Un projet pilote est actuellement en cours au Québec pour recycler certains des coussins gonflables de nos véhicules accidentés. Comment est-ce que ça se fait et en aurez-vous un sous votre nez ?
Depuis 2001, la Société de l'assurance automobile du Québec interdit la revente, la reconstruction et l'installation de coussins gonflables qui ont déjà servi dans d'autres véhicules. Mais après une décennie d'attente et les efforts de nombreuses personnes et organismes, ces pièces recyclées pour le moins particulières bénéficieront probablement d'une seconde vie.
« Nous avons rencontré le ministre des Transports Sam Hamad en octobre dernier. La rencontre a été très fructueuse. Depuis, nous avons surtout mis nos efforts sur la formation spécialisée que nous allons donner aux recycleurs, ainsi que sur la recherche d'un assureur », nous a expliqué Simon Matte, directeur général de l'Association des recycleurs de pièces d'autos et de camions du Québec, à propos du recyclage des coussins gonflables.
Qu'est-ce qui sera recyclé ?
La plupart des composantes de nos véhicules sont déjà récupérées. Celles-ci proviennent surtout de véhicules lourdement accidentés pour lesquels il aurait été trop compliqué, dangereux ou non rentable de tenter de les réparer pour les remettre sur nos routes. On démembre donc ces véhicules, on en récupère les fluides, on répertorie, classe, nettoie et entrepose ces pièces réutilisables dans des entrepôts spécialisés.
Dans le cas du projet pilote découlant de l'arrêté ministériel 2010-05 daté du 24 mars 2010, on « permettra la reprogrammation de modules de commande électronique de coussins gonflables à titre expérimental. » Pour l'instant, on ne réutilisera que les coussins gonflables frontaux aux fins de l'étude, mais d'autres pourraient s'ajouter si tout se déroule comme prévu.
Les coussins récoltés sont ceux qui n'ont pas été déployés lors d'un accident. Ces modules intacts seront vérifiés, comme on peut encore le lire dans l'arrêté ministériel, et les données recueillies serviront à étudier, à améliorer et à élaborer des normes applicables en matière de reprogrammation de modules de commande électronique de sacs gonflables.
Une expertise unique au Québec
« Si cela a été aussi long à parvenir à ce projet pilote, c'est parce qu'une telle interdiction n'existe qu'au Québec », poursuit Simon Matte. « Cela nous a pris des années pour comprendre le processus, pour rédiger les contrats, pour développer une bonne manière de faire. La dernière année a été entièrement consacrée aux correction des contrats par des avocats ! », s'étonne encore M. Matte. Ailleurs, on récupère ces pièces d'automobiles comme n'importe quelles autres, et ce sans formation ni accréditation particulières.
Les premiers cours offerts à propos du maniement, de l'entreposage et de la récupération de ces coussins sont présentés dans les régions de Québec et de Montréal les 10 et 11 août 2011. Après une journée d'études de six heures, comprenant un examen, ainsi que des notions sur le système informatique utilisé pour l'inventaire, ces recycleurs recevront l'autorisation de pouvoir en faire le commerce. Mais seulement ces personnes seront autorisées à toucher à ces coussins, ce qui implique que chacune des entreprises de recyclage aient bientôt quelques employés correctement formés parmi leur main-d'oeuvre.
Grâce à une interdiction particulière
Il a été interdit durant une décennie de commercialiser des coussins gonflables recyclés à cause d'une fraude. Après la dénonciation d'un citoyen, la SAAQ avait ouvert une enquête à propos des entreprises Coussins gonflables Demers et National sacs gonflables. À l'automne 2001, on avait déterminé que des coussins déjà déployés avaient été reconstruits et installés dans des Ford Escort et Focus, et que la réutilisation de ceux-ci pouvait représenter un danger. On a par la suite retrouvé 107 coussins frauduleusement refaits. Heureusement, aucun décès ni aucune blessure grave n'ont été reliés à cette fraude.
Des avantages monétaires et environnementaux
Durant les quelques années précédant l'interdiction, les quelque 90 entreprises membres de l'ARPAC vendaient environ 4000 à 5000 coussins gonflables recyclés par année, selon Simon Matte. « C'était le début des sacs gonflables, il y en avait alors peu dans les véhicules, alors nous pensons que ces chiffres seront rapidement dépassés », poursuit-il.
Les coussins gonflables coûtent cher, très cher même, et ils représentent souvent l'argument fatal de la mise au rancart d'un véhicule. La somme exigée pour une paire de coussins frontaux neufs dépasse souvent 3000 dollars. Il arrive donc que le coût de remise à niveau d'un véhicule qui n'est que légèrement abîmé soit exagéré par rapport à son démembrement à cause du seul prix des coussins. Donc, plutôt que de remettre celui-ci sur la route, on le réduit en pièces et l'on enterre dans les sites d'enfouissement du Québec tout ce qui n'est pas réutilisable.
Avec l'actuel projet pilote, on espère plutôt que le coût de remise à niveau des véhicules diminue notablement, ce qui permettra d'en réparer davantage plutôt que de les détruire. « Nous n'avons pas de données, de pronostics du nombre de véhicules supplémentaires qui seront sauvés. Mais comme il y a de plus en plus de coussins dans les véhicules... En plus, il y a le facteur environnemental qui est très intéressant », souligne le dirigeant.
Ajoutons à cela – même s'il faudra attendre la fin du projet pilote – qui est prévu durer trois ans avec une possibilité de prolongation de deux ans, que les souscriptions d'assurance des Québécois pourraient en bénéficier. Nous utilisons le terme « pourraient » puisque d'un côté davantage de véhicules pourraient être remis sur les routes, ce qui coûtera moins cher aux assureurs, mais d'un autre côté, que cela pourrait favoriser le vol de coussins gonflables. Il faudra décidément attendre pour connaître les résultats finaux.
De l'optimisme
« Jusqu'à maintenant, tout est positif », ajoute Simon Matte. Les inscriptions pour les formations sont en nombre suffisant, le processus en cours pourra être amélioré et ajouter d'autres types de coussins, et il n'y aurait pas de crainte ressentie ni du côté des recycleurs et carrossiers que des utilisateurs. Et vous, feriez-vous autant confiance à un coussin recyclé et certifié qu'à une autre pièce mécanique tel qu'un étrier de frein ou une crémaillère de direction pour réparer votre véhicule ?
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