Au cours des quarante dernières années, il semble qu’une nouvelle Firebird aurait dû accompagner le lancement de toute nouvelle Chevrolet Camaro. Après tout, les deux « muscle cars » ont été en bonne partie construits à partir des mêmes composantes de performance. Seules leurs lignes différaient.
Or, avec la disparition de la marque Pontiac, les amateurs de Firebird ont dû se tourner vers les fournisseurs de pièces de rechange. Si vous désirez donner un look rétro à votre nouvelle Camaro, vous trouverez auprès de certains d’entre eux une réplique de l’avant ou de l’arrière de la voiture, ainsi que toutes les autres pièces nécessaires à la transformation.
D’autres, comme l’incontournable Lingenfelter Performance Engineering, iront même jusqu’à vous proposer une version complète, prête à arracher une partie de la chaussée, de la Trans Am des années 1970. Puis il y a la Camaro « Firebreather ». Je me suis rendu en banlieue de Détroit, chez Cauley Performance Automotive, afin de voir ce que ce « muscle car » des temps modernes a dans le ventre. Et bien sûr pour faire une petite balade.
Dans le meilleur des cas, je n’aurai réussi à utiliser que les deux tiers de la puissance du moteur. Mais même là, je suis arrivé à brûler la gomme de mes pneus, et ce, que je sois en ligne droite, dans une courbe ou toute autre direction vers laquelle se dirigeait mon bolide…
Issue du monde du cinéma
La Firebreather est l’œuvre du scénariste, directeur et producteur Ajmal Zaheer Ahmad. Ce dernier a étudié à l’Art Center College of Design de la Californie, un établissement d’enseignement à qui on doit certains des plus grands concepteurs de voitures, comme Chris Bangle (auparavant chez BMW) et Chip Foose (concepteur de voitures d’accélération), qui se sont ensuite tournés vers le cinéma. Quant à Ahmad, c'est un amateur de voitures jusqu'au bout des ongles, et ce, depuis son plus jeune âge.
Le dévoilement de la plus récente édition de la Camaro coïncidait avec les principaux travaux de prise de vues du film Jinn, un film à suspense surnaturel traitant de l’industrie de l’automobile de Détroit. Évidemment, le personnage principal du film se devait de conduire un véhicule hors de l'ordinaire.
Or, au lieu d’opter pour une voiture sport que tous les cinéphiles reconnaîtraient, Ahmad a décidé de mettre au point sa propre version de ce que la Firebird aurait pu devenir, en l’occurrence cette Camaro « Firebreather ». Il a ensuite pris la décision d’en fabriquer un certain nombre d’exemplaires et de l’offrir au public. Bien que le film soit actuellement en post-production, une douzaine de Firebreather ont déjà trouvé preneurs, dont quelques-unes au Canada.
Mettre au point une nouvelle Firebird
En l’espace de quelques jours, Ahmad a dessiné les lignes de la Firebreather, qui n’ont que très peu changé par rapport à la voiture que vous voyez ici. Cependant, pour passer de cette esquisse à la phase de production, l’équipe a dû faire appel à l’expertise de Faisal Ahmad (ils font effectivement partie de la même famille), engagé à titre de producteur de véhicules spéciaux.
Ils se sont ensuite tournés vers Classic Design Concepts, une firme de Wixom au Michigan, reconnue pour ses pièces de rechange, ses accessoires et ses produits d’excellente qualité. CDC pourrait, par exemple, convertir votre Chrysler 300C en berline décapotable au fini impeccable. De plus, Faisal Ahmad est pilote de course, donc il sait comment tirer le meilleur d’une voiture sur un circuit.
Leur objectif était de faire plaisir aux amateurs, de leur proposer une voiture qui répondrait à leurs attentes. « Nous avions l’impression que ce créneau n’était pas bien représenté et que nous étions en mesure de combler ce vide. Nous avons mis au point une voiture qui, selon nous, représente la version contemporaine du « muscle car » américain, tout en respectant l’âme et l’héritage de Pontiac. La disparition de ce constructeur a laissé un vide sur le marché et nous souhaitions mettre au point une voiture qui s’inspirerait de l’esprit de la Firebird, comme si Pontiac était encore là. Et comme elle allait apparaître dans un film, il nous fallait également lui ajouter quelques extras ».
La métamorphose nécessite toutefois plus que l'ajout de quelques pièces ici et là. Chez CDC, l’assemblage complet de chaque voiture s’échelonne sur plus de six semaines. « Les seuls panneaux qui ne sont pas modifiés sont ceux des portes et celui du toit », précise Faisal. « Tous les autres diffèrent de l’original ».
De toute évidence, l’avant du véhicule a été conçu sur mesure, avec ses quatre phares traditionnels et ses deux phares antibrouillard, ainsi que le logo Firebreather qui brille en rouge dans le noir. L'arrière a également été entièrement refait et comprend les énormes feux arrière à DEL et le nouveau diffuseur d'air, un incontournable pour le nouveau millénaire.
Les volets derrière les portes servent à refroidir les freins arrière et permettent à la Firebreather de se distinguer de la Camaro, avec ses côtés rectilignes. En ce qui a trait aux modifications esthétiques, mentionnons les roues personnalisées de 20 po, le capot, le déflecteur arrière et les jupes latérales.
À l’intérieur, le tableau de bord est presque identique à celui de la Camaro, mais l'habitacle est tout de même de meilleure qualité que celui de la Chevrolet. Un dispositif compact de marque Hurst vient remplacer le levier de vitesse globuleux et les sièges, tant à l’avant qu’à l’arrière, sont rembourrés de cuir noir et rouge et offrent un meilleur soutien.
