Durant le Salon de l’Auto de Montréal 2013, la société Hydro-Québec a convié quelques membres de la presse afin de faire le point sur la situation des véhicules électriques au Québec. Le  conférencier Pierre-Luc Desgagné, directeur principal à la planification stratégique et au développement du transport électrique, a bien voulu répondre à nos questions tout en nous démontrant que le Québec est prêt pour l’automobile électrique.

Hydro-Québec est prête
Une des questions qui ressort souvent lorsqu’on parle de véhicules électriques concerne la capacité de notre réseau à accepter ces nouveaux véhicules qui doivent carburer à l’électricité fournie par Hydro-Québec. Sur ce point, M.Desgagné s’est montré assez convaincant. Selon lui, si, du jour au lendemain, les Québécois achetaient 1 million de véhicules électriques, ceci représenterait une demande d’environ 3 milliards de kWh ou l’équivalent de ce que produit la centrale Eastmain-1.

L’énergie requise pour recharger un véhicule électrique qui accumulerait 18 000 km par année est sensiblement la même pour approvisionner un chauffe-eau de 40 gallons résidentiel. Bref, selon lui, notre réseau électrique n’a pas besoin d’ajout substantiel d’énergie pour le moment.

Moins de GES

Il est évident que la technologie électrique contribue à réduire le taux de gaz à effet de serre rejetés dans l’atmosphère. Hydro-Québec affirme que 33% des GES québécois sont causés par le transport routier. Toutefois, il ne faut pas oublier que la voiture électrique a besoin d’être rechargée, ce qui implique une autre source d’énergie en amont.

Le représentant d’Hydro-Québec avait également des arguments en faveur de l’énergie électrique, ce dernier se basant sur une étude menée par l'organisme Union of Concerned Scientists. Selon cette étude, même un véhicule électrique qui reçoit de l’énergie électrique via une centrale électrique au charbon pollue moins qu’une voiture sous-compacte à essence. L’énergie hydro-électrique, de son côté, est la plus propre pour recharger un véhicule électrique.

Moins coûteux que l’essence
Avec les variations du prix de l’essence, Hydro-Québec a raison de parler de cet argument même si, dans les faits, le prix de l’hydro-électricité augmente légèrement avec les années. Remarquez, Hydro-Québec ne fait pas varier le prix de son énergie chaque jour comme le font les compagnies pétrolières. Selon Hydro-Québec, un véhicule électrique coûte en moyenne 1,25$ par 100 km, tandis qu’un véhicule à essence qui consomme 8,2 L/100 km en moyenne coûte 10,99$ (basé sur un prix du litre d’essence de 1,34$).

Projets-pilotes : le bilan partiel

Afin de mieux comprendre les besoins d’un réseau routier entièrement électrique – parce que c’est toujours l‘objectif ultime –, Hydro-Québec s’est impliquée dans 6 projets pilotes, dont 4 sont toujours en cours.

Dans le cas du projet avec la ville de Boucherville qui implique 30 Mitsubishi i-MiEV (en branle depuis décembre 2010), la société d’État a remarqué, après une distance totale parcourue de 390 208 km pour les 30 véhicules (données compilées à l’été 2012), que le déplacement quotidien ne dépassait pas 45 km en moyenne. De plus, tous ces déplacements purement électriques auraient empêché le rejet de 55,6 tonnes de CO2 dans l’atmosphère.

De plus, un sondage mené auprès des 30 utilisateurs (un seul d’entre eux est employé d’Hydro-Québec et effectue tous les jours le trajet Boucherville – Montréal) a permis de constater que le taux de satisfaction était de 8,9 sur 10.

Dans le cas de CLIC, ce projet pilote consistait à réunir 37 participants séparés en 10 équipes et de les inciter à faire du covoiturage. Chaque équipe était munie d’une Chevrolet Volt dont le mandat était d’emmener à bon port les occupants jusqu’à un des stationnements incitatifs de l’AMT (Agence métropolitaine de transport), cet organisme prenant aussitôt la relève pour le transport des gens vers leur lieu de travail. À plusieurs niveaux, le taux de satisfaction des utilisateurs de ce projet pilote fut excellent.
Le plan d’action depuis 2012
Comme vous le savez peut-être, le gouvernement du Québec donne un crédit pouvant atteindre 8000$ à l’achat d’un véhicule électrique, ce montant étant moins important si le véhicule est de type hybride rechargeable. De plus, l’administration publique donne également un crédit d’impôt à tout propriétaire de véhicule électrique qui fait installer une borne de recharge rapide de 240 volts à la maison. Hydro-Québec, de son côté, va s’adapter au fil du temps et selon les ventes de véhicules électriques, pour implanter des bornes de recharge publiques aux endroits où les véhicules électriques seront concentrés.

D’ailleurs, le mandat de la société d’État est de chapeauter le programme Circuit Électrique qui réunissait au départ 5 partenaires fondateurs. Aujourd’hui, au moment d’écrire ces lignes, ce nombre a grimpé à 25, ce qui veut dire que le nombre de bornes de recharge va obligatoirement augmenter. Et ce n’est pas fini, affirme M. Desgagné qui a confirmé que d’autres joueurs embarqueraient dans l’aventure d’ici peu.

L’infrastructure de recharge sera gérée par Hydro-Québec via les partenaires qui chargeront à leurs clients ce service ajouté via la société d’État. Autrement dit, ces partenaires d’affaires n’ont pas le droit de hausser le prix de l’électricité vendue à un automobiliste, seulement de vendre l’énergie d’Hydro-Québec à un automobiliste électrique.

Au fil du temps, ce programme devrait se peaufiner et des forfaits seront offerts pour faciliter l’utilisation régulière par les usagers du réseau.

Le futur
Notre conférencier a bien voulu nous parler brièvement sur l’avenir de l’automobile électrique au Québec. Si l’automobile électrique finit par percer le marché de manière importante, Hydro-Québec voit d’un bon œil l’intégration de ces voitures électriques dans les foyers québécois. D’une part, ces miniusines d’énergie pourraient servir de source d’électricité pour alimenter la maison lors des coupures de courant. Hydro-Québec appelle ça le V2H (Vehicle to Home). D’autre part, Hydro-Québec va se mettre  à tester le principe de V2G (Vehicle to Grid) qui consisterait à utiliser l’énergie des batteries de véhicules branchés au réseau lors des périodes de grand froid au Québec. La société d’État pourrait accorder un crédit au client qui fournirait de l’énergie.

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