Portand, Oregon — Peu d’automobiles réussissent à marier le halo du mythe à la réalité d’un prix abordable comme le fait la Ford Mustang. Depuis bientôt 50 ans, cette sportive du peuple marque des points en restant accessible.

Cela dit, est-ce que parce qu’elle approche de la cinquantaine que les acheteurs paraissent moins exigeants envers la Mustang ? Ou bien ferme-t-on les yeux bêtement sur ces nouvelles rivales plus sophistiquées, qui affichent des prix aussi attrayants ? Je pense, par exemple, à une voiture comme le coupé Hyundai Genesis.

Car le fabricant ne tarit (naturellement) pas d’éloges à l’égard de son célèbre Pony Car, et ce malgré le fait qu’il montre des signes évidents de vieillesse. Il y quelques semaines, à l’invitation de Ford Canada, nous avons conduit brièvement une Mustang 2013 à Portland, sur la Côte Ouest.Un coupé GT de plus de 400 chevaux qu’il a fallu contenir régulièrement, Mère Nature n’étant pas de notre bord. À tout le moins, faute de frôler les limites (et de risquer notre permis ce voyage de presse nous aura permis de juger de l’efficacité des essuie-glaces et des systèmes de ventilation et de désembuage de cette voiture !

L’objet de la présentation n’était d’ailleurs pas limité à la seule Mustang GT. C’était un survol de la gamme 2013 qu’on souhaitait nous offrir… en une demi-journée.

D’abord, l’esthétique
Or, bien que le fabricant la présente comme une grande nouveauté, la Mustang 2013 s’inscrit tout simplement dans un processus d’évolution progressive et tranquille. Si vous aimiez la Mustang 2012, le millésime 2013 ne vous dépayserait pas du tout. Après tout, au premier coup d’oeil, elle ressemble au modèle 2012, 2011, 2010… et 2005. Chez Ford, on a compris depuis longtemps qu’il est inutile de changer un cheval qui vous aide à faire fortune...

Pour renouveler la Mustang, on a donc redessiné la calandre, changé la forme des roues et adopté un nouveau capot muni d’extracteurs de chaleur fonctionnels (pour la GT).

Le fabricant affirme qu’avec des moulures de bas de caisse dont la couleur est désormais coordonnée à celle de la carrosserie, la voiture adopte « une apparence plus luxueuse ». Est-ce à dire que le modèle 2012 n’était pas « luxueux » avec ses bas de caisse noirs ? Une nouveauté ? Non, puisque la Mustang 2005 avait des bas de caisse de couleur coordonnée aussi. On assiste simplement à l’immuable mouvement de va-et-vient du balancier auquel les designers de l’industrie sont soumis.

La partie arrière aussi a reçu un nouveau coup de crayon. Désormais, la section centrale entre les blocs optiques (toujours à triples sections verticales) est en noir lustré. Bien entendu, les clignotants séquentiels demeurent — ça fait tellement jaser — mais on les a dotés de diodes électroluminescentes (DEL) ! Mais les lentilles des feux arrière adoptent une nouvelle apparence fumée, qui va de pair avec l'aspect plus audacieux de l'avant.

Nouveau visage
Car c’est là qu’on trouve la plus importante différence. De nouveaux phares avec lampes à décharge à haute intensité et doubles barrettes de DEL créent un nouveau fasciés qui distingue ce millésime de tous ceux qui l’ont précédé depuis 2005.

La gamme de roues a été revue. Celles qui équipent d’office la Mustang V6 et la Mustang GT font respectivement 17 et 18 pouces. Cependant, des roues d’alliage de 18 et 19 pouces figurent parmi les options des diverses versions.

Pour faire jaser un peu plus, il est possible de munir la nouvelle Mustang de rétroviseurs à projecteur qui imprime sur le sol, lorsque le bouton de déverrouillage est actionné, l’image momentanée du pony galopant. Plutôt original, cette idée ! De plus, le fabricant a ajouté deux nouvelles teintes à la palette de couleur : le Bleu impact sombre, qui est presque mat, et le Vert fanatique, une couleur criarde que ma fille qualifierait de Vert bibitte écrasée dans le pare-brise !

Des pony en plus
Les autres changements majeurs se retrouvent dans la gamme de moteurs. Ils ne changent pas tous, par exemple le V6 de 3,7 litres qui équipe le modèle de base demeure inchangé, avec ses 305 cheveux et 280 livres-pied de couple. De plus, il est toujours offert avec des boîtes de vitesses manuelle et automatique à 6 rapports (avec système de retenue en côte au démarrage pour la manuelle).

La Mustang GT, par contre, voit son V8 de 5,0 litres gagner légèrement en puissance pour 2013. Il passe de 412 à 420 chevaux, tout en produisant autant de couple que le moteur de 2012 (390 livres-pied).

La Mustang Boss 302, conserve les cotes de 2012 avec sa variante du V8 de 5,0 litres. On parle donc toujours de 444 chevaux et 380 livres-pied de couple (moins de couple que le V8 de la GT).

