Au même titre que les hommes qui préfèrent soit les blondes, les brunes ou les rousses, nos essayeurs avaient tous déjà un penchant pour l’un des trois modèles mythiques que nous allions mettre à l’épreuve. Comme on dit dans le jargon, y’a des gars de Ford, de GM et Dodge ! Mais à la fin d’une journée qui, j’en suis certain, s’est avérée mémorable pour l’ensemble des essayeurs, les idées préconçues n’avaient parfois plus lieu d’être…

Initialement, il faut savoir que la majorité des essayeurs avaient un penchant favorable pour la Mustang, alors que deux d’entre eux favorisaient la Challenger. La Camaro, elle, n’avait hélas dans ce groupe, aucun admirateur, et ce même si plusieurs lui trouvaient de belles qualités.

Oubliez les chiffres !
Dans la majorité des essais de ce genre, on passe la moitié d’une journée à effectuer des calculs d’accélération, de freinage et de temps de piste, histoire de découvrir qu’elle voiture est la plus rapide, par seulement quelques centièmes de seconde. Pour notre part, nous avons cependant choisi de faire les choses autrement, en profitant de chaque seconde qui nous était donnée pour mettre les voitures à l’essai et…s’amuser !

Les essayeurs n’avaient qu’un mandat : rapporter des notes basées sur leur appréciation et sur leur feeling. Parce que de toute façon, on n’achète jamais ce genre de voiture de façon rationnelle, et encore moins en se basant sur des données techniques. 

Ceci dit, histoire de compiler l’appréciation de manière plus analytique, les essayeurs ont tout de même eu à trancher à l’aide d’une grille de pointage. Encore une fois, difficile de porter un jugement sur l’appréciation personnelle de chacun, mais certains éléments sautaient néanmoins aux yeux…

3e place – Chevrolet Camaro SS 
Puissante, agressive et esthétiquement très réussie, la Camaro aura hélas été la mal aimée du groupe, s’il est possible de s’exprimer ainsi. En fait, outre un essayeur qui l’a profondément détestée, on prenait plaisir à passer du temps derrière son volant, et à la contempler. Toutefois, on a affirmé à l’unanimité ne jamais vouloir vivre avec cette voiture au quotidien.

Depuis son levier de vitesse trop raide, en passant par son coffre inutilisable, jusqu’au fait qu’on n’y voit absolument rien, peu importe l’angle, les essayeurs avaient peine à imaginer la conduite de ce bolide dans la vie de tous les jours. « Ça demande trop de sacrifices pour le plaisir qu’on obtient » mentionnait un essayeur, pourtant habitué à conduire une voiture qui n’est certainement pas plus conviviale…

Esthétiquement, la Camaro mise à l’essai n’avait qu’un seul désavantage par rapport aux deux autres, c’est-à-dire sa peinture grise. Bon, il ne faut évidemment pas considérer cet aspect, puisque GM offre des couleurs nettement plus voyantes et originales, telles le jaune, l’orange et ce nouveau vert cosmique à faire brûler vos pupilles. Ceci dit, il est clair qu’à côté d’une Mustang rouge et blanche et d’une Challenger violet, la Camaro n’avait rien de photogénique…

On lui a tout de même accordé de belles notes pour son design, qui mérite certainement des éloges. Même à bord, on a apprécié l’audace des stylistes. Hélas, la qualité des matériaux et, encore une fois, l’omniprésence du gris, auront été des éléments moins estimés.

Issus du puissant V8 de 6,2 litres, les 426 chevaux offerts s’expriment efficacement, tout en émanant une sonorité des plus envoutantes. Cette mécanique n’avait d’ailleurs aucun problème à composer avec le poids passablement imposant de la voiture, offrant des accélérations franchement exotiques et des sensations uniques. La boîte manuelle, d’une remarquable précision, était toutefois trop raide au goût de plusieurs, ce qui affectait par exemple l’efficacité lors des changements de vitesse rapides. Et on peut en dire autant de la pédale d’embrayage, qui constitue un excellent exercice de musculation visant à raffermir le mollet gauche.

