La culture du VUS 4x4 pur et dur n’est plus ce qu’elle était. De nos jours, la mode est passée aux multisegments. Dans 99% des cas, ces « 4x4 nouveaux genres » font amplement l’affaire. Mais qu’arrive-t-il lorsque la route prend fin et qu’un parcours hors route se dessine devant nous? On peut rebrousser chemin ou continuer, tout simplement!

L’arrivée récente sur notre marché du Jeep Grand Cherokee 2011 et du Ford Explorer 2011 fait en sorte que le segment est à nouveau ébranlé. Si le Grand Cherokee reste fidèle au concept original, le Ford Explorer abandonne le châssis à échelle pour une structure monocoque. Face à ces deux 4x4 américains, nous avons retenu les services du Toyota 4Runner, un 4x4 issu de la vieille école, d'un Nissan Pathfinder qui commence réellement à montrer des signes de vieillesse et, finalement, du Honda Pilot, à la fois souris de ville et souris des champs. 

Notre terrain de jeu pour tester ces costauds gaillards de la conduite « bouetteuse » n’était nul autre que le parcours hors route du complexe Mécaglisse situé dans la région de Lanaudière, dans la municipalité de Notre-Dame-de-la-Merci. Le terrain sablonneux de ce circuit s’avérait parfait pour tester les différents systèmes à quatre roues motrices des véhicules réunis pour cette journée, sans oublier le fait que le tracé renfermait quelques trous d’eaux assez profonds pour inquiéter un néophyte de la discipline. Ajoutez à cela le fait que la région venait à peine de recevoir une bordée de neige une semaine auparavant et vous obtenez un test comparatif riche en dérapage et surtout… en neige et en eau froide!

Alors, d’après vous, qui s'en sort le mieux?

Ford Explorer
L'année 2011 marque le retour de l'Explorer dans l’alignement de Ford. L’ancienne structure à échelle a été abandonnée au profit d’une plateforme monocoque plus moderne, ce qui donne au VUS de Ford une excellente note pour le confort sur la route. D’ailleurs, les sièges du Ford sont moelleux, une caractéristique qui s’applique aussi à ceux du Pilot. 

La carrosserie du Ford a plu à plusieurs de nos essayeurs, quoique deux d’entre eux aient souligné que cet Explorer vieillirait mal au fil des années. À vous de juger! À l’intérieur, la finition est égale à ce que Ford nous a offert depuis deux ans : bien assemblé avec des matériaux de belle facture. Toutefois, la planche de bord dénudée de boutons en a fait rager quelques-uns, tandis que d’autres ont apprécié. Les touches tactiles, c’est impressionnant, mais certaines fonctions demeurent difficiles d’accès. 


Fait à noter, l’Explorer a été le premier véhicule qui s’est sérieusement embourbé dans la neige. Sa garde au sol et le fait que le véhicule ne soit pas équipé de pneumatiques d’hiver n’ont assurément pas aidé la cause, mais il ne faudrait pas omettre de mentionner que pour débrancher l’antipatinage, il a fallu parcourir une série de menus dans le système MyFordTouch. Un peu trop compliqué à notre goût!

De plus, l’absence de boîte de transfert et le fait que le système 4 roues motrices ne puisse pas transférer le couple de manière égale entre les deux essieux font du nouvel Explorer un véhicule un peu moins capable qu’auparavant. Bien sûr, il y a ce système inspiré de Land Rover baptisé « Terrain Management » qui offre le choix entre plusieurs types d’adhérence, mais au final, l’Explorer a perdu de sa superbe lorsque le bitume n’est plus.

Le Ford Explorer 2011 en photos

Le verdict : Malgré sa prestation en demi-teinte sur le parcours de Mécaglisse, l’Explorer demeure un véhicule plus qu’appréciable pour nos routes asphaltées. Plus confortable que la moyenne et superbement équipé en édition Limited, ce multisegment ne répond plus aux exigences des mordus de la conduite hors route, mais en revanche, il s’adresse à un public plus large. 

Honda Pilot
L’étonnement de la journée vient définitivement du côté de Honda. Nous nous attendions à des performances plus modestes de sa part sur le parcours accidenté. Hélas, le contraire s’est produit. Le VUS tatoué du H nippon a été un des seuls à ne pas broncher dans le trou d’eau et ses capacités de franchissement en ont étonné plus d’un. En fait, le Pilot s’est avéré le plus douillet pour ses occupants lorsque confronté à ce terrain hostile. Le système à 4 roues motrices VTM-4 a oeuvré de manière transparente et le verrouillage des différentiels avant et arrière permettant une distribution égale de la puissance entre les deux essieux a confirmé le brio du Honda. 

