Fruit d'une recherche scientifique qui dure depuis plusieurs années déjà, une entreprise franco-espagnole a trouvé une algue capable de transformer le CO2 en pétrole synthétique. Fiction?


Peut-être pas. En tout cas, la possibilité de produire du pétrole à base d'algues a séduit jusqu'à la plus puissante société sur la planète, la pétrolière américaine ExxonMobil, qui a récemment investi dans la recherche devant mener à la production d'un pétrole synthétique à base d'algues. 

Celles-ci ont un double avantage : elles sont plus efficaces, en terme de rendement de pétrole par acre de culture, que les techniques les plus modernes de production d'éthanol. Durant leur croissance, elles se gavent aussi de gaz carbonique, ce qui contribue doublement aux enjeux environnementaux actuels.

Naturellement, ça fait sourciller les sceptiques. Un porte-parole de Greenpeace déplorait le fait qu'on doive, encore et toujours, « trouver une ressource naturelle pour la mettre dans le réservoir de son véhicule. »

Microalgues affamées de CO2
Depuis quelques semaines, une vidéo publiée sur YouTube connaît beaucoup de succès auprès des gens intéressés à trouver une solution de rechange au pétrole. Extraite d'un reportage diffusé sur la chaîne française TF1 au début février, elle dresse le portrait d'une société franco-espagnole qui est parvenue à trouver une algue assez efficace pour transformer lumière et gaz carbonique en un carburant synthétique tout à fait fonctionnel.

BFS France se targue d'être la première à avoir créé un procédé de conversion accélérée du CO2 en pétrole artificiel. Fruit de cinq ans d'une recherche effectuée par BFS et les universités d'Alicante et de Valence, ce procédé prend actuellement la forme d'une première usine pilote en territoire espagnol, laquelle devrait traiter, en un an, 450 000 tonnes de CO2, et le transformer en 250 000 barils de pétrole.

En fait, cette usine fait en 24 heures ce que la Terre a pris des dizaines de millions d'années à réussir, soit créer un hydrocarbure à partir de ses éléments de base. Des microalgues de deux à quatre microns de longueur sont conservées dans de longs cylindres transparents où est injecté le gaz carbonique. Ces algues s'en nourrissent, un phénomène associé à la photosynthèse, et les ingénieurs retirent ensuite le liquide qu'ils filtrent afin d'en extraire trois éléments.

Les premiers éléments sont de l'eau et des Oméga, surtout des Oméga-3. La matière résiduelle et une pâte qui est soumise à une transformation ultérieure à haute température et haute pression. C'est de cette pâte qu'est dérivé le pétrole synthétique.

Bon pour les usines
Ce processus de transformation est efficace à grand volume. Cela signifie que la technologie utilisée dans le projet-pilote d'Alicante pourrait rapidement être adoptée par des usines ou des industries qui génèrent beaucoup de gaz carbonique. BFS siphonne actuellement le CO2 émis par une cimenterie afin d'alimenter sa première installation de ce qu'elle appelle le Pétrole bleu.

Pour peu qu'elle fonctionne comme annoncé, c'est une technologie qui pourrait plaire aux industriels canadiens qui, il n'y a pas si longtemps encore, estimaient que la meilleure façon de réduire la pollution au pays serait par captage et séquestration du carbone dans les puits de pétrole asséchés.

Dans ce cas-ci, la séquestration serait inutile : il suffirait d'employer une certaine quantité de ces algues afin de produire un pétrole synthétique qui s'ajouterait aux stocks produits de façon traditionnelle.

On en doute, ça ne fera pas le bonheur des écologistes : aussi sophistiqué ce procédé de transformation des rejets industriels puisse-t-il être, il ne ferait que potentiellement résoudre une partie de l'équation, celle concernant le rejet de CO2 par de grandes entreprises.

Le transport, qui représente tout de même 16 % des émissions de gaz carbonique au pays, ne serait pas affecté. Pis encore, vu la production limitée de ce carburant synthétique, on serait loin de remplacer les hydrocarbures, qu'on extrait du sol à raison de 85 000 000 de barils par jour.

Vous pouvez visionner le reportage de TF1 ici :