«LA» grande nouveauté pour 2013 occupe le firmament de la gamme. La Shelby GT500 voit la puissance de son V8 suralimenté de 5,8 litres catapultée à 650 chevaux. C’est un gain de 100 chevaux et de 90 livres-pied de couple (qui atteint maintenant 600 lb-pi). La boîte de vitesses de série demeure une Tremec manuelle à 6 rapports. Fait à noter, ce modèle-là était absent lors de la présentation de Portland, et c’est tant mieux. Qui voudrait se risquer sous une pluie diluvienne avec un monstre pareil ?

Boîte SelectShift : déception...
Bref, de la nouveauté, Ford en a saupoudré un peu partout sur et dans la Mustang pour qualifier le millésime 2013 de si différent. D’ailleurs, on a aussi ajouté à la dotation optionnelle des modèles V6 et GT une boîte automatique à 6 rapports de type SelectShift. Cette boîte à doubles fonctions permet au conducteur de l’utiliser en mode automatique ou comme une boîte manuelle, mais sans embrayage. L’idée est bonne et le système fonctionne bien, laissant dans une large mesure au conducteur la latitude souhaitée pour, par exemple, profiter du frein-moteur. C’est l’équipement adopté qui est tout simplement décevant. Oubliez les palettes de changement de vitesses montées derrière le volant, Ford impose un vulgaire petit bouton flanqué sur le côté conducteur du pommeau de levier de vitesses. Un vulgaire « piton » qui se mérite un 0,5 sur une échelle de 10 pour l’ergonomie !

Pourquoi avoir opté pour une technologie aussi banale ? Avec un brin d’hésitation, un ingénieur de Ford a admis qu’il aurait été trop coûteux et techniquement trop difficile d’intégrer la quincaillerie nécessaire à l’installation de palettes derrière le volant, signe de l’âge avancé de cette Mustang. Puis, en regardant les lacets de ses chaussures, cet ingénieur a dit à mots couverts que « ce serait peut-être un système qu’on trouverait dans une éventuelle Mustang toute nouvelle, qui sortirait, disons, à l’occasion du 50e anniversaire du modèle. »

Bon. Je n’ai rien entendu et vous n’avez rien lu.

Et s’il disait vrai ? Un peu de patience n’a jamais fait de tort à personne.D’ailleurs, une refonte (que nous souhaitons majeure) pourrait peut-être aussi donner lieu à une suspension indépendante à l’arrière ?

Des Recaro, pas de farce !
Entre-temps (et est-ce pour se faire pardonner pour cette boîte SelectShift ?), Ford offre en guise d’option pour les modèles V6 et GT de superbes sièges Recaro garnis de tissus ou de cuir. Compte tenu de l’agrément de conduite qu’il est possible de retirer d’une Mustang, même de l’humble V6, ces sièges qui procure un très haut niveau de support latéral constituent un choix incontournable !

Pour gonfler l’ego des férus de statistiques, Ford propose également le système Track Apps. Il s’agit d’un programme utilisable sur l’écran multimédia ACL de 4,2 pouces, qui figure désormais parmi les équipements optionnels. Ce programme permet au conducteur de voir la progression de ses performances en accélération longitudinale et latérale, et au freinage… qu’il effectue sur une piste, bien entendu.

Il y a aussi le toit vitré à section ouvrante, qui demeure au catalogue. Une sorte d’alternative à la Mustang décapotable, qui ne décoiffe personne. Car, cette histoire ne fait pas mention des particularités des différentes versions de Mustang décapotables. Ça, c’est une histoire en soi.

On achète une Mustang comme on achète une moto Harley-Davidson. On fait fi de la technologie de pointe. Ce qui compte, c’est d’avoir une machine à voyager dans l’espace et dans le temps, dont le style indémodable fait tourner les têtes... si possible, tout cela avec une gamme de prix raisonnables. Dans cette optique, difficile de trouver mieux qu’une Mustang. Alors, tous ses petits irritants, on les oublie… jusqu’en 2014, du moins !


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Fiche technique
Modèle :
Ford Mustang 2013 (V6 et GT; coupés)
Échelle de prix : 23 999 $ à 32 299 $
Transport et préparation : 1 500 $
Moteurs : (1) V6, 3,7 litres; (2) V8, 5,0 litres
Puissance/couple : (1) 305 ch / 280 lb-pi; (2) 420 ch / 390 lb-pi
Transmissions : manuelle et automatique à 6 rapports
Suspension (av/ar) : indépendante/essieu rigide
Freins (av/ar) : disques ventilés/disques ventilés
Direction : à crémaillère assistée (électrique)
Pneus (av/ar) : P225/60R17 (V6 BVM) ; P215/65R17 (V6 BVA) ; P235/50R18 (GT)
Garantie de base : 3 ans / 60 000 km
Garantie du groupe motopropulseur : 5 ans / 100 000 km
Consommation annoncée (ville/route, litres aux 100 km) : 12,2 / 7,6 (GT, BVA)
Modèles concurrents : Chevrolet Camaro, Dodge Challenger, Hyundai Genesis Coupé.