Offrant un confort limité sur route et une tenue de route plus ou moins rassurante sur circuit, la Camaro est certainement la voiture qui requiert des trois, le plus de doigté. Ses réactions sont moins prévisibles qu’avec les deux autres voitures, et ce même si la Challenger propose une conduite beaucoup plus pataude. En fait, dans certains cas, la Camaro réagit un peu comme si elle était toujours dotée d’un essieu arrière rigide, ce qui n’est pas le cas. En virage serré, on ressent par exemple un appui prononcé sur la roue extérieure droite, ainsi qu’un manque d’équilibre des masses, certainement causé par le poids de cet immense V8. Et mentionnons également que les systèmes d’assistance à la conduite ne sont pas suffisamment permissifs, ce qui se traduit par une mise en application souvent presque inutile. 

À l’unanimité, on s’est aussi montré déçu de l’efficacité des immenses freins Brembo, qui aspirent pourtant à ralentir le bolide avec une force extrême. Ceux-ci avaient tendance à surchauffer et manquaient de mordant à certains endroits sur le circuit. Dommage.

La Camaro avait cependant un avantage en matière de direction, offrant une conduite précise et plus sentie que ses rivales. Voilà qui lui a permis d’obtenir quelques points du côté de l’agrément de conduite.

Finalement, mentionnons que les essayeurs ont majoritairement critiqué la très mauvaise visibilité que propose cette voiture. Il est ainsi plus difficile d’évaluer ses distances et donc, de se sentir en contrôle. Le moindre stationnement en parallèle avec la Camaro relève d’ailleurs de l’exploit, à moins bien sûr que les égratignures sur les pare-chocs et les jantes ne vous préoccupent en rien…

2e place – Dodge Challenger SRT8
La Challenger était la préférée d’un essayeur sur trois, avant qu’on ne se présente sur le circuit. Et c’est notamment en raison de son look rétro totalement réussi qu’on avait pour elle beaucoup d’admiration. « On sent que Dodge n’a pas de complexe avec cette auto, et que les ingénieurs se sont uniquement payé un beau trip », affirmait un essayeur. Et pour preuve, ce n’est pas une voiture qui peut rejoindre une large clientèle, mais qui peut faire énormément plaisir à une poignée d’admirateurs…

Bien sûr, avec sa peinture Plum Crazy et ses éléments contrastants de couleur noir mât, la Challenger SRT8 attirait tous les regards. Plus rare que la Mustang, elle piquait aussi la curiosité des essayeurs comme celle des gens qui, au cours de la journée, se sont trouvé sur notre chemin. 

En commençant la journée par une portion de route, tous lui ont trouvé de belles qualités en matière de confort. Les sièges plus ouatés et très enveloppants, ainsi que la suspension plus permissive, allaient faire savoir aux essayeurs qu’une conduite au quotidien de ce bolide pourtant très radical, semblait beaucoup plus réaliste qu’avec la Camaro, non civilisée. Évidemment, le fait que la Challenger soit plus imposante et donc, plus spacieuse, a aussi joué en sa faveur. C’est d’ailleurs elle qui s’est chargée de transporter nos effets de la journée, le coffre des rivales étant tout simplement trop petit.

Rendu sur piste, ce n’est pas tant ses performances qui ont séduit les essayeurs plutôt que le plaisir de manipuler un bolide qui de toute part, fait référence aux belles années des muscle cars. Ainsi, même si le roulis est plus prononcé, que la direction est vraiment moins précise et que la motorisation manque vigoureusement de raffinement, on y trouvait une saveur unique qui a plu unanimement. Et même si la voiture est d’une lourdeur extrême, on l’a trouvée avec raison plus facile à manier que la Camaro.