Il est impossible d’obtenir un système de navigation dans la Camaro, et ce, quel que soit le modèle choisi. Les concepteurs de la Firebreather ont donc corrigé ce problème en ajoutant un écran au rétroviseur et en ajoutant une caméra de recul. Il y a également une caméra montée à l’avant du véhicule qui permet d’observer la route dans un angle inédit, peut-être le meilleur qui soit.
Un moteur à la hauteur des attentes
C’est cependant sous le capot que les différences sont les plus flagrantes. De toute évidence, le moteur de 426 ch. de la Camaro SS ne convenait pas pour le film. On lui a donc greffé un compresseur de suralimentation de marque Edelbrock, une entrée d’air frais et une ligne d’échappement après le catalyseur afin d’augmenter la puissance à 599 ch. et le couple à 575 lb-pi.
Un des propriétaires de Firebreather m’a confié que la voiture avait atteint un maximum de 620 ch. au compteur électrodynamique.
La Firebreather est chaussée de pneus élargis Pirelli P-Zero et est équipée de ressorts et d’un ensemble de barres stabilisatrices de marque Eibach, afin d’améliorer la stabilité et la tenue de route.
Le logo gris métallique aux allures de tatouage, qui recouvre l’avant du véhicule, est une autre idée d'Ahmad. Si vous regardez de près, vous verrez ses initiales sur le côté gauche de même que le numéro de série sur le déflecteur arrière.
Les 50 premières Firebreather seront des répliques numérotées de l’édition conçue pour le film Jinn, avec les mêmes spécifications techniques que celle que j’ai eu l’occasion d'essayer. Quant au prix d'achat, il est plutôt salé. À environ 95 000 $, la Firebreather est beaucoup plus dispendieuse que la Camaro SS, même la version la mieux équipée, qui ne coûte que 43 000 $CAN.
Un véritable dragon cracheur de feu
Au cours des derniers mois, j’ai eu l’occasion de conduire plusieurs Camaro. Je m’attendais donc à une autre version légèrement modifiée, mais force est de constater que la Firebreather possède sa propre personnalité. Même si on ne perd jamais complètement de vue le fait qu’il s’agit d’une Chevrolet, on a quand même l’impression d’être au volant d’un bolide unique en son genre.
Le volant et les cadrans sont sensiblement les mêmes, mais le levier de vitesse Hurst surprend par son côté brut, presque violent. Clic, clac. Les changements de vitesse à bord d’une Firebreather ne passent certainement pas inaperçus. Impossible de faire preuve de paresse, les demi-mesures sont tout bonnement exclues.
Le compresseur de suralimentation, qui gronde constamment, et le son à la fois rauque et lancinant de l’échappement ne passent pas non plus inaperçus. Si votre objectif est de vous déplacer en silence, oubliez tout de suite cette voiture. Un des propriétaires m’a raconté que ses voisins pouvaient dorénavant citer sans broncher la date et l'heure où il a démarré pour la dernière fois le moteur de sa Firebreather.
Dans le meilleur des cas, je n’aurai réussi à utiliser que les deux tiers de la puissance du moteur. Mais même là, je suis arrivé à brûler la gomme de mes pneus, et ce, que je sois en ligne droite, dans une courbe ou toute autre direction vers laquelle se dirigeait mon bolide. Qu’est-ce que j’aurais donné pour pouvoir profiter de toute cette puissance sous des latitudes plus clémentes!
Sans l’ombre d’un doute, la suspension est ferme, mais elle offre tout de même une flexibilité surprenante sur les routes trompeuses du Michigan. Comme le souligne Faisal, la tenue de route a joué un rôle prépondérant lors de la phase de conception. « Nous savions que cette voiture serait davantage utilisée pour la promenade que comme voiture de course et nous voulions que nos clients puissent la conduire sur une base quotidienne, et ce, en tout confort. J’ai traversé deux fois le pays à bord de la Firebreather et il va sans dire qu’elle se fait un plaisir d’avaler les kilomètres d’autoroute qui se présentent à elle. Mais sa tenue de route exceptionnelle lui permet tout de même de prendre les virages de façon très agressive ».
Une voiture pour le moins spéciale
Il m'est difficile de trouver les mots pour décrire la sensation qui m’habite après l’essai routier. En somme, j’ai l’impression d’avoir conduit une voiture de série mature et unique en son genre, pas une Camaro modifiée. « La Firebreather est beaucoup plus qu’une Camaro qu’on aurait améliorée, et ce n’est définitivement pas une trousse de personnalisation. Il s’agit d’une voiture unique et complète. Et comme elle est en bonne partie assemblée à la main, il s’agit d’une voiture très spéciale », indique Faisal.
En apportant des modifications tant sur le plan esthétique que technologique, les concepteurs ont réussi à faire de cette Chevrolet une voiture complètement différente. Il est vrai qu’à 95 000 $, soit près de deux fois le montant que vous débourseriez pour une Camaro ZL1 entièrement équipée (58 000 $), elle n’est pas à la portée de toutes les bourses. Mais c'est le prix qu'on doit s'attendre à payer pour une voiture unique en son genre. Pour le moment, seuls 12 exemplaires de la Firebreather ont été livrés et on ne prévoit en produire qu’une cinquantaine au total. Les chances que vous en rencontriez une autre sur la route sont donc plutôt minces, beaucoup moins que s'il s'agissait d'une Viper, d'une Corvette... ou même d'une Camaro.
Bien que la Firebreather soit essentiellement d’origine américaine, Ron Hodgson Chevrolet Buick GMC, un concessionnaire de St. Albert, en Alberta, a déjà livré trois exemplaires dans cette province et un quatrième à Vancouver. N'ayez crainte, chers propriétaires de Firebreather, nous demeurerons à l’affût de la prochaine apparition d’un de ces bolides sur nos routes.
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