À plus d'un égard, la Karma, de Fisker Automotive, incarne le futur de l'automobile américaine. D'une certaine façon, la luxueuse hybride rechargeable hérite aussi de son passé moins glorieux.


Les esprits mal tournés auront tôt fait de pointer du doigt l'alliance qui rapproche Fisker Automotive, une startup installée au Michigan, de General Motors, une entreprise qui elle aussi, tente de regarder vers l'avant malgré un héritage comportant de sa part de mauvais coups.

Dans la composition de la Karma, une luxueuse berline à quatre portes axée sur la technologie et le prestige, d'où son prix de détail de 120 000 dollars au Canada, on retrouve plusieurs pièces signées General Motors. Ça comprend le deux litres turbo qui alimente les piles une fois celles-ci vidées de leur énergie par les deux moteurs électriques logés près des roues (motrices) arrière.

Ça inclut aussi les commandes-au-volant de la sono et du régulateur de vitesse, probablement la seule partie de l'habitacle qui ne justifie pas le prix élevé de la Karma.

Des détails qu'on excuse rapidement. En fait, dès qu'on allume le véhicule. On appuie sur le démarreur et les cadrans s'illuminent. Ça comprend l'écran tactile de 10 pouces de la console centrale, qui sert à gérer tout ce qui n'est pas à proprement parler mécanique : climatisation, sono, connexion Bluetooth, etc.

Au démarrage, la voiture est mode furtif (« stealth »), soit tout-électrique. Fisker dit que ce mode est suffisant pour parcourir 80 kilomètres. La réalité est plus près des 50 kilomètres, après quoi la cylindrée fournit l'effort additionnel lui permettant de parcourir environ 250 kilomètres de plus, pour une consommation moyenne que le constructeur américain établit à quelque 5 litres aux 100 kilomètres.

La charge, elle, prend de 4 à 10 heures, selon l'état de la pile et le type de chargeur utilisé.

Prototype performant
Ce n'est apparemment pas ce qui attire le plus les acheteurs, qui sont déjà quelques dizaines au Québec. Il y en a parmi ceux-ci qui préfèrent la Karma aux modèles de Tesla Motors, son rival dans le créneau de la fine pointe automobile à l'américaine.

Les matériaux d'allure plus chic, suède, cuir et bois, y sont pour quelque chose. Le confort relatif de la berline, tant à l'avant qu'à l'arrière, aussi. Le toit solaire? Allez savoir… Le coffre étroit: sûrement pas!

L'assurance de pouvoir faire le plein à mi-parcours, elle, ne nuit pas.

Cela dit, la cylindrée fait un peu plus que recharger les piles une fois celles-ci épuisées. Un mode de conduite sportive peut être activé à loisir, offrant le dynamisme combiné de l'électrique et du thermique. La Karma n'est pas une voiture particulièrement explosive, mais ce muscle ajouté (quelque 959 livres-pied de couple, rien de moins) suffit à déplacer une voiture passablement lourde de façon assez convaincante.

Les énormes disques de frein Brembo, eux, ne génèrent aucune inquiétude : on les croirait prêts à arrêter net un char d'assaut.

Outre le poids, quelques détails donnent l'impression qu'on ne conduit pas un produit fini, mais plutôt, un prototype ou, comme adorent le dire la direction des grands constructeurs pour excuser des bruits suspects, des véhicules de « préproduction ».

La direction émet des cliquetis étranges lors de braquages prononcés. On se demande si l'assistance électrique parviendra à pivoter les imposantes roues de 22 pouces de la berline bien longtemps avant qu'elle rende l'âme.

D'autres frottements, craquements et grincements proviennent d'un peu partout dans l'habitacle. On nous dit de ne pas nous en inquiéter, mais malheureusement, il existe des voitures coûtant trois fois moins cher qui semblent beaucoup mieux assemblées que celle-là. L'échappement de la cylindrée, tout juste derrière la roue droite avant, est quant à lui plutôt inusité.

Dommage, car la fiche technique est plus que séduisante. Aluminium, matériaux dernier cri et technologie de pointe. La voiture aussi est agréable à regarder, sous tous les angles.

Mais Fisker, qui a investi un milliard dans la conception de la Karma, pourrait nous faire plaisir en révisant l'assemblage de son seul et unique poulain. Car la marque américaine promet une deuxième berline plus abordable sous peu, l'Atlantic. Et si celle-là doit hériter d'un souci du détail moins pointu, on doute que Fisker Automotive ne fasse long feu.

C'est une leçon dont GM et l'industrie automobile américaine ne devraient pas avoir de misère à se souvenir, après tout…

Fiche technique
Modèle : Fisker Karma ES 2012
Échelle de prix : À partir de 120 000 $
Version à l’essai : berline 4 portes
Prix du modèle d’essai : 128 000 $
Transport et préparation : 2 000$
Moteur : Deux moteurs électriques et 4 cyl. turbo de 2 litres 
Puissance/couple : 402 ch / 959 lb-pi
Piles : 20 kilowatts/heure
Suspension (av/ar) : indépendante / indépendante
Freins (av/ar) : disques / disques
Direction : à crémaillère assistée
Pneus : 255/35WR22 (av), 285/35WR22 (ar)
Garantie de base : 4 ans / 80 000 km
Consommation annoncée (litres aux 100 km) : 80 km en tout électrique, moy. de 4,7 l 
Consommation moyenne enregistrée : 50 km en électrique
Modèles concurrents : Audi A8, BMW Série 7, Lexus LS650h, Mercedes-Benz Classe S, Porsche Panamera, Tesla Model S