En plus d'une consommation d'essence inférieure à la concurrence (un avantage attribuable au système de désactivation des cylindres), le Pilot a été apprécié pour son confort général à bord, ajouté au fait qu'il s'agissait du seul à offrir huit places assises. La qualité d’assemblage est fidèle aux autres produits Honda, mais cette planche de bord n’a pas fait l’unanimité avec cette partie centrale couverte de petits boutons difficiles à lire. Au moins, la position de conduite est facile à trouver. Quant à la puissance du groupe motopropulseur, inférieure à toutes les autres, elle est plus qu’adéquate.

Le Honda Pilot 2011 en photos

Le verdict : Le Pilot s’est outrageusement bien débrouillé lors de cette journée printanière. Serait-il handicapé si le chemin était plus abrupt? Probablement, mais pour ce qui est cet essai, il n’a rien à se reprocher. De plus, le Pilot a été adoré par tous les essayeurs pour sa conduite plus feutrée sur la route, tandis que la direction a aussi été louangée pour sa précision. Avec l’Explorer et le Jeep Grand Cherokee, le Pilot demeure un VUS de choix pour ces longues randonnées en famille.

Jeep Grand Cherokee

Le grand chef est de retour cette année et il n’a pas l’intention de se faire damner le pion par les autres VUS de la catégorie. Adoptant lui aussi une plateforme monocoque, le Grand Cherokee a fait l’unanimité quant à sa carrosserie renouvelée. Jeep ne révolutionne rien avec cette mouture, mais il faut admettre que cette silhouette discrète paraît mieux que l’ancienne et s'assure de mieux passer à travers les années. 

Jeep nous avait fourni la version Overland, la plus équipée de la gamme, avec cet intérieur cossu des plus accueillants. Toutefois, la banquette arrière a été jugée dure par certains, s'ajoutant au fait qu'il n'y a tout simplement pas de troisième rangée de sièges (comme avec le 4Runner). Malgré l’utilisation de matériaux riches dans cet habitacle, nous avons tout de même noté la présence de quelques plastiques bon marché ici et là. 

C’est toutefois lorsque ça se corse que ce 4x4 impressionne le plus. Équipé d’une suspension pneumatique optionnelle, le Grand Cherokee peut voir sa garde au sol augmenter de façon significative. Ai-je besoin de vous dire qu'il s'agit d'un avantage pour escalader une bute ou, bien sûr, franchir un trou d’eau? Le Jeep était aussi équipé du système Quadra-Drive II qui inclut un boîtier de transfert, la possibilité de transmettre 100% de la puissance aux roues arrière et deux différentiels autobloquants, un à l’avant et un à l’arrière. Le système Selec-Terrain est, quant à lui, semblable à ce qui est proposé dans l’Explorer et le 4Runner, mais demeure plus simple à gérer.

Le Jeep Grand Cherokee 2011 en photos

Le verdict : Le Jeep a été jugé plaisant à conduire sur la route et demeure l’un des plus confortables dans toutes les situations. En conduite hors route, c’est aussi le plus agile.

Nissan Pathfinder
Le p’tit vieux du groupe allait-il mal paraître devant ces VUS plus récents? Globalement, oui, mais si on ne s’attarde qu’à la portion hors route, le camion le plus âgé du groupe a fait très bonne figure. Le Pathfinder n’était pas doté d’un système sophistiqué de sélection d’adhérence, mais la présence d’un mode 4RM "LOW" accessible par une simple molette était amplement suffisante pour franchir les montées et autres bosses, sans parler du fameux trou d’eau... 

Le Pathfinder est encore dans le coup pour ce qui est d’une conduite extrême, mais c’est une tout autre histoire pour la conduite sur route. Le moteur V6 de 4,0-litres n’est pas un champion de l’accélération, idem pour la consommation enregistrée, la plus forte du lot. De plus, l’habitacle commence sérieusement à dater avec tous ces plastiques durs, cette ergonomie à repenser et, surtout, ces deux rangées de sièges arrière difficiles à manipuler. Notez aussi que le plancher du Pathfinder est très haut, ce qui complique l’accès à bord. Heureusement qu’il était muni de marchepieds.

Le Nissan Pathfinder 2011 en photos

Le verdict : Le Pathfinder a besoin d’être renouvelé. Sa base de camion en a rassuré plus d’un lors de cette journée hors route, même s’il s’est avéré très sautillant et moins confortable que les autres. La consommation d’essence est gargantuesque, tandis que la conduite aléatoire sur la route n’aide en rien la note finale de ce VUS dont la conception remonte à 2005

Toyota 4Runner
Carrément à l’opposé, Toyota nous avait fourni un 4Runner Édition Trail. En d’autres termes, ce dernier était « sur papier » le plus apte à franchir le chemin hors route. La carrosserie renouvelée l’an dernier conserve tout de même ce style coupé au couteau qui plaît aux amateurs de 4x4. En mode Trail, le 4Runner a droit à des jantes plus petites, à une prise d’air sur le capot et à une multitude de pièces peintes noires mates comme les pare-chocs ou les miroirs par exemple. Notez aussi que les phares avant et les feux arrière sont légèrement fumés, question de rehausser le côté agressif de ce bélier nippon.

À bord, le tableau de bord fait très camion avec ces gros boutons et tout ce plastique argenté. Quant au caractère hors route de ce dernier, il était rehaussé par la présence de sièges hydrofuges, un atout lorsque la situation se complique. Autre point à noter : ce VUS était le seul des représentants à ne pas être équipé d’un système de navigation.

À côté du levier de vitesse automatique, un autre levier de sélection (2RM, 4RM et 4RM lent) rappelle le bon vieux temps des 4x4. Le Toyota se différencie aussi par l’emplacement des molettes – elles sont situées au-dessus du pare-brise – pour sélectionner le type de mode souhaité ou le terrain, sans oublier le différentiel arrière qui peut aussi être verrouillé. Ne serait-il pas plus simple de placer ces commandes près du levier de vitesse? 

Le 4Runner a malheureusement été l’autre victime de notre journée, aussi capable soit-il. Un de nos essayeurs a
malheureusement été trop téméraire dans un trou d’eau et le 4Runner s’est retrouvé légèrement inondé pendant quelques interminables minutes. Malgré tout, nous avons réussi à extirper le 4Runner de l’eau grâce à une chaîne et un Grand Cherokee en grande forme, ce dernier ayant aussi servi à sortir l’Explorer de son banc de neige plus tôt dans la journée.

Le Toyota 4Runner 2011 en photos


Le verdict : Outre cet incident à saveur « humide », le 4Runner demeure l’un des meilleurs 4x4 de l'heure. Et il faut dire que cette édition Trail est tout indiquée pour affronter de telles conditions. Évidemment, les capacités hors route extrêmes de ce véhicule ne peuvent se traduire par un comportement sur route aussi douillet que celui d'un Ford Explorer. À ce jeu, le Grand Cherokee constitue peut-être un meilleur compromis. Sauf que l'amateur pur et dur de conduite hors route dont les besoins sont spécifiques est mieux servi pour le 4Runner.

Conclusion
Pour une journée qui s’annonçait presque comme une petite partie de plaisir, nous avons eu droit à toute une aventure. En raison de nos deux VUS embourbés, les données de consommation d’essence ont été complètement faussées. La seule conclusion que nous pouvons tirer de cette journée riche en émotions, c’est qu’aucun de ces 4x4 n’est capable de répondre à tous les critères du VUS par excellence. Le Jeep Grand Cherokee est assurément le plus homogène puisque plaisant à conduire dans toutes les situations, mais son prix tel qu’essayé en refroidira quelques-uns. Du côté d'Honda, le Pilot n’a rien à envier à la concurrence, à part peut-être une carrosserie plus inspirante. Chez Toyota, le 4Runner revendique des capacités hors route exceptionnelles, en affichant sans complexe son côté aventurier. Le Nissan Pathfinder a pour sa part vivement besoin de renouvellement, mais se débrouille plutôt bien partout où le revêtement n'est pas uniforme. Et finalement, le nouveau Ford Explorer nous force à constater qu'il n’a plus rien à voir avec la précédente génération, rejoignant désormais un auditoire davantage citadin.

Sympatico Autos tient à grandement remercier la famille Kirchhoff qui nous a permis d'utiliser les installations de Mécaglisse et, bien sûr, nous tenons aussi à remercier nos essayeurs pour ce test : Nadine Filion, Antoine Joubert, Edmond et Yannick Dubé, ainsi que le photographe officiel de ce reportage, Luc Gagné.

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Modèle Ford Explorer 2011 Honda Pilot 2011 Jeep Grand Cherokee 2011 Nissan Pathfinder 2011 Toyota 4Runner 2011
Version Limited Touring Overland LE Édition Trail
Prix (avec options) 52 199$ 48 420$ $49 495 52 683$ 44 130$
Transport & préparation 1 400$ 1 590$ 1 400$ 1 580$ 1 560$
Moteur V6, 3,5 l V6, 3,5 l V6, 3,6 l V6, 4,0 l V6, 4,0 l
Puissance/couple 290 ch / 255 lb-pi 250 ch / 253 lb-pi 290 ch / 260 lb-pi 266 ch / 288 lb-pi 270 ch / 278 lb-pi
Transmission auto. à 6 rapports auto. à 5 rapports auto. à 5 rapports auto. à 5 rapports auto. à 5 rapports
Type de rouage 4RM à temps partiel 4RM à temps partiel 4RM à temps partiel et mode 4RM lent 4x4 à temps plein 4RM à temps partiel et mode 4RM lent
Poids 2129 kg 2090 kg 2201 kg 2236 kg 2111 kg
Capacité de remorquage 2268 kg 2041 kg 2269 kg 2722 kg 2268 kg
Consommation d'essence L/100 km (ville/route) 11,9 / 8,0 13,1 / 9,1 13,0 / 8,9 14,9 / 10,3 12,6 / 9,2
Ventes au Canada en 2010 4121 4452 5285 815 680