunité se présente à McQueen alors qu’il amorce le tournage d’un film appelé Day of the Champion, aussi dédié à la Formule 1. Cependant, au même moment, le tournage du classique Grand Prix se met en branle. Une véritable course met aux prises les deux équipes de tournage. 

Rapidement, lorsqu’il apparaît que Grand Prix sera prêt bien avant Day of the Champion, le studio derrière ce dernier, MGM, décide de mettre fin au projet. À quoi bon offrir au public un deuxième film sur un même sujet dans un intervalle rapproché? 

McQueen est furieux. 

Heureusement pour lui, un autre projet allait voir le jour : Le Mans

Méga projet
Comme ce fut le cas pour le film Grand Prix, la réalisation du long métrage Le Mans a exigé une planification toute particulière. Pour reproduire l’ambiance d’une course, il faut être sur place. Pour cela, il faut recevoir les autorisations nécessaires des organisateurs, ce qui n’est pas toujours une sinécure. 

De plus, parce que le souci d’offrir aux cinéphiles l’expérience la plus réaliste possible était la prémisse des concepteurs, il fallait penser aux caméras qui allaient être placées sur les voitures. Pour cela, il fallait, une fois les permissions obtenues, inscrire une voiture à la course, la qualifier pour cette dernière pour ensuite passer à l’action. 

Ce fut fait. Même que l’une des voitures inscrites s’est retrouvée en huitième position après plus de 13 heures en piste. Si elle n’avait pas eu à entrer régulièrement aux puits pour les changements de caméras, elle aurait pu gagner la course. 

Ironiquement, au départ, Steve McQueen voulait participer aux 24 heures du Mans comme pilote et souhaitait qu’on se serve de ce qui aurait été filmé lors de sa participation pour créer le film. Malheureusement, il a été confiné au rôle de spectateur, mais cela montre la détermination de l’homme face au projet qu’il souhaitait voir prendre forme. « Les voitures et seulement les voitures », répétait-il lorsqu’on lui demandait ce qui était important à propos de ce film. 

Pour le tournage de certaines scènes de courses plus spécifiques, la piste fut plus tard louée, ainsi que 25 voitures qui furent utilisées pour l’occasion. Là, McQueen s’en est donné à cœur joie, frôlant même la mort en quelques occasions. 

Pas de scénario
Tout au long du tournage, on a improvisé. On n’avait pas de scénario précis en tête. La bisbille a même éclaté au point où on a changé de réalisateurs à mi-parcours. Ironiquement, comme on change de pilote au cours de la course.
  
En fait, on n’avait aucune de la façon dont devait se terminer le film. C’est pourquoi lorsqu’on visionne Le Mans, on se cherche un peu au début. Il n’est pas facile de comprendre les relations entre les personnages, mais on réussit à faire des liens au fur et à mesure que le film progresse. 

Imaginez; il faut attendre la 35e minute du film avant qu’on ait droit à un premier dialogue. 

Le pire, c’est qu’on s’en balance. On savoure le réalisme qui nous est offert. On se croirait sur place. C’est pourquoi plusieurs ont catégorisé Le Mans à mi-chemin entre le long métrage et le documentaire. 

Spécial, plutôt. 

La course
L’essentiel du film Le Mans a été filmé lors de la présentation de la 30e édition des 24 heures du Mans qui s’est tenue les 13 et 14 juin 1970 sur le célèbre circuit de la Sarthe, en France. Comme dans le film, elle a été marquée par un affrontement entre deux grands constructeurs, soit Porsche et Ferrari. 

Pendant le film, ce sont principalement des images de cette course qui nous sont présentées. On a l’impression de la revivre, tout simplement. 

L’équipe de tournage s’était aussi rendue sur place en 1969 pour prendre contact avec l’épreuve, déterminer les endroits stratégiques où placer les caméras, trouver les meilleurs angles possible, etc. 

Somme toute, un travail de professionnels, de passionnés. 

On se laisse bercer par ce dernier. 

Conclusion
Si Grand Prix présente l’histoire d’une saison en Formule 1, Le Mans capture l’ambiance d’une seule épreuve, soit les 24 heures du Mans. 

Si la première est une ode au monde de la Formule 1, la deuxième est une fable dédiée aux machines qui rendent la tenue de la plus célèbre des épreuves d’endurance possible. 

Qu’importe, dans les deux cas, on se régale. 

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Fiche technique
Titre original : Le Mans
Version française : Le Mans
Année : 1971
Date de sortie : 17 mai 1971
Réalisateur : Lee H. Katzin
Durée : 106 minutes
Acteurs principaux : Steve McQueen (Michael Delaney), Siegfried Rauch (Erich Stahler), Elga Andersen (Lisa Belgetti), Ronald Leigh-Hunt (David Townsend)
Budget : 7 573 797 $ 
Recettes : 19 000 000 $ 
Voitures vedettes : Ferrari 512 S 1970, Porsche 917 K 1970, Porsche 911 S 1970, Lola T70 MkIII 1969, Chevrolet Corvette 1970