Bien sûr, le puissant V8 HEMI de 6,1 litres affichait un bon souffle. Et il serait ridicule d’affirmer qu’à 425 chevaux, on ressentait un léger manque de puissance. Pourtant, cette Dodge était de loin la moins nerveuse, et certainement la moins rapide en ligne droite. Moins rapide…il faut s’entendre…car la Challenger SRT8 est bien capable de vous faire perdre votre permis de conduire en l’espace de quelques secondes. Toutefois, dans cette guerre à la vitesse, la Challenger constitue la preuve que la puissance et le couple ne sont pas les seuls éléments à prendre à considération. Sachez toutefois que Dodge remédiera à la situation dès l’an prochain, puisqu’on proposera un V8 HEMI retravaillé, qui devrait produire quelque 60 chevaux supplémentaires…

Hormis les sièges, que tous ont trouvés formidables, les essayeurs n’avaient hélas que peu de bons commentaires à faire sur l’habitacle de la Challenger. Oui, on y trouve plus d’espace, mais la présentation est désolante et la qualité de finition déçoit énormément. Et c’est d’autant plus frappant lorsqu’on jette un œil à l’étiquette de vitre, sur laquelle on pouvait lire au bas un prix de détail dépassant les 50 000$. 

Le prix aura d’ailleurs été un choc pour tous, qui ne voyaient aucune justification au fait qu’on demande à peu près 10 000$ de plus pour cette voiture, que pour les deux autres modèles à l’essai. Oh certes, notre Challenger possédait le système de navigation, ce qui n’était pas le cas des deux autres. Mais est-ce suffisant?

1ere place – Ford Mustang GT
C’est sans surprise que la Mustang s’est méritée la faveur des essayeurs à la fin de cette journée d’essai. Les non-initiés ont tous été impressionnés par la qualité de construction de cette Mustang, et particulièrement ceux qui, par le passé, avaient possédé une Mustang des années 88-90. Disons qu’entre ces deux générations de Mustang, beaucoup de choses se sont améliorées…

Naturellement, le retour du 5.0 litres emballait tout le monde, sans même savoir s’il s’agissait d’un réel bénéfice. De plus, on se disait majoritairement plus en harmonie avec le look de ce bolide, qui effectue un heureux clin d’œil au passé tout en présentant une interprétation à la fois contemporaine et très musclée.

À bord aussi, les points positifs se multipliaient. « Belle présentation, des sièges bien dessinés et juste assez fermes, et une facilité d’utilisation des diverses commandes… » avait noté un essayeur. Tous ont également mentionné la présence d’un très beau volant à trois branches. Ce dernier n’est hélas pas télescopique, contrairement à la rivalité.

Offrant un bel équilibre de confort, à mi-chemin entre celui de la Camaro et de la Challenger, notre légendaire pony car avait épaté plusieurs essayeurs sur l’autoroute. « Voilà une voiture avec laquelle je pourrais vivre au quotidien » affirmait l’un des essayeurs, habitué à la conduite d’une Volkswagen Passat.

Il est certain que la présence d’un essieu rigide arrière s’est faite remarquée, notamment au passage de rails de chemin de fer, ou sur route dégradée. Toutefois, l’instabilité du train arrière n’était pas suffisamment marquée pour qu’elle constitue un réel handicap. C’est du moins l’opinion des essayeurs, qui se sentaient nettement plus en confiance au volant de la Mustang que de cette diablesse de Camaro !

Sur piste, le V8 de 5,0 litres jumelé à cette nouvelle boîte manuelle à six rapports a brillé de tous ses feux. Quelques tours de piste, et les essayeurs revenaient systématiquement avec les yeux ronds comme des billes, tant ils étaient impressionnés par la souplesse et la puissance de ce V8, de cylindrée nettement inférieure à la concurrence. Capable d’une belle douceur sur la route, il arrivait à pousser la Mustang avec une nervosité et une verve jamais ressentie chez Dodge et Chevrolet. Et puisqu’il est beaucoup plus léger que ses rivaux, et qu’il se trouve implanté dans une voiture à la base moins lourde, le 5,0 litres ne pouvait que prendre une longueur d’avance. Et ça, c’est sans compter que le son qui émane des pots d’échappement est carrément divin, et fidèle à la tradition du 5,0 litres.

La Mustang n’a cependant pas été sans reproche sur le circuit, où le pont arrière laissait parfois place à l’instabilité. La tenue de route s’est certainement beaucoup améliorée au fil des ans, mais il n’en demeure pas moins que le pont arrière rigide demeure un handicap lorsque vient le temps de négocier un virage. À tout le moins, il a ses limites, alors qu’il est possible de pousser un peu plus avec l’appui d’une suspension indépendante.

Ceci dit, la Mustang demeure la plus facile à piloter, la plus maniable et, surtout, la plus agréable à conduire. 

Conclusion
Bref, pas de grande surprise à la fin d’une rude journée d’essai. La Mustang s’est méritée les éloges de tous, tout simplement parce qu’elle performe mieux, qu’elle est mieux construite et qu’elle se prête mieux à une utilisation quotidienne. 

Un seul d’entre nous affirme encore qu’à choisir, il opterait pour la Challenger. Mais il avoue que la facture est ridiculement élevée par rapport aux deux autres, ce qui le fait un peu déchanter. 

Quant à la Camaro, tous ont terminé la journée d’essai en mentionnant qu’ils étaient heureux d’avoir pu la mettre à l’épreuve. On a grandement apprécié sa conduite, même si plusieurs mauvais plis sont venus ternir sont bilan. 

En terminant, un mot sur la consommation d’essence qui s’est avérée catastrophique pour la Challenger (23,3 litres aux 100 km), un peu moins catastrophique pour la Camaro (20,7 litres aux 100 km) et disons…acceptable pour la Mustang (19,2 litres aux 100 km)! Évidemment, ces cotes sont basées sur des résultats émanant d’une journée de conduite sur piste…avec un peu de route! Vous pourriez donc faire mieux, mais la comparaison est là !



Modèle Chevrolet Camaro 2011 Dodge Challenger 2010 Ford Mustang 2011
Version SS1 SRT8 GT
Prix (avec options) 42 720$ 51 845$ 42 629$
Moteur V8, 6,2 litres V8, 6,1 litres V8, 5,0 litres
Puissance/couple 426 ch / 420 lb-pi 425 ch / 420 lb-pi 412 ch / 390 lb-pi
Transmission man. à 6 rapports man. à 6 rapports man. à 6 rapports
Ventes au Canada en 2009 2 554 2 660 5 200

Modèle Chevrolet Camaro Dodge Challenger Ford Mustang
Carrosserie - 20 pts
Apparence générale - 10 pts 8,2 8,2 8,6
Finition extérieure - 10 pts 7,7 8,2 8,2
Habitacle - 80 pts
Présentation générale - 10 pts 6,4 7,4 8,8
Position de conduite - 10 pts 6,7 8,2 8,4
Ergonomie - 10 pts 6,0 7,4 8,1
Espace et dégagement - 10 pts 5,7 8,1 7,8
Accessibilité - 10 pts 6,5 8,2 8,1
Volume du coffre - 10 pts 5,2 8,0 6,9
Commodités - 10 pts 7,0 8,1 8,2
Visibilité - 10 pts 4,4 7,4 7,4
Mécanique - 60 pts
Raffinement mécanique - 10 pts 7,0 7,1 7,7
Boîte de vitesse - 10 pts 7,1 6,9 9,1
Accélérations / reprises - 20 pts 17,8 17,4 19,2
Consommation de carburant - 20 pts 12 8 14
Comportement - 80 pts
Tenue de route - 10 pts 8,5 7,5 8,3
Confort - 10 pts 6,9 8,1 7,5
Équilibre/stabilité - 10 pts 8,0 8,1 8,1
Direction/précision - 10 pts 8,8 6,8 8,9
Insonorisation - 10 pts 7,3 8,4 7,8
Freinage - 10 pts 6,0 8,6 8,6
Performances générales - 20 pts 16,2 16,8 18,2
Finances - 40 pts
Prix d'achat - 20 pts 14,8 12,4 16,6
Rapport équipement/prix - 20 pts 14,8 15,0 16,6
Autre - 40 pts
Aspect émotionnel - 20 pts 14,4 17,9 18,0
Appréciation générale - 20 pts 14,4 17,0 18,6
Total - 320 pts
Total 227,8 245,2 267,7

Contenu